Conférence: "Les marques de fabrique"

 

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Documentation > Colmar 1992

Renseignements complémentaires sur les marques de fabriques directement ou en passant par la page documentation pour accéder aux multiples catalogues mirecurtiens mis en ligne.

Les marques de fabrique.

Congrès franco allemand de Colmar Juin 1992


Si comme annoncé, cette conférence concerne l’industrie et les marques de fabriques, il m’a paru bon d’y inclure un historique de la facture instrumentale de Mirecourt.

Chacun connaît la légende de Tyversius, luthier italien des ducs de lorraine, qui aurait introduit cet artisanat à Mirecourt, mais cette belle histoire, rapportée par Lupot, est contestée par les historiens. En 1602, on trouve cité au registre d’état civil de Mirecourt, Clabec , Jean de fourcelle, et Barbelin, «le violon », puis en 1619 et 1623, Nicolas Gérard et Demange Aulbertin, façonneurs de violons. Le premier contrat d’apprentissage connu est de 1625 ou 29, contracté entre Dieudonné Monfort et Nicolas Georges.

De 1631 à1657, durant la « guerre de trente ans », Dieudonné MONFORT commerce dans presque toute l’Europe : Dentelles, blé, vins et autres marchandises. La paix revenue, il met au service de son premier métier son réseau commercial.[1]
La progression est rapide : En 1673, Mirecourt compte 4 familles de luthiers. Elles exportent à Lyon, emploient du personnel et reçoivent en 1698 une commande de la cour de Lorraine.

En 1732, les luthiers obtiennent une charte démontrant leur importance et leur organisation. Ils exportent déjà de la main d’oeuvre à Paris : TREVILLOT, ou TREUILLOT, salarié de Jacques BOCQUAY [2], Jacques DYJACQUES dit ‘’HENRY’’[3], Nicolas Augustin CHAPUY, LAMBERT , ALDRIC , la famille LUPOT , puis bien d’autres.

A la veille de la révolution, l’effectif est de 62 luthiers, 12 marchands, 6 facteurs d’archets, 23 facteurs d’orgues et serinettes, 10 compagnons, soit 113 personnes. [4] Ils exportent dans l’Europe entière et en Amérique. Le XIXème siècle verra l’apogée de la facture Mirecurtienne, tant en nombre qu’en qualité, mais cet extrait du rapport de GASPARD [5], sur le commerce d’instruments à Mirecourt en 1844 , vous éclairera sur tous les problèmes que rencontre cette activité.

Note sur l’industrie de Mirecourt
Département des Vosges.

L’industrie de Mirecourt consiste dans le commerce des instruments de musique et des dentelles.
Commerce d’instrumens

Les instrumens de musique fabriqués à Mirecourt sont les violons et les archets, les basses et contrebasses, les guitares, les vielles, les orgues et les serinettes, les clarinettes, les flûtes et les hautbois.

Il y a quelques années, le commerce de ces instrumens était considérable. Mirecourt avait des relations importantes et nombreuses à l’intérieur et avec l’Amérique, l’Angleterre et autres pays étrangers. Si Mirecourt eut été une ville plus populeuse et mieux bâtie ; si l’instruction et la lumière eussent été plus répandues parmi ses habitants ; si d’autre part les usuriers n’avaient pas porté leurs mains hideuses et crochues sur ce qu’il y avait d’honnête et de laborieux, et si, de l’autre des faillites désastreuses n’étaient pas venu porter le trouble et la perturbation dans les affaires et ôter confiance et sécurité au commerce, Mirecourt serait aujourd’hui une ville florissante ; sa population, au lieu de décroître en ces temps de paix et d’abondance, au lieu de tomber dans la misère, sa population se présenterait grossie, saine et brillante.
Plusieurs fabricants, et en assez petit nombre, avaient un certain nombre d’ouvriers qu’ils occupaient en ville. Les fabricants trouvaient très facilement et à des prix élevés, l’écoulement de leur marchandise. Ils en expédiaient dans l’intérieur de la France et à l’étranger ; ils pouvaient payer cher les ouvriers et leur donner journellement du travail. Il arriva que ces ouvriers, qui avaient bien le droit de se croire habiles, voulurent établir eux-mêmes des ateliers et travailler pour leur propre compte. Dès lors une rivalité s’établit bientôt ; par suite, le rabais des prix, avec le rabais des instrumens moins soignés, et enfin l’émigration de Mirecourt d’ouvriers qui pensaient établir leur industrie dans d’autres villes où ils savaient qu’on expédiait des instrumens et où ils pourraient les fabriquer avec avantage.
Ce n’était pas souvent les plus mauvais ouvriers qui quittaient leur ville natale ; au contraire, les plus faibles, les moins habiles restaient, et ils restaient sous la dépendance de certaines maisons principales qui avaient souvent d’autres commerces que celui des instruments et qui échangeaient à leurs ouvriers des produits qui ne convenaient pas à ces derniers, tels que du sucre, du vin, du café, objets sur lesquels ils éprouvaient des pertes et qui ne pouvaient leur servir qu’à les maintenir dans une sorte de servage et à les détourner de l’économie, de l’ordre et de l’aisance.
C’est ainsi que successivement Mirecourt s’est effacé et a perdu sa gloire industrielle. Il lui est resté quelques bons ouvriers, des hommes habiles et recommandables. Et bien! les objets qu’ils fabriquent ici à des prix très modérés sont, pour la plupart, marqués Paris ; semblables à ces enfants ingrats qui rougissent de leur origine, cachent soigneusement le nom du village qui les a vu naître, pour se dire enfants d’une ville importante ou de la capitale, tel encore ces hommes qui, par vanité ou par intérêt, dénaturent leur nom roturier pour y ajouter, avec une particule, un nom plus sonore et plus ronflant.
On a vu des archets fabriqués à Mirecourt au prix de 5 F ou 5 F 50, frappés chez le fabricant du nom de Paris, et se vendre à la Capitale 25 F. Ils ont été reconnus comme ayant été faits à Mirecourt.
Jusque les anches de clarinettes du prix de 4 à 5 F le cent, fabriqués à Mirecourt, qui se parent du nom de Paris ; cela est exigé, à peine de ne pas valoir un centime.
Cet état de chose ne peut qu’être nuisible à l’industrie locale, qui devrait faire gloire de s’appartenir, qui devrait tenir à honneur son origine et ne pas se présenter sous un nom faux et mensonger.(...)
« Rapport A GASPARD, 19 juin 1844 ».

 

Ce rapport nous décrit une période de crise, due en partie aux événements politiques. Mais cette crise, qui provoque la fuite des meilleures «mains» sera la grande chance de Mirecourt.
Ces Mirecurtiens, partis faire fortune dans les grandes villes, ont pu voir et analyser les plus beaux spécimens de la lutherie française, Italienne, et allemande. A leur retour, la qualité s’accroît et la production se diversifie. On fabrique maintenant toute la gamme des instruments à cordes, toujours les orgues, (de salon, d’église) ou des serinettes, mais aussi des instruments à vent en bois et même, à partir de 1860 environ, des pianos.

La lutherie Mirecurtienne s’expose dans les 15 expositions universelles du 19ème siècle et obtient des distinctions.[6]

Les ateliers s’agrandissent et vers 1860 apparaît la division des tâches qui mènera à l’industrie.
En 1834, d’autres rapports et statistiques nous prouvent qu’il n’y a pas encore de grands ateliers où les ouvriers soient regroupés, excepté dans la facture d’orgue avec LETE qui commerce aussi les violons. On compte pourtant 231 luthiers, 18 fabricants-marchands, 11 marchands, auxquels s’ajoutent 50 luthiers extra- muros. D’autres, déclarés paysans, construisent des instruments l’hiver. Les ateliers comptent généralement 6 ouvriers au maximum, qui fabriquent environ 600 instruments par an et par atelier.

En 1834, Charles BUTHOD [7], élève de VUILLAUME, est de retour à Mirecourt. Il sera à l’origine de la première grande fabrique industrielle.En 1836, il emploie déjà 12 ouvriers, commerce en France, à l’étranger et dans les colonies, produit 750 violons, 40 altos, et 50 basses par an. En 1848 enfin, il succède à Nicolas DUCHENE [8] , comme associé de Claude-Charles HUSSON [9]), marchand d’instruments dont il a épousé la soeur en 1839. C’est un mariage de la lutherie et du commerce puisque HUSSON et DUCHENE avaient déjà un dépôt à Paris en 1834. La nouvelle maison s’appellera HUSSON - BUTHOD.

Le 3 janvier 1857, la société en nom collectif HUSSON - BUTHOD - THIBOUVILLE est crée et domiciliée à Paris et Mirecourt. Elle prend pour enseigne : « Aux grand magasin d’instrument ». Le nouvel associé est Louis Emile Jérome THIBOUVILLE [10], héritier d’industriels fabriquant des instruments à vent, de La Couture Boussey, dans l’Eure.
En 1861, Jérome THIBOUVILLE épouse Marie Marguerite Hyacinthe LAMY, nièce de Charles BUTHOD, et petite nièce de Charles HUSSON. La société dépose de nombreux brevets, surtout dans les instruments à vent.

En 1864, la société rachète la fabrique de corde SAVARESSE à Grenelle, puis en 1867, introduit le travail mécanique et la division, elle produit des violons à partir de 5 francs (exposition de Vienne).
La société, devenue Jérôme THIBOUVILLE-LAMY, édite son premier catalogue, où l’on trouve 57 modèles d’orgues de salons à manivelle, 31 modèles de guitares, 21 modèles de violoncelles, 48 modèles de violons de 5 à 200 francs, et 28 modèles d’archets de 9 à 48 francs la douzaine.
Tous les catalogues THIBOUVILLE du XIXème siècle seront imprimés en Français, Anglais, Espagnol et russe.

Jérôme THIBOUVILLE-LAMY possède quatre usines. A La Couture se font les instruments à vent en bois, à Grenelle les cuivres et les cordes harmoniques, à Mirecourt les instruments à cordes, et à Poussay les accessoires et le débit.

En 1872, THIBOUVILLE emploie 240 ouvriers, dont une soixantaine à Mirecourt.
En 1890, il y fonde une école professionnelle où l’on apprend le dessin, la physique, la chimie, l’acoustique, et la musique. C’est dans cette école qu’étudieront Paul KAUL et Marius DIDIER. En effet, THIBOUVILLE bénéficiera toujours d’une bonne réputation pour la formation. Sont issus de cette école, entre autres, Paul BISCH, Maurice BOURGUIGNON, Georges BRUBACH, André Joseph Victor CHEVRIER, Pierre CLAUDOT pour ne citer que ceux-ci.

En 1893, création d’une nouvelle société, pour l’exploitation de la maison de commerce pour la fabrication et la vente d’instruments de musique. Jérôme THIBOUVILLE - LAMY et Compagnie compte six actionnaires ; trois de la famille THIBOUVILLE, et Alexandre Alfred ACOULON, Léopold BERANGER de Londres, et Georges Frédérique THOUVENEL de Paris. C’est un apport d’argent frais, pour une société qui, outre ses usines, exploite trois magasins à Paris, un à Londres, et un à New York.[11]

En 1894, un membre de la famille THIBOUVILLE cède ses parts à Jérôme avec bénéfice, mais en 1899, Georges Frédérique THOUVENEL cède les siennes à perte, et payables en trois ans : c’est la crise. En 1901, THIBOUVILLE avait 111 ouvriers mirecurtiens, en 1906, 108 et en 1921, plus que 68.[12]
Malgré l’embauche de patrons-luthiers de valeur, comme les CHEVRIER ou Emile BLONDELET pour l'administration en 1908, malgré en 1912, l’édition d’un catalogue général en six volumes dans lequel THIBOUVILLE affirme employer 1000 ouvriers dans ses quatre usines électriques et annonce une production annuelle de 155 000 instruments, malgré l’envoi en formation dans d’illustres maisons comme CARESSA-FRANCAIS, puis BOULANGEOT de Lyon, de son directeur de fabrication en 1924, la chute est irréversible.
Que s’est-il passé?

Outre un incendie en 1911, l’ascension de la maison LABERTE et MAGNIE.

Pour clore ce chapitre, je vais mentionner quelques marques de fabrique employées par cette entreprise.
La plus illustre, issue de VUILLAUME, est ‘STENTOR’, dont la qualité, très variable peut faire douter, pour les plus beaux exemplaires, de l’origine de fabrication, si ce n’était l’étiquette caractéristique et l’absence de marque. Celle-ci a peut être été rachetée à DARTE-VUILLAUME. On trouve aussi des noms inventés pour les instruments ordinaires, comme l’incontournable ‘MI FIN’ ou ‘MEDIOFINO’, Les marques ‘PHARAMUS’, ‘DRACONTIUS’, ‘NEMESIANUS’, ’CICERON’, ‘HIERONYMUS’, ‘CLAUDE, mais aussi ‘LE CELEBRE VOSGIEN’, ‘LE LORRAIN’, ‘LE PARISIEN’, ‘MICHEL ANGE GARINI’, ‘MANSUY’, ou ‘BARNABETTI’. On trouvait également toutes les copies d’anciens, comme l’ont fait toutes les industries, et les marques du domaine public, comme ‘BRETON’, ‘MARQUIS DE L’AIR’ et d’autres. Vous connaissez tous la célèbre marque au fer J.T.L, sur le tasseau. On trouve aussi bien souvent une petite étiquette ‘Trade marque déposée’, imprimée sur l’étiquette, ou rajoutée.
Les étiquettes sont toujours d’un papier très fin, presque indécollable sans dommage, et presque toujours coloré ( jaune, brun ou orangé).
Mais pour moi, seul THIBOUVILLE inscrit toujours les numéros de référence au catalogue, sur le plat, dans le cheviller, ce qui permet de constater des changements d’étiquettes mercantiles, dans le cas des fabrications les plus belles

Passons à la deuxième grande industrie qui surpassera commercialement THIBOUVILLE dans le domaine de la lutherie, et qui est aussi prolifique en marques inventées : La maison LABERTE HUMBERT.

L’histoire de la famille LABERTE commence à Fort du Plane dans le jura. Lieu au nom prédestiné ou naît, en 1779, Joseph Augustin LABERTE, d’un père Voiturier.
Il suit la carrière de son frère aîné, Pierre Alexis [13] ,et devient limonadier. Chacun des deux frères se marie trois fois, et de ces alliances, dans le commerce, la banque, et la facture instrumentale, naît l’entreprise de lutherie.
Joseph Augustin se marie en troisième noce avec Barbe Thérèse BOUCAUD [14], dite marchande d’instruments. Elle est veuve en 1821, et se remarie deux ans plus tard, âgée de 23 ans, avec François SORIOT, Luthier, qui élève son fils Pierre Joseph Augustin LABERTE (1820 - 1873). Nous la trouvons en 1849, âgée de 51 ans, marchande d’instruments en partance pour la Gironde. Peut-être aide-t’elle son fils Augustin qui commerce dans la lutherie. Est-ce lui qui créa la marque au fer Nicolas BERTHOLINI que l’on trouve à cette époque dans des serinettes, guitares et violons? En tous cas, il ne les fabrique pas lui même.
Augustin LABERTE se marie en 1845 avec Rose HUMBERT; il en a trois enfants.
La plus jeune épouse Gabriel DIDION [15], luthier et ‘maître expert ’. DIDION LABERTE reprend la maison ‘Veuve SORIOT’, il forme entre autre Charles RESUCHE.
François Nicolas VOIRIN, né en 1834, apparenté aux JACQUET, luthier et cousin de son homonyme archetier, dirige plus tard la maison SORIOT et DIDION LABERTE. Vanne ne voit là qu’une seule personne.
Le deuxième enfant d’Augustin, Pierre Alexis Auguste, épouse en 1876 Gabrielle Pauline FOURNIER, et crée la même année, avec son frère Maurice Emile, la société en nom collectif LABERTE HUMBERT Frère.

Pourquoi vous avoir saoulé avec tous ces mariages ? Parce que, comme vous l’avez peut-être remarqué, à chaque alliance, arrive un nom nouveau qui devient une marque de fabrique de la maison LABERTE : ‘SORIOT’, ’DIDION’, ‘HUMBERT’, puis ‘DENIS’ et ‘FOURNIER’.

Les statuts de cette nouvelle société sont courts mais précis. Chaque associé apportera la somme de 60 000 francs en marchandise et en espèce, (rien à voir avec les 2 Millions 574 000 francs de THIBOUVILLE) et en aucun cas, les femmes des deux associés ne mettrons leur nez dans les affaires (...)
En tout cas, les affaires marchent bien, et la maison LABERTE HUMBERT achète une partie du stock de REMY, puis les locaux d’exploitation où certains d’entre vous ont connu l’entreprise.
Commence alors un déferlement de dépôt de marques : Le deux août 1889, ‘Jean Baptiste COLIN’, ‘A TORELLI’, H CLOTELLE’,’ I MERMINA’, ‘F BARBE’, ‘Claude LEBLANC’, N PECATTE’, ‘M COUTURIEUX’, ‘D SORIOT’.
Le 27 Février 1893, Auguste LABERTE dépose la marque de mandoline ‘Luigi URIANI’ et d’autres les années suivantes.

Dès 1911, c’est Marc LABERTE [16] , fils d’Auguste et Pauline FOURNIER qui se charge, âgé de 21 ans des dépôts de marques; mais si l’on sait le nombre de marques de fabrique déposés, les registres et enveloppes où sont consignés les exemplaires ont disparu du greffe du tribunal de commerce de Mirecourt, et ne sont pas arrivés aux archives départementales des Vosges.
Heureusement, les catalogues nous permettent de suivre l’apparition de nouveaux labels, par exemple : En 1927, le dépôt de 30 marque par la maison LABERTE ne présente aucun mystère, un an avant l’édition du catalogue ‘A la ville de Crémone’ dont le nom est racheté à Paul MANGENOT, mais c’est une autre histoire que nous étudierons plus tard.

La commercialisation des produits se fait, avec Barbe BOUCAUD Veuve SORIOT, par démarchage, mais aussi en 1889 par des dépôts-ventes ( Exemple chez WILAERT à Paris, qui commercialise aussi les contrebasses JACQUET et les orgues POIROT).
Ces deux modes de fonctionnement de la partie commerciale durent au moins jusqu’avant la deuxième guerre mondiale, mais s’y ajoute en 1913, la vente aux luthiers sur catalogue.
Le premier de ceux-ci est luxueux et présente une panoplie impressionnante d’instruments. On y trouve encore les marques ‘COUTURIEUX’, ‘DIDION’, ‘SORIOT’, ‘CLOTELLE’, mais d’autres ont disparu ou sont apparues.
La marque ‘Nicolas BERTHOLINI’ est devenue une étiquette, les copies d’instruments anciens ou même de noms inventés fleurissent.
Ce Catalogue comporte aussi des photos d’ateliers, qui donnent une idée de l’importance de la société, et des reproductions couleurs en quantité.

En 1901, LABERTE fait travailler 47 personnes, alors que THIBOUVILLE a 111 ouvriers à Mirecourt, mais au recensement de 1921, les chiffres sont inversés (68 pour THIBOUVILLE, et 153 pour LABERTE).
Que s’est-il passé ?

Le 23 octobre 1915, LABERTE s’est associé à Fourier MAGNIE (1868 1946), pour créer la société anonyme LABERTE HUMBERT Frère, Fourier MAGNIE Réunis. [17]
Plus qu’un mariage commercial, c’est l’association du commerce et de la vieille tradition de la lutherie mirecurtienne.
En effet, si la maison LABERTE est issue de deux limonadier, dont les nombreux descendants se sont mariés dans la finance, le commerce, et la facture instrumentale, la maison MAGNIE est pour sa part, l’héritière directe d’une dynastie de facteur remontant au minimum à 1775, avec Joseph THIRIOT, luthier, frère de Nicolas, Facteur d’archet.

René VANNE, dans son dictionnaire, développe beaucoup cette dynastie, et s’il est vrai que Charles DROUIN succède à BAUR BOURDOT en 1872, il n’a jamais possédé la marque ‘CHIPOT VUILLAUME’.
Voyons la réalité : Le dix février 1890, c’est Joseph, dit Charles CHIPOT VUILLAUME [18], qui dépose lui même son nom au tribunal de commerce , et pour son seul usage. A-t-il été usurpé ?.
Le 14 février 1891, Charles DROUIN [19] dépose lui aussi son propre nom, mais aussi la marque ‘T BAUR’. Il faut attendre le 31 juillet 1900, pour que Fourier MAGNIE dépose, le même jour, les marques ‘Charles DROUIN’, ‘T BAUR’, et ‘CHIPOT VUILLAUME’, dont il vient de se rendre acquéreur; mais aussi la marque ‘Gabriel MAGNIERE’, que l’on trouve parfois dans de très beaux instruments genre COLIN MEZIN, au vernis jaune orangé, portant étiquette et marque au fer, nom masculinisé de la femme de Charles DROUIN.
Fait à noter, Charles DROUIN, âgé de 49 ans, ne meurt que 31 ans plus tard. Reste-t-il salarié, associé, ou part-il ?

C’est donc à cette fabuleuse dynastie que s’associe Marc LABERTE en 1915. Son mariage avec une fille DROUIN l’a-t-il inspiré ?.
Les statuts de la nouvelle société nous montrent que Fourier MAGNIE se trouvait à l’étroit dans son local de la rue Germini, et une clause stipule que l’enlèvement du matériel, y compris un hangar démontable, sera immédiat. La croissance de la société est rapide, mais de courte durée.
En 1919, une augmentation de capital fait entrer dans la société, outre les parents et les amis ( MAGNIE, DROUIN, LABERTE), les banquiers, et... Les luthiers et fournisseurs. Entrent dans le capital, entre autre, Joseph FISSORE, fabriquant de cordes et Marchand d’instrument à Paris, Hippolyte dit Paul BEUSCHER, Paul SERDET, Paul JOMBAR, Prosper COLAS, Albert CARESSA (pour une action),Henry FRANCAIS, (pour une autre) Vincent GENOD, dit Industriel à Mirecourt, et bien d’autres

En 1923, MAGNIE et LABERTE tentent de fonder une coopérative alimentaire pour leurs ouvriers, mais ouverte à tous les luthiers de la ville, et 239 personnes y souscrivent ( presque tous les luthiers ou veuves de luthiers); elle ne durera qu’un an.

En 1924, une nouvelle augmentation de capital a lieu. On y trouve toujours la famille et les amis, mais plus de banquiers et d’entrepreneur; toujours Vincent GENOD, directeur à Mirecourt, toujours Henry FRANCAIS, maintenant rentier, mais toujours pour une seule action.

En 1927, la société rachète à Paul MANGENOT [20], l’enseigne ‘A la ville de Crémone’, et alors qu’elle vient de sortir un catalogue, elle s’empresse d’en faire imprimer un autre, en s’appropriant toutes les distinctions remportées par les possesseurs précédant. Mais d’où vient cette marque?
C’était vous le savez l’enseigne de LAGETTO à Paris (qui aurait professé à Mirecourt). Elle fut ensuite utilisée par Joseph THIRIOT, mort en 1786, Joseph CHAROTTE MILLOT [21], Dominique DIDELOT [22], et Nicolas MORLOT, apprenti de Didier Nicolas, qui, lui, écrit Crémonae, ou bien, comme son maître, Crémonne avec deux n.
Didier NICOLAS dit aîné, est né en 1757 et mort en 1833. Maître d’apprentissage de Hilaire DARCHE, François CAUSSIN, Charles JACQUOT et Jean Laurent MAST entre autres. Il est le premier Mirecurtien à participer à l’exposition universelle de 1802 ( ils ne sont que deux pour toute la France à exposer). Mais il ne reverra jamais son violon égaré, dont on ne lui accuse même pas réception. [23]
En 1819, il présente à l’exposition un violon pour les symphonies, de facture ordinaire, et un violon pour les quatuors, de facture soignée.
Son fils Joseph [24], vend dans un magasin de Paris ( chez Henry), comme d’ailleurs d’autres mirecurtiens. ( Un Nicolas HUBANS, marchand, vend à Henry de Paris des instruments de Raymond HENRY de Mirecourt, fait par BARBE)!
Constant PIERRE dit de Joseph NICOLAS qu’en 1834, il emploie 600 ouvriers qui fabriquent un million d’instrument par an. On ne prête qu’au riches, mais les statistiques industrielles pour le département des Vosges sont formelles ; cette année là, celle de son installation seul, il emploi 6 ouvriers, dont deux chez lui, et produit 600 instruments par an. Quant au million, peut être est-ce son chiffre d’affaire.
A sa mort, en 1864, Jean Joseph Honoré DERAZEY [25], élève de J B VUILLAUME, rachète l’enseigne ‘A la ville de Crémonne’, puis la cède à son fils Justin Amédée [26], que nous trouvons la déposant pour lui même le 5 mars 1883, ainsi que l’étiquette de son père.
Il faut attendre 1897, (7 ans après la mort de Justin DERAZEY), pour que Paul Alexandre MANGENOT [27] la dépose pour lui même, ainsi que la marque de DERAZEY.
C’est lui qui la cède en 1927 à LABERTE et MAGNIE, ainsi que son propre nom, 16 ans avant sa mort.
Revenons donc à ce nouveau catalogue LABERTE.
De petit Format, et très publicitaire, il nous permet de suivre l’évolution des marques de la société. Tous les noms provenant du rachat ‘A la ville de Crémone’ apparaissent, mais si quelques uns sont supprimés, beaucoup demeurent.

Philippe LABERTE, né en 1906 et fils de Marc, entre dans l’entreprise qui malgré des tentatives de diversification ( Radios, électrophones, Stradivox) fermera définitivement ses portes le 3 septembre 1972.

Outre les marques déjà citées, issues des noms de la famille LABERTE, et le fameux ‘Nicolas BERTHOLINI’ qui demeure dans les différents catalogues jusqu’au bout, citons ‘CHIPOT VUILLAUME’, issu de l’entreprise MAGNIE, dont l’étiquette diffère nettement de celle de son auteur initial, mais aussi les inévitables ‘MARQUIS DE L’AIR, issus de Jean Baptiste LEMARQUIS [28], puis de la famille CLAUDOT, les marques ‘LECLERC’, ‘HENRI’, pour les violons, ou ‘FERELLI’ pour les archets, et beaucoup d’autres.

A part les très beaux exemplaires, où l’on peut rencontrer des marques au fer, en particulier une marque rond L.H.F, et souvent une lettre ou un chiffre, imprimé de numéro de série, on trouve peu de caractéristiques dans les étiquettes ou la facture
LABERTE a aussi fait de très beaux instruments, dont certains, moulé mais retouchés ne paraissent pas industriel.
Les séries marquées LABERTE-HUMBERT, FOURIER-MAGNIER, puis Marc LABERTE, en neuf ou copie d’anciens, sont de fabrication cent pour cent artisanale.
Il existait une hiérarchie entre les ouvriers, qui travaillaient soit dans ‘le chantier’, soit dans l’atelier d’art. Marc LABERTE, qui fit un apprentissage de lutherie, possédait une collection d’instruments anciens, que certains ici ont connu, et qui permit à l’entreprise de laver son image de limonadier. Si à l’origine, elle doubla sa concurrente THIBOUVILLE dans la partie lutherie, uniquement sur son dynamisme purement commercial, elle réussit par la suite à s’imposer comme une vraie maison de lutherie.

La troisième grande entreprise mirecurtienne de lutherie est l’entreprise COUESNON. Elle est issue de la grande société GAUTROT de Paris et Château Thierry, dont le patron le plus connu est Pierre Louis GAUTROD, né en 1845 et pas à Mirecourt en 1830 comme nous le dit René VANNE. C’est lui qui fonda la fabrique de Château THIERRY en 1865.

Il semble que cette fabrique existe déjà à Paris en 1845, uniquement pour les cuivres, puisqu’un GAUTROT succède à GUICHARD, cette année là. [29]
A la fin du XIX ème siècle, GAUTROT emploi deux cents ouvriers à Château Thierry. C’est à partir de 1885 que cette entreprise se lance dans la lutherie, avec l’entrée de Maurice MERMILLOT dans l’atelier de PARIS. Ce luthier, élève de Charles GAILLARD, puis de Jean Baptiste VUILLAUME, travaille chez GUADAGNINI à Turin, chez GAND-BERNARDEL, et s’installe à Paris en 1876. Il suit l’exemple de Nicolas VUILLAUME, Charles BUTHOD et Auguste DARTE, en se consacrant à l’industrie, après avoir appris l’artisanat. On constate que Jean Baptiste VUILLAUME a une influence primordiale, dans l’apparition de l’industrie. Le besoin d’instruments bon marché est sûrement important à Paris à cette époque.
GAUTROT puis COUESNON emploient des ouvriers et apprentis comme Alfred Joseph LAMY, Georges BRUBACH, André COINUS, Emile GOURRIER ou Paul SERDET.
En 1887, COUESNON succède à GAUTROT, et en 1901, Georges CHERPITEL [30], issu de chez THIBOUVILLE, succède à MERMILLOT, décédé et prend la direction des ateliers parisiens.
En 1912, COUESNON édite un catalogue de petit format, et se présentant plus comme un livre pédagogique. Il comporte de nombreux modèles de violons, et de belle reproductions en couleur.
On y trouve peu de marques de fabrique, si ce n’est ‘LE MIRECOURIEN’, le modèle ‘NICOLAS’, les inévitables ‘MARQUIS DE L’AIR’ et ‘BRETON’, et des imitations d’auteurs Italiens et Français. Certains de ces violons sont évidemment fabriqués à Mirecourt, bien que la société n’y possède pas encore d’atelier.
En 1913, COUESNON absorbe Léon BERNARDEL, apprenti de Justin DERAZEY et élève de GAND BERNARDEL installé depuis 1898 à Paris. La raison sociale devient COUESNON et Léon BERNARDEL Réunis.  En 1925, elle s’appellera aussi société anonyme ‘La Lutherie Lorraine’ et sera implantée à Mirecourt. Emile GOURRIER et Gaston BERNEZ, qui avaient créé une société ensemble en 1922 en seront les patrons.

Le catalogue de 1934 est riche en marques de fabrique. On trouve bien sûr, ‘BRETON’ et ‘MARQUIS DE L’AIR, mais aussi certaines autres comme : ‘H BLAISE’, ‘Arthur PARISOT’, ‘Ludovicus MEUROT’, ‘S ESTEVANT’, d’innombrables copies, des violons signés CHERPITEL, GOURRIER, BERNEZ et bien sûr, de nombreux modèles Léon BERNARDEL.
Cette société existe encore en 1956 à Mirecourt, mais ferme bientôt ses ateliers de lutherie, pour se limiter à sa première activité de facteur d’instrument à vent, à Chateau Thierry.

D’autres entreprises tentent d’implanter des ateliers à Mirecourt : Albert Joseph DEBLAYE [31], un temps successeur de GAUTHIER et SIMONIN à Toulouse, revient à Mirecourt, ou il emploie trois personnes en 1901 et 1906. Il s’associe à H MEUNIER et ouvre un magasin à Paris. En 1921, il fait travailler vingt personnes à Mirecourt, en 1931, 37, mais en 1936, l’entreprise a disparue. La société DEBLAYE et MEUNIER existe encore à Paris en 1956, et prétend encore avoir des usines à Mirecourt, preuve que le nom est attractif. Elle s’occupe encore un peu de violon et propose quelques marques, dont ‘René BERNARDEL’.

Tous les autres noms de fabriques de Mirecourt, que vous pouvez rencontrer dans les violons, ne peuvent être considérés comme issus d’usine, et se situent entre l’artisanat et l’industrie. (Fabrications artisanales intensives, et maximum de huit salariés).

Citons en premier la fabrique de DARTE. Cet élève de Nicolas et Jean Baptiste VUILLAUME, s’occupe, avec son beau père Nicolas VUILLAUME [32], des productions ordinaires de Jean BAPTISTE. On lui connaît comme élèves Gustave BAZIN, Paul BLANCHARD, François CLAUDOT, Henry FRANCAIS, Emile LAURENT entre autre, et ses successeurs sont Albert CUNIN, puis Léon MORTIN.
Citons encore la fabrique de DUBOIS, et celle de Joseph GRANDJON.
Ne revenons pas sur NICOLAS et DERAZEY, mais mentionnons la maison COLLIN MEZIN, crée par Claude Nicolas COLLIN, apprenti de Nicolas François VUILLAUME, et sûrement de son frère Nicolas, [33] et dont un des élèves est Claude Auguste MIREMONT. Cette maison est poursuivie par son fils, Charles Jean Baptiste [34], qui s’installe à Paris en 1867, et dont on connaît de très beaux violons; puis par Charles COLLIN MEZIN [35], fils et apprenti de Charles Jean Baptiste qui part en stage aux U S A, avant de s’installer à Mirecourt, rue Germini, vers 1898.
Cette maison, dont Jean LARCHER prend la direction avec le petit fils Charles Jean Baptiste COLIN MEZIN [36]n’emploie à ma connaissance jamais plus de sept personnes, mais possède la marotte du dépôt de marque et de brevets. Parmi elles, le modèle Vibrotype en 1926, le Victorieux, et d’autres que vous trouverez sur la liste.

Pour finir, voici quelques marques rares
‘BASSIANI Grégorio’ et ‘PENZANO Antonio’, déposées par Gustave BAZIN en 1900; ‘L BERARD’, ‘F MARCHAL’, ’L GARNIER’, ‘M MATHIEU’, ‘C LEROY’, ‘A MARCELIN’, déposées par Charles BAILLY en 1926, et encore Rénato CONI, marque de René CUNE que l’on rencontre plus couramment.

Entre 1870 et 1880, la maison MENNESSON de Reims, tente de créer un atelier à Mirecourt. Il est dirigé par Jean Joseph MARTIN [37], le célèbre archetier élève de Jean Baptiste VUILLAUME. Il prend comme ouvriers Auguste et Louis Nicolas MOUGENOT, ses beaux frères, Georges DEROUX, Gabriel VOIRIN, fils de François Nicolas, luthier déjà cité. Mais la maison MENNESSON ne tirant pas le profit qu’elle en attend, revend à Jean Joseph MARTIN cet atelier, qu’il transforme en ‘Union Ouvrière’, d’environ 1870 à 1881. Elle rencontre l’hostilité des grand ateliers. Jean Joseph commerce avec la Belgique, la Suisse et l’Angleterre. En 1881, il fait faillite. Ruiné, il retravaille seul pour THIBOUVILLE, puis CUNIOT. Cette ‘Union ouvrière’, dont on rencontre parfois mais rarement de très beaux instruments genre COLIN MEZIN, s’occupe de violons et d’archets. Elle eut comme apprentis Alfred HILL et Louis MARTIN fils, et comme ouvriers Joseph Arthur VIGNERON. 

[1] (Thèse de Noelle GOUILLARD)

[2] (1680 - 1730)

[3](1704 - 1739)

[4] ( D’après les registres d’imposition .)

[5] (Notes sur l’industrie, Archives départementales des Vosges.)

[6] (Malou HAINE, ‘Les facteurs d’instruments de musiques à Paris au XIXème siècle’)

[7] (1819 - 1889)

[8] ( 1802 - 1857)

[9] (1811 - 1892)

[10] (1833 - 1902)

[11] (Archives départementales des Vosges, 7 U)

[12] (Recencements de population, Mairie de Mirecourt)

[13] (1776 - 1854)

[14] ( 1788 + ?)

[15] (1844 - 1881)

[16] (1880 - 1963),

[17] (Archives départementales des Vosges, 7 U)

[18] (1847 1897)

[19] (1851 1931)

[20] (1862 1941)

[21] (1798 1849)

[22] (1807 1848)

[23] (Archives départementales des Vosges)

[24] (1796 1864)

[25] (1794 1883)

[26] (1839 1890)

[27] (1862 1941)

[28] (mort en 1775)

[29] (Malou HAINE, ‘Les facteurs d’instruments de musiques à Paris au XIXème siècle’)

[30] (1870 1945)

[31] (1874 1929)

[32] (Il a épousé en secondes noces sa mère, Françoise ZOGGER)

[33] ( Mr STRICK de Bruxelles a vu sa signature dans un VUILLAUME Sainte Cécile)

[34] (1841 1923)

[35] (1870 1934)

[36] (né en 1910)

[37] (1837 1909)

Renseignements complémentaires sur les marques de fabriques directement ou en passant par la page documentation pour accéder aux multiples catalogues mirecurtiens mis en ligne.

Version italienne interprétée par Florette Paradis.

 

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