La Lutherie et Les Luthiers, Vidal, 1889

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Documentation > Vidal, La lutherie et tes luthiers.

Nous ne présentons de cet ouvrage de 1889 que les chapitres V et VI sur les luthiers et archetiers français. Du moins dans un premier temps.

Pour nombre d'auteurs, on trouve des éléments biographiques originaux et justes.

Les reproductions d'étiquettes parfois présentes par pages entières ont été scindées et mises en regard de la biographie de l'auteur.

 

La Lutherie et les luthiers

La Lutherie et Les Luthiers, Vidal, 1889

La Lutherie et Les Luthiers, Vidal, 1889

 

LA LUTHERIE FRANCAISE

  _________

CHAPITRE V

 

La lutherie française. - Les feseurs d'instruments en 1559. - Corporation des « Maistres feseurs d'instruments de musique de la ville de Paris - Statuts de la corporation. - Son importance pendant le XVIIIe siècle. Les Renault, Dumesnil, Médard, etc. - Jacques Boquay, Claude Pierray, Lupot et les luthiers du XIXe siècle jusqu'à ce jour. - Nomenclature des luthiers français. - Espagne. - Portugal.

 

Jusqu'au règne de Henri IV, l'histoire est à peu près muette sur les feseurs d'instruments ; mais, à la fin du XVIe siècle, nous rencontrons un document qui, à défaut de détails sur la lutherie elle-même, nous offre au moins la preuve que, chez nous, cet art avait pris une certaine importance. En l'année 1599, les feseurs d'instruments de musique sont soumis au régime des corporations, et des statuts leur sont accordés par le roi. (J'en ai donné le texte in extenso dans les Instruments à archet, t. 1er , P- 142. Cette pièce a été copiée par moi aux Archives nationales, ordonnances de Louis XIV, juin 1680. FFFF Xia 8675.)

Pour faire partie de la corporation des «Maistres feseur d'instruments de musique de la ville de Paris», il fallait faire six années d'apprentissage, exécuter chef-d’œuvre, avoir certificat de bonne vie et mœurs. Défense expresse à tous ceux qui ne sont pas reçus «Maistres» de s'occuper du métier en aucune de ses parties.

Ces statuts furent confirmés par lettres patentes de Louis XIV, enregistrées le 6 septembre 1681.

Quelle était donc l'importance de la lutherie à cette époque ? Nous ne pouvons le dire d'une manière bien exacte ; nous savons, toutefois que si le nombre des feseurs d'instruments de musique était assez grand pour former une corporation spéciale, ils n'avaient pas encore acquis une réputation suffisante pour permettre à leur réputation de s'étendre bien loin, au moins dans les deux branches principales de la lutherie : la facture des clavecins et celle des instruments à archet.

La première était le partage des Flandres ; la seconde appartenait à l'Italie, dont les écoles de Crémone et de Brescia produisaient déjà des merveilles.

Les statuts accordés par Henri IV en 1599, à la corporation des feseurs d'instruments de la ville de Paris furent en vigueur jusqu'au commencement du XVIIIe siècle mais, à cette époque, une modification importante y fut apportée. Depuis longtemps déjà, de nombreux abus s'étaient introduits dans la gestion des intérêts des corporations et avaient donné lieu à des plaintes d'une gravité telle, que l'autorité royale dut -intervenir.

 

Par arrêts du roi des 3 mars et 16 mai 1716, il avait été nommé six commissaires pour procéder à la liquidation des dettes et à la révision des comptes des corporations des marchands et communautés d'arts et métiers de la ville de Paris. La communauté des maîtres luthiers fut soumise, comme les autres, à cette mesure administrative.

 

Un membre de la corporation fut nommé chaque année juré comptable, il rendait ses comptes aux deux commissaires royaux affectés spécialement aux feseurs d'instruments.

L'histoire de la lutherie française aux XVIIe et XVIIIe siècles subsistait tout entière dans les comptes de la corporation depuis 1699 jusqu'en 1776- Malheureusement on ne les a pas retrouvés, sauf cependant ceux de 1744 à 1776 ( Arch. nat. de Paris, section judiciaire, cote V, 7434), dont les procès-verbaux ont été conservés. J'en extrais les renseignements qui suivent

La corporation se composait de quatre branches bien distinctes : 1° les luthiers feseurs d'instruments à cordes pincées ou à archet ; 2° les feseurs d'instruments à vent ; 3° les facteurs d'orgues ; 4° les facteurs de clavecins.

 

Il fallait payer 500 livres pour être admis à la maîtrise, après avoir fait l'apprentissage et subi l'examen exigé ; les fils de maîtres ne payaient que 200 livres. A cette source de revenus s'ajoutait le montant des amendes perçues sur les délinquants : aucun marchand ne pouvait vendre d'instruments de musique, s'il n'était reçu maître juré ; la contravention entraînait la saisie des instruments mis en vente. C'est ainsi que nous voyons figurer dans les comptes de 1749 un article de 99 livres 4 sols 6 deniers pour les seuls frais de saisie.

Le 22, novembre de chaque année, jour de la Sainte-Cécile, la corporation faisait chanter, à ses frais, une messe dans l'église du monastère Sainte Croix-de-la-Bretonnerie et, dans les occasions solennelles, un Te Deum.

Parmi les dépenses de 1753 figure de ce chef une somme de 164 livres.

Le revenu net de la corporation, résultant des comptes de 1744 à 1776, ne s'élève pas en moyenne à plus de 600 livres par an, jusqu'en 1752 ; à partir de cette époque jusqu'en 1776, la moyenne constante dépasse 2000 livres.

On voit donc que, pendant le XVIIIe siècle, les luthiers parisiens avaient une certaine importance, deux des leurs étaient même attachés spécialement au service du roi et jouissaient des privilèges des officiers commensaux («..... Marchans et artisans que le Roy veut estre compris dans le présent estat pour jouïr du privilège des commensaux. : deux feseurs de cors et trompes, deux feseurs d'instrumens de musique... »

(Extrait de l'Estat général du nombre des officiers dont le roy veut et ordonne que sa maison soit composée. Paris, 1674. Bibl. nat., LF 9-3.)).

Les spécimens d'instruments français à archet des XVIe, et XVIIe siècles sont tellement rares aujourd'hui, qu'il est très difficile de se prononcer sur leur valeur en parfaite connaissance de cause.

Les Nicolas et Jacques Renault, Dumesnil, Despons, Véron, etc., même les Médard, nous sont pour ainsi dire inconnus dans leurs œuvres ; et cependant ils n'étaient pas sans mérite.

Après les luthiers dont je viens de parler, il y a un progrès assez sensible : François Médard, qui travailla, dit-on, à Crémone dans l'atelier d'A.. Stradivari, Jean et Nicolas Médard, furent de bons ouvriers. Les Médard travaillèrent de 1680 environ jusqu'en 1715. leurs violons, qui sont généralement d'un petit patron, se font remarquer par la beauté de leur vernis.

Vinrent ensuite :

Jacques Boquay, dont les étiquettes sont datées de 1709 à 1735 environ. Instruments bien faits ; les violoncelles, surtout, sont de bonne apparence et ont souvent une bonne sonorité.

Claude Pierray, contemporain de Boquay : même genre de lutherie que le précédent. Il a laissé beaucoup de violons et de basses : ce sont des instruments bienfaits.

Nous rencontrons à la même époque, à Mirecourt, Jean Vuillaume, dont j'ai eu l'occasion de voir un violon de 1718. Lutherie ordinaire, tête sculptée ; les filets peints, les tables et les coins ornés d'un petit dessin noir courant autour de l'instrument vernis jaune léger. En résumé, sans valeur aujourd'hui, mais très intéressant.

Après Boquay et Pierray vinrent : Champion, Guersan, Gaviniès, Salomon, Claude Boivin, Benoist Fleury, les Louvet, Paul Grosset, Panormo, Fent, L.           Renaudin, etc., etc.

 

La lutherie française du XVIIIe siècle jusqu'en 1789 est loin d'être sans mérite, elle est d'une bonne facture et souvent d'un joli aspect ; malheureusement, nos luthiers d'alors travaillaient sans principes bien arrêtés. C'est surtout dans les nombreux défauts d'épaisseur des tables et dans, l'incertitude de la dimension et du dessin des patrons qu'il est facile de s'en apercevoir. Un autre inconvénient capital se produit dans toute la seconde moitié du XVIIIe siècle : le vernis est devenu mauvais. On attribue à Louis Guersan, qui succéda à Boquay, l'introduction en France du vernis à l’alcool : c'était commettre la plus grave de toutes les erreurs. Ce vernis, qui offre l'avantage de sécher très vite, a l'inconvénient de paralyser les vibrations et de nuire à la sonorité ; il était déjà usité en Italie par les luthiers de la décadence, lorsqu'on commença à s'en servir chez nous.

Nous n'avons donc produit en France, pendant tout le XVIIIe siècle, que des instruments de second ordre ; et, jusqu'au moment où Nicolas Lupot vint s'établir à Paris, nous sommes restés dans un état d'infériorité trop réel. Mais lorsque ce dernier commença à travailler sérieusement, une sphère nouvelle s'ouvrit pour nous, et l'époque brillante de la lutherie française s'annonça pour aller grandissant jusqu'au moment actuel.

Nicolas Lupot, né en 1758, mort en 1824, vint à Paris en 1798, et, pendant vingt-six ans, pas un instant ne fut perdu pour l'art. Travailleur assidu, un instrument ne sortait jamais de son atelier sans avoir été entièrement fait par lui. C'était un artiste dans toute l'acception du mot : il ne confiait à personne le soin du plus petit détail ; aussi reconnaît-on à tout ce qui est sorti de ses mains un air de famille auquel il est impossible de se méprendre. La grande force de Lupot a été sa connaissance très sérieuse des grands maîtres italiens : Stradivarius lui servit de type ; il ne pouvait pas en prendre de meilleur.

Charles-Francois Gand, élève distingué de Lupot et son gendre, lui succéda en 1824 ; il a laissé un assez grand nombre d'instruments estimés ; il se distinguait particulièrement par la connaissance approfondie qu'il avait des instruments italiens.

Autour de Gand vinrent se grouper : Chanot, l'un de nos luthiers les plus habiles et qui avait une capacité de premier ordre pour la réparation ou les modifications à apporter aux anciens instruments ; Bernardel, qui a laissé beaucoup d'instruments bien faits et d'une bonne sonorité, Thiboust, Maucotel, Rambaux, Mennégand, C. Henry, Miremont, Germain à Paris, Jeandel à Rouen, Lapaix à Lille, Silvestre à Lyon, Simonin à Toulouse, Derazey, Grandjon fils, Gaillard à Mirecourt, tous luthiers de mérite dont le nom figure honorablement dans les récompenses accordées par les jurys des expositions internationales inaugurées par l'Angleterre.

Mais parmi tous ces hommes de talent, il en est un dont je n'ai pas encore prononcé le nom, et qui restera l'une des gloires les plus brillantes de la lutherie française an XIXe siècle. Je veux parler de Jean-Baptiste Vuillaume, auquel je consacre une longue notice biographique à la fin de ce chapitre. 

  

LES LUTHIERS FRANCAIS

  

ALDRIC. - Très bon luthier qui a travaillé pendant longtemps à Paris.

La marque la plus ancienne que j'aie rencontrée de lui se trouvait dans une basse :

 

Fait par Aldric, luthier,

rue des Arcis, 16.

Paris, 1792.

 

Les autres sont datées de la rue de Seine-Saint-Germain, 71, où il a demeuré jusqu'en 1840, époque où son neveu Aubry a pris la suite de ses affaires.

La plupart des étiquettes d'Aldric sont manuscrites ; il en employait aussi une imprimée dont voici le libellé :

Rue de Seine, 71, près celle de Bussy,

Aldric,

Luthier à Paris 18..

 

 

La lutherie d'Aldric est remarquablement bien faite ; elle commence dignement avec celle de Lupot, quoique bien inférieure à cette dernière, la bonne école française.

Son vernis est généralement rouge et de belle apparence, mais un peu trop épais.

Il existe aussi de lui des altos faits de vieilles violes italiennes, dont la facture atteste une habileté hors ligne.

 

ALIBERT (Jean-Pierre). - Né le 22 mars 1820 a Montauban (Tarn-et-Garonne).

Propriétaire exploitant des mines de graphite et de néphrite dans la Sibérie orientale. Officier de la Légion d'honneur et de l'instruction publique.

M.Alibert est l'inventeur, d'un système de chevilles, assurant l'accord parfait des instruments à cordes. Cette invention, destinée d'abord au seul mécanisme du piano, fut étendue plus tard par l'auteur aux instruments à archet. ( La maison Pleyel-Wolff l'adopta pour les pianos, après une suite d'essais concluants.)

Elle apporte dans l'accord, une facilité et une rectitude mathématique absolument remarquables.

Voici le résumé du système :

La mortaise du cheviller est recouverte par une plaque en bois, sur laquelle sont ménagées les entailles destinées aux chevilles nouvelles ; le mécanisme est placé dans l'intérieur de la mortaise.

Le dessin et les explications qui suivent en donneront une idée exacte

A.        Clef pour enrouler et assujettir la corde

B.        Levier qui tend progressivement cette corde.

C.        Vis qui fait basculer le levier et qui amène l'accord à la justesse rigoureuse.

Les chevilles ordinaires deviennent inutiles, mais on peut les conserver afin de ne pas altérer l'aspect de la tête.

L'invention de M. Alibert a reçu les encouragements les plus flatteurs des grands violonistes de notre' époque : Alard, Joachim, Marsick, Sarasate, etc., ont été unanimes pour reconnaître que les chevilles Alibert accordent l'instrument avec une perfection mathématique inconnue jusqu'à ce jour.

Le système petit s'appliquer au violon, à l'alto et au violoncelle.

 

ALLARD. - A Paris, rue du Petit-Pont, n° 9, en 1788-

 

AMELOT. - Luthier à Lorient en 1829. Nous avons de lui une étiquette élégante, composée d'un écu chargé d'attributs de marine, surmonté d'une sirène jouant de la conque. Sous l'écu est imprimé en petites lettres

 

Amelot, luthier,

Lorient, 1829

 

AUBRY neveu. - Prit la suite d'Aldric à Paris, rue de Seine-Saint-Germain, en 1840.

 

AUDINOT (Nicolas). - Né à Mirecourt, le 12 décembre 1842, fit son apprentissage chez son père dans cette ville.

Il vint à Paris en 1863 et entra comme ouvrier chez Sébastien Vuillaume, qu'il quitta en 1868 pour s'établir rue du Faubourg-Saint-Denis, 17. Il prit la suite des affaires de Sébastien Vuillaume à la mort de ce dernier en 1875, et, depuis lors, il a toujours maintenu ses ateliers boulevard Bonne-Nouvelle, 17. Les instruments faits par M. Audinot, rue du Faubourg-Saint-Denis, portent l'étiquette suivante imprimée :

N. Audinot,

Luthier,

Élève de Vuillaume,

Paris, 18. ..

 

Avec la signature manuscrite ainsi que le millésime, cette période va jusqu'au numéro 138.

 

Les instruments construits boulevard Bonne-Nouvelle jusqu'à ce jour ont les numéros 139 à 482.

N. Audinot,

17, boulevard Bonne-Nouvelle,

année 18..

 

Signature, numéro, et les deux derniers chiffres du millésime, manuscrits.

M. Audinot s'est fait une place distinguée parmi nos meilleurs luthiers parisiens : talent personnel, dévouement à son art, grande expérience acquise par plus de trente années de travaux intelligents et soutenus. Ses instruments peuvent être classés parmi les meilleurs de l'époque actuelle.

 

AUGIERE. - L'un des meilleurs ouvriers de Clément, à Paris, rue des Bons-Enfants. Il s'établit en 1830, rue Saint-Eustache, n° 12, en compagnie de Calot. Augière et Calot ont fait de très beaux violons.

 

BACHELIER. - A Paris, place Baudoyer, en 1788-

 

BASSOT (Joseph.) - A Paris, rue Chabannais, n° 1 dès 1788 :

 

Joseph Bassot, luthier,

Paris, 1802.

 

Étiquette imprimée, entourée d'une petite vignette légère, relevée dans un violon bien fait, joli vernis couleur rose rouge, fond ambré, peu épais ; lutherie digne de Lupot.

La première époque est moins bonne : vernis jaune, facture très ordinaire.

 

BERGE - Il existe sous ce nom une vielle organisée, au musée du Conservatoire de Paris (n°131 du catalogue), avec l'indication suivante gravée au fond :

 

Berge, à Toulouse, 1771.

 

BERNARDEL (Sébastien-Philippe). - L'un des luthiers français les plus distingués de notre époque. Né à Mirecourt en 1802. Après avoir fait son apprentissage dans sa ville natale, il vint à Paris en 1820 et entra comme ouvrier chez Nicolas Lupot et ensuite chez Gand père. Il quitta l'a maison en 1826 pour s'établir à son compte. J'ai eu l'occasion de voir un violon fait par Bernardel après sa sortie de chez Gand et qui atteste déjà, par sa belle facture et sa bonne sonorité, un talent de premier ordre. L'instrument porte l'étiquette suivante écrite de la main de Bernardel lui-même :

Bernardel, luthier,

ex-ouvrier du sr Lupot,

rue Coquillière, n° 44, à Paris,

l'an 1826.

C'est peut-être le premier violon de Bernardel portant sa signature.

Bernardel exerça seul sa profession de 1826 à 1859 ; à cette époque il s'associa ses deux fils Ernest-Auguste et Gustave-Adolphe, et la maison devint Bernardel et fils.

Bernardel père se retira en 1866.

M. Eugène Gand s'associa alors avec les deux frères Bernardel, et les deux maisons Gand et Bernardel furent fondues ensemble sous la raison sociale. Gand et Bernardel frères, qui existe aujourd'hui, passage Saulnier, 4. Sébastien-Philippe Bernardel père est mort le 6 août 1870, laissant un grand nombre d'instruments estimés, surtout des violoncelles d'une sonorité remarquable.

 

BERTRAND (Nicolas). - A Paris, de 1705 à 1735 environ.

Je connais de lui une basse de viole bien faite vernis rouge très croûteux et mat. L'instrument est marqué au feu, du nom de l'auteur, sur le bouton de la poignée, et porte intérieurement une étiquette

 

Nicolas Bertrand, Paris, 1720.

 

BESSARD (Louis). Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1753.

 

BLAISE. - A Mirecourt. Première moitié du XIXe siècle.

 

BLANCHARD (Paul-François). -A Lyon.

Né à Mirecourt en 1851.

Après avoir fait son apprentissage dans sa ville natale, M. Blanchard travailla pendant sept années dans les ateliers de H.-C. Silvestre à Lyon, et s'établit lui-même dans cette ville en 1876. Depuis cette époque, il s'est livré avec succès à la facture des instruments neufs, en suivant les errements de nos anciens luthiers français : tous les instruments portant sa marque personnelle sont entièrement faits par lui. Ceux construits dans ses ateliers, sous sa direction, ont une étiquette particulière.

Belle lutherie, facture soignée, patrons élégants, bien dessinés, filets d'une grande pureté, vernis rouge brun à l'huile, léger et bien réussi.

Aucune imitation de vieux. Outre l'étiquette intérieure, les lettres P. B. entrelacées sont marquées sur le bouton du manche, dans les instruments de l'époque actuelle.

Ses étiquettes portent :

Époque de 1876 à 1887 du n° 1 à 136

 

Fait par Paul Blanchard,

P. B.   à Lyon en 1876, n° z.

 

A partir de l'année 1887 :

 

Fait par Paul Blanchard,

à Lyon, en 1887, n° 137.

 

Entourée d'une vignette enrubannée, avec la légende de Duiffoprugcar :

 

Viva fui in silvis, etc...

 

Les instruments faits dans ses ateliers, sous sa direction, sont marqués :

 

Fait dans l'atelier

de P. Blanchard, Lyon, 18...

 

BOIVIN (Claude). - Bon luthier, établi à Paris dans le courant du XVIIIe siècle. Il fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1752. Le musée instrumental du Conservatoire de Paris possède de lui une guitare (n° 172 du catalogue) datée :

 

Paris, rue Tiquetonne, 1749 ;

 

On trouvera à la planche XXI un fac-similé de son étiquette ainsi libellée :

 

Claude Boivin.

Rue Tiquetonne, à la Guitare royale,

à Paris 1748.

 

 

 

BOQUAY (Jacques). - A Paris de 1705 à 1735 environ : contemporain de Pierray, dont la lutherie ressemble beaucoup à la sienne. On en rencontre de nombreux spécimens ; ses violons surtout ont eu de la réputation, et la méritaient à certains égards. Le vernis est également rouge brun, assez flatteur à l'œil quelquefois il tire sur le jaune.

 

 

 

BOURDET (Jacques). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1751.

 

BOURDET (Sébastien). - L'un des premiers luthiers marquants de Mirecourt, au commencement du XVIIIe siècle.

 

BOURGARD. - A Nancy.

Dans un violon de bonne facture, genre Médard, étiquette carrée manuscrite d'une écriture écolière

Ft, par moi,

Bourgard, facteur

d'instruments, rue

de la Posonnerie, à

17 Nancy 86.

Ce nom de Bourgard est probablement celui de Burghardt, commun dans la Suisse allemande, et qui a été francisé.

 

BOURLIER (Laurent). - Né à Mirecourt en 1737, mort en 1780.

 

BRETON (J.-T.). A Paris, dans le courant du XVIIIe siècle.

A défaut d'échantillon de sa lutherie, en voici un de sa latinité/

 

JF. Breton, citharae-fa-

bricator, faci, vendit et re-

concinat instrumenta musica

omnis generis. - Parisiis anno

1740.

 

BRETON. - Contemporain de Nicolas aîné, à Mirecourt. Il a travaillé dans cette ville de 1812 à 1830. Ses étiquettes portent :

 

Luthier de S. A. R. Mme la Duchesse

d'Angoulême.

 

Quelquefois, au milieu de l'étiquette se trouvent gravées les armes de France accolées, surmontées de la couronne ducale.

Lutherie faite avec soin, bon patron, les filets bien réussis, voûtes un peu bombées, vernis jaune. Nous avons eu souvent l'occasion de voir des violons de Breton, qui ne sont pas rares et n'ont pas grande valeur commerciale aujourd'hui.

 

BRUGERE (François). - Né à Mirecourt en 1822, mort en 1874.

 

CABROLY. - Travaillait à Toulouse. Étiquette originale :

 

Fait par Cabroly,

à Toulouse,

avec une vignette à la Bergonzi.

 

CALOT. - à Mirecourt : luthier de mérite, qui travailla chez Clément comme ouvrier, et s'établit ensuite en 1830, en société avec Augière, rue Saint-Eustache, n° 12.

 

Augière et Calot ont fait des instruments très remarquables par leur belle facture et leur sonorité.

 

CARON.- Luthier ordinaire de la reine, à Versailles, rue Salory, 1785. Étiquette d'un théorbe décacorde du musée du Conservatoire de Paris (n° 140 du catalogue). Nous avons vu de lui un alto bien fait, vernis brun-noir, avec l'étiquette :

 

Caron, luthier de la Reine, rue Royale, à Versailles, 1777.

 

CARRE (Antoine). - Habile luthier établi à Arras vers le milieu du XVIIIe siècle, qui s'est surtout distingué dans la construction des vielles organisées.

 

CASTAGNERI (André). - Luthier italien établi à Paris dans le courant du siècle dernier. Nous avons relevé de lui une étiquette, dans un alto faisant partie de la collection de M. le vicomte de Janzé :

 

Andrea Castagneri nell

palazzo di Soessone. Pariggi,

 

 

 

Le tout entouré d'une petite vignette.

 (L'hôtel de Soissons et ses dépendances occupaient un vaste emplacement situé entre la rue Coquillière, celle des Deux-Écus, celle du Four et celle de Grenelle. A main gauche et du côté des rues Coquillière et de Grenelle était un grand parterre accompagné de plusieurs allées d'arbres, qui offrait une promenade agréable aux habitants du quartier. Du temps de Law, on le détruisit pour en faire une espèce de bourse où se négociait le papier. Cet hôtel a été entièrement abattu et détruit dans les années 1748 et 1749. (Piganiol de la Force. Description historique de la ville de Paris, t. III, p. 235 et suivantes.)).

L'instrument est bien fait et d'une bonne sonorité ; le vernis est jaune, dans le genre de celui de Louis Guersan.

 

CHAMPION (René). - Travaillait à Paris pendant la première moitié du XVIIIe siècle. Jolie lutherie, faite avec soin ; vernis jaune assez bon, dans le genre de Boquay, dont il paraît être l'élève.

Voici une étiquette que nous avons relevée dans un de ses violons -.

René Champion, rue des

Bourdonnois, à Paris, 1735.

 

 

CHANOT (Francis). - Né à Mirecourt en 1788- Ingénieur de la marine : savant distingué, il s'était livré à des études d'acoustique, à la suite desquelles il inventa un violon de forme nouvelle.

L'exploitation commerciale de cette idée dura de 1818 à 1824 ; à cette époque, Francis Chanot reprit ses fonctions dans la marine, et mourut à Rochefort en 1828, ayant atteint le grade d'ingénieur de première classe.

 

 

Les lettres C. I. D., qui accompagnent son nom, sont les initiales de son titre : Capitaine, Ingénieur, Deuxième classe.

 

CHANOT (Georges). - Frère du précédent. Né à Mirecourt le 26 mars 1801, l'un des luthiers les plus habiles de l'École française de notre époque. Après avoir fait son premier apprentissage dans sa ville natale, il vint à Paris en 1819, et entra chez son frère pour travailler à la facture des violons d'un nouveau modèle, pour lesquels ce dernier avait obtenu un brevet en 1817. L'année suivante, il entra chez Clément, l'un des bons luthiers du temps. En 1821, il fut engagé chez Gand, qu'il quitta en 1823 pour s'établir à son compte rue Oblin, près de la Halle au blé. Il demeura successivement place des Victoires, 1825-1828 ; passage Choiseul, 1828-1837 ; rue de Rivoli, 1837-1848 ; et enfin quai Malaquais.

Georges Chanot joignait à une science approfondie de son art une connaissance hors ligne des anciens instruments italiens, dont il avait fait une étude spéciale.

Il a fait des instruments neufs qui se distinguent par leur belle facture et leur bonne sonorité ; mais il excellait surtout par une grande habileté de main dans la réparation des anciens instruments.

Artiste enthousiaste, il avait su communiquer aux siens le feu sacré : Lors de l'Exposition de Paris en 1827, on fut très surpris de voir figurer parmi les produits de la lutherie française un violon remarquable fait par une dame, et cette dame était Mme Chanot (Description d'un violon historique et monumental, par Cyprien Desmarais. A Paris, chez Dentu, au Palais-Royal, 1836, brochure in-8° de 37 Pages) : C'est un fait probablement unique dans l'histoire de la lutherie.

Mme Chanot fit plusieurs violons. Elle travaillait régulièrement et avec assiduité près de son mari, et lui rendait de Véritables services.

Devenu veuf, G. Chanot se remaria en 1859.

Il quitta les affaires en 1872, époque à laquelle il céda son fonds à son beau-fils, M, Joseph Chardon, son élève, qui a su profiter de ses bons conseils et de ses leçons, car il est aujourd'hui l'un de nos luthiers parisiens les plus distingués, surtout pour la réparation, et la connaissance des anciens instruments.

Georges Chanot eut de son premier mariage un fils portant aussi le prénom de Georges, qui commença l'étude de la lutherie avec son père. En 1851, il partit pour Londres, où il travailla pendant plusieurs années chez Maucotel, luthier français établi dans cette ville (Maucotel de Londres était le frère de celui de Paris.).

En 1858, M. Chanot (Georges II) entreprit lui-même les affaires pour son compte, et il est aujourd'hui l'un des bons luthiers de Londres.

Georges Chanot père, en quittant les affaires, s'était retiré à Courcelles, près de Gif (Seine-et-Oise), où il est mort le 10 janvier 1883, dans sa quatre-vingt-deuxième année.

 

 

 

CHAPPUY (Nicolas-Augustin). - Bon luthier, qui travaillait à Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

La date la plus ancienne que nous ayons relevée dans les instruments que nous avons vus de lui, est 1762. Son nom, avec l'initiale N, est marqué au feu, sur le bouton du talon du manche ; quelquefois il y a une étiquette intérieure portant le titre de luthier de S. A. R. la duchesse de Montpensier.

Les violons de Chappuy ne sont pas sans mérite : La facture en est bonne ; mais son vernis à l'alcool, comme celui employé par tous les luthiers français de l'époque, est mauvais, la nuance est généralement jaune.

Le musée du Conservatoire de Paris conserve religieusement un violon de Chappuy, qui a servi pendant trente-sept ans à Fr. Habeneck, comme professeur de l'École (n°10 du catalogue).

 

CHAROTTE. - Natif de Mirecourt, a travaillé à Rouen de 1830 à 1836.

 

CHERPITEL (Nicolas-Emile). - Né à Mirecourt en 1841.

Il a fait son apprentissage dans sa ville natale et est entré en 1859 chez Gand frères, à Paris, où il est resté ouvrier jusqu'en 1870-

Sous la direction de ces maîtres expérimentés, M.  Cherpitel s'est formé aux bonnes traditions.

En 1870 il s’est établi rue Saint-Denis, 364 (ancien), et en 1884, il est venu se fixer rue du Faubourg-Poissonnière, 16.

M.  Cherpitel marque ses instruments neufs de l'étiquette suivante :

 

Nicolas-Emile Cherpitel, à Paris,

13, Faubourg Poissonnière, N. E. C.

 

CHEVRIER (André Augustin).

Luthier à Bruxelles, 1838. -   Libellé d'une étiquette manuscrite placée dans un violon bien fait, vernis rouge-orange, épais, craquelé, façon Lupot. Chevrier était natif de Mirecourt.

 

CLAUDOT (Augustin). - Commencement du XVIIIe siècle. Il marquait ses instruments de son nom au fer rouge dans le fond, à la place de l'étiquette.

Lutherie commune, mais qui ne manque pas d'un certain mérite : ses modèles sont en général bien coupés ; vernis jaune.

 

CLEMENT - Établi à Paris, rue des Bons-Enfants, de 1815 à 1840 environ.

Clément produisait peu par lui-même, mais il employait des ouvriers de talent, parmi lesquels je citerai Georges Chanot, Augière, Calot et Thomassin.

 

CLIQUOT (Louis-Alexandre). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1756.

 

CLIQUOT (Henri). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1765.

 

COLLICHON (Michel). - Paris, 1693. Étiquette manuscrite relevée dans une viole à six cordes, touche en écaille, fond plat, vernis jaune transparent, érable moucheté, tête sculptée.

 

COLLIN-MEZIN (Charles-Jean-Baptiste). Né à Mirecourt en 1840. Il fit son apprentissage chez son père : Claude-Nicolas (mort en 1865). - Excellent luthier de Mirecourt et l'un des meilleurs élèves de Francois Vuillaume de Bruxelles. Charles-Jean-Baptiste Collin-Mézin, dont les aptitudes naturelles étaient stimulées par une ambition très légitime de parvenir, après avoir terminé son apprentissage et exercé pendant quelques années dans sa ville natale, vint s'établir à Paris en 1868.

Les débuts furent d'abord pénibles et les résultats d'un travail opiniâtre et intelligent peu rémunérateurs, mais le labor inprobus devait avoir raison des difficultés ; bientôt le nom de Collin-Mézin se fit connaître ; et aujourd'hui ses instruments ont une réputation méritée.

L'appréciation exacte de cette lutherie « Collin-Mézin » ne peut être mieux constatée que par les nombreux témoignages délivrés à l'auteur par les artistes les plus en renom de notre temps :

Sivori, Massart, Léonard, Maurin, Sauzay, Franchomme, Jacquart, Chevillard, Marsick, Marie Tayau, etc., ont tous été unanimes pour reconnaître, dans les termes les plus flatteurs, l'excellence des instruments de M. Collin-.Mézin. (Voir le prospectus imprimé de l'auteur).

M.  Collin-Mézin, établi d'abord rue du Faubourg-Poissonnière, aux n° 18 et 14 jusqu'en 1876, transféra ses ateliers au no 10 de la même rue, où ils sont encore aujourd'hui.

Les instruments de la première époque, allant de 1868 à 1876, sont marqués de l'étiquette suivante :

Longueur 9 cent.

Hauteur 2 cent.

 

Ch. J. B. Collin-Mézin fils, luthier,

Paris, 1’an 1870.

 

Sur le côté droit, un cercle à double filet avec les initiales entrelacées en anglaise légère, C. M., et l'adresse manuscrite : Faubourg Poissonnière, 14.

De 1876 à l'époque actuelle :

Longueur 9 cent.

Hauteur 3 1/2.

 

Ch. J. B. Collin-Mézin fils,

Luthier à Paris,

rue du Faubg. Poissonnière, 10.

 

Sur le côté droit, un cercle à double filet avec les initiales C. M. en romain, surmontées d'une petite croix pattée.

Depuis l'année 1879 le mot fils a été supprimé sur toutes les étiquettes. M. Collin-Mézin met en outre sa signature manuscrite

 

 

Sur le fond de chaque instrument, à côté de l'âme, avec un numéro d'ordre au-dessus. Mesure excellente qui eût rendu de grands services à l'histoire de la lutherie si elle avait été scrupuleusement adoptée par les grands luthiers italiens de l'ancienne époque.

M.  Collin-Mézin n'est pas seulement un habile facteur d'instruments, il est reconnu par tous comme un réparateur de premier ordre.

Les récompenses suivantes lui ont été décernées

Paris    1878- Médailles d'or et d'argent.

»          1879- Médaille d'or.

»          1884. - Nommé officier d'Académie.

 

COUSINEAU (Georges). - Fabricant de harpes, qui fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1769.

 

CUCHET (Gaspard). - A Grenoble

 

Fait par Gaspard-Cuchet à

Grenoble Mil sept cent 29.

 

Etiquette imprimée en gros caractères ; 7 1/2 cent. sur 3 1/2.

 

CUNAULT (Georges). - A Paris, 6, rue Clauzel. Né à Paris en 1856, il a fait son apprentissage à Paris.

Après avoir travaillé chez Miremont de 1874 à 1882, il s'est établi pour son compte, d'abord faubourg Poissonnière, no 53, et ensuite rue Clauzel, no 6, où il demeure aujourd'hui.

M.  G. Cunault est un ouvrier habile, travaillant beaucoup par lui-même, et dont les instruments neufs attestent une connaissance et une pratique sérieuses de la lutherie.

 

CUNY. - Luthier très ordinaire, qui travaillait à Paris dans le courant du XVIIIe siècle. - Vernis brun, épais.

Il marquait ses instruments dans le fond, au feu, de ces deux mots :

Cuny, à Paris.

 

DAVID. - Contemporain de Pierray. A Paris vers 1730. Lutherie commune.

 

DEFRESNE (Pierre). - A Rouen

 

Fait par moi, Pierre Defresne, maistre luthier à Paris,

demeurant rue Nve St-Lô à Rouen 1737.

Ce Pierre Defresne s'était établi à Rouen, en 1731, à l'aide d'un brevet de faveur du duc de Luxembourg, l'autorisant à se faire admettre, moyennant cent livres, dans la corporation des feseurs d'instruments, etc., etc., (archives départementales de la ville de Rouen ; Registre des délibérations de l'assemblée des maistres joueurs et feseurs d'instruments tant à corde qu'à vent et maistres à danser en la ville, fauxbourgs et banlieu de Rouen. Les droits à payer pour se faire recevoir « maistre » étaient de 500 livres, mais ils étaient généralement réduits à 260.)

Son admission avait rencontré une opposition très vive de la part des membres de la corporation, et dès le 16 avril 1731, des poursuites avaient été autorisées contre lui comme « faux ouvrier», c'est-à-dire n'ayant pas le droit d'exercer le métier. Il avait cependant continué ; mais, quelques années plus tard, les poursuites recommencèrent et le procès verbal de la séance du 29 octobre 1734 s'exprime ainsi « Autorisation de poursuivre le sr Defresne, qui, sans qualité, s'est immiscé non seulement d'ouvrir boutique, mais encore d'y placer une montre dans laquelle il s'y titre de Maistre de Paris et ce, pour s'attirer tout ce qui peut estre de la compétence des maistres luthiers de cette communauté. »

Il consentit par transaction à payer cent livres

Le 31 janvier 1735, et fit dès lors partie de la corporation, en continuant de prendre le titre de «Maistre de Paris », ce qui lui attira de nouvelles et incessantes difficultés avec les luthiers rouennais.

 

DE LANNOY (H.-J.). - A Lille. Bonne lutherie bien faite :

 

H.-J. de Lannoy, sur la petite place,

au-dessus des halles, à Lille, 1717.

 

DELAUNAY. - Le musée instrumental du Conservatoire de Paris possède de ce luthier une vielle datée : Paris 1775 (n° 130 du catalogue).

 

DELEPLANQUE (Gérard). - Luthier de Lille, dont il existe un très beau cistre au musée du Conservatoire de Paris (n°188 du catalogue) ; cet instrument est daté de 1768. Il y avait à l'Exposition de Paris, en 1878, un joli pardessus de viole de ce luthier, daté de 1766. Vernis jaune-rosé.

 

Étiquette petite (6 cent. sur 3) entourée d'une vignette légère :

 

Gerard J. Deleplanque

Luthier, rue de la Grande-

Chaussée, coin celle des

Doninicains, à Lille, 1770.

 

 DERAZEY. - A Mirecourt. Il a pris la suite des affaires de Joseph-Nicolas fils, en 1864. M. Derazey a obtenu une médaille aux Expositions de Paris en 1855 et de Londres en 1862.

 

DEROUX (Sébastien-Auguste). - Né le 29 juin 1848, à Mirecourt, fit son apprentissage dans sa ville natale, chez son père, travailla ensuite à Lyon, chez Silvestre, de 1866 à 1869.

Après avoir satisfait pendant quatre ans, au, service militaire, il entra chez Miremont, à Paris, où il resta du 20 novembre 1873 au 15 juillet 1884.

Lorsque ce dernier quitta les affaires en 1884, M. Deroux s'établit pour son compte, rue Geoffroy-Marie, n° 16, où il exerce aujourd'hui.

Pendant les onze années consécutives que M. Deroux passa chez Miremont en qualité de premier ouvrier, il contribua pour une large part à la prospérité de la maison de son maître par sa collaboration habile et intelligente, et lorsqu'en 1884 il s'établit pour son compte, la clientèle le suivit avec intérêt dans sa nouvelle entreprise.

M.  Deroux s'occupe avec succès de la facture des instruments neufs et des réparations, sa marque est ainsi libellée

S. A. Deroux,

16, rue Geoffroy-Marie,

Paris,  188..

 

Au-dessus du millésime se trouvent les lettres A.          S. D. superposées.

 

DESPONS (Antoine). - Fétis le fait vivre au commencement du XVIIIe siècle, en disant que ses violons, devenus très rares, ont été estimés et recherchés. Nous n'avons rien pu découvrir de lui, en instruments ou en étiquettes.

 

DESROUSSEAU. - A Verdun.

Etiquette imprimée, entourée d'une vignette. Date effacée. - XVIIIe siècle.

 

DIEULAFAIT. - Il existe au musée du Conservatoire de Paris une basse de viole française de la fin du XVIIe siècle, réparée par Dieulafait, avec son nom et la date de 1720 (n° 107 du catalogue).

 

DROULOT. - A Paris, rue du Temple, n° 35, en 1788.

 

DUCHERON (Mathurin). - A Paris, contemporain de Boquay, dans les trente premières années du XVIIIe siècle. Nous avons vu une étiquette de lui :

 

Mathurin Duchéron, à Paris,

1714.

 

 DU MESNIL (Jacques). - Luthier habile qui travaillait à Paris dans le courant du XVIIe Siècle.

Nous avons eu l'occasion de voir de lui une pochette très curieuse, datée de 1655 portant une étiquette manuscrite. Le corps de l'instrument mesure en longueur 0m,20 de bord à bord, et 0m,395 du haut du manche jusqu'au bas.

La table de fond est en bois d'érable ainsi que les éclisses. C'est un érable très veiné, connu en France sous le nom de bois de violettes. Celle de dessus est en cèdre. Les filets sont incrustés en argent et en baleine ; la touche et le tire-corde, faits en ébène, sont incrustés en argent ; la tête est surmontée d'une figure e femme sculptée. Le vernis rouge-marron est bien réussi.

La facture générale de ce bijou atteste un ouvrier très habile : les coins, les ff sont bien dessinés ; les voûtes, qui sont un peu prononcées dans le, genre des Amati, sont travaillées avec soin. En résumé, ce spécimen prouve que, vers le milieu du XVIIIe Siècle, il y avait d'habiles ouvriers à Paris.

 

EVE. - A Paris, rue Vieille-du-Temple, n° 101, en 1788-

J’ai relevé l'étiquette suivante dans un violon de facture assez soignée, gorges très accusées ; vernis jaune brut à l'alcool, un peu clair :

 

Eve, Me Luthier, rue

Nve -Ste -Catherine, au

coin de celle St-Louis

proche la place royale

à la Fortune.

 

Étiquette longue imprimée sur deux lignes. Surmontée d'une fortune : femme nue avec une draperie lui passant entre les jambes et retenue par les deux mains, dont la droite s'élève au niveau de l'épaule, debout sur une sphère.

 

FENT. - L'un des luthiers les plus habiles qui travaillèrent à Paris, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, sans que nous puissions préciser davantage, ses étiquettes (celles au moins que j'ai vues) étant sans date (Nous trouvons dans un ouvrage anglais sur la lutherie la note suivante : « Fendt ou Finth, Paris, 1764-1780, made good instruments after the Stradivarius model, some of which followed his style so carefully as to have been taken for those of that master. » (Violins and Violin makers, by Jos. Pearce jun. London, 1866.) Le nom de Fendt ou Finth n'est pas exact, puisque les étiquettes de ce luthier portent invariablement Fent. Les dates données par l'auteur anglais, 1763-1780, ne nous paraissent pas improbables).

Lutherie attestant une étude sérieuse des maîtres italiens, et surtout de A. Stradivari. Nous connaissons un violon de Fent qui est digne de figurer à côté des plus beaux instruments italiens. La facture en est soignée, le choix des bois magnifique :

 

Fait par Fent, maître lutter,

rue Montmatre., cul-de-sac Saint-Pierre,

à Paris.

 

La même étiquette se retrouve dans tous les violons que nous avons vus de lui. La teneur, telle que nous la reproduisons, prouve que Fent était étranger ; nous ignorons sa nationalité.

Le violon dont nous parlons a, dans ses- parties principales, les dimensions de celui d'A. Stradivari -dont nous avons donné les mesures, page 14 ; ainsi :

 

            La longueur totale du corps est de.       0m,355.

            La largeur du haut        0m,168.

            La largeur du bas         0m,206.

            L'ouverture des C        0m,076.

            Hauteur des éclisses du haut.    0m,031.

            Hauteur des éclisses du bas.     0m,032.

 

De l'ensemble de ces observations, il résulte que Fent avait pris un violon de A. Stradivari pour modèle.

L'instrument possède encore son manche et sa tête d'origine le sillet est en ivoire. La sonorité est très bonne.

En général, le vernis d'un beau rouge brun qu'employait Fent est devenu avec le temps tellement foncé qu'il est quelquefois presque noir ; c'est une particularité bien connue des luthiers ; nous avons de plus remarqué que nombre de ses violons sont très fortement attaqués des vers, surtout les tables de fond.

A l'époque de la Révolution française, un neveu de Fent (Bernard) alla s'établir en Angleterre ; il eut deux fils et des petits-fils qui suivirent la carrière de la lutherie et acquirent également la réputation d'ouvriers très habiles.

 

FERET. - Luthier établi à Paris air commencement du XVIIIe siècle.

Voici le libellé d'une étiquette manuscrite de lui, relevée dans un violon, fond érable à contresens, vernis brun, type Médard :

Fait par Féret,

élève de Médard, 1708.

 

 FEURY (François). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris, pour l'année 1757 :

 

F. Feury, rue de 1'Arbre-Sec,

vis-à-vis Saint-Germain-l'Auxerrois,

  Paris, 17

 

 

FEVROT. - A Lyon :

Racomoder par Fevrot,

à Lyon, 1788.

 

Étiquette manuscrite relevée dans une vieille guitare italienne.

 

 

FEYZEAU

Feyzeau,

à Bordeaux,

1760

 

Étiquette imprimée, entourée d'une petite vignette bordée d'un double filet noir, dans un quinton bien fait. vernis gris brun.

 

FLETTE (Benoist). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1763.

 

FLEURY (Benoit). - Maître Juré comptable de la corporation des maîtres luthiers, feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'armée 1755. Il y a de lui, au musée du Conservatoire de Paris, une basse de viole datée de 1755 (n° 109 du catalogue). Son étiquette porte :

 

Benoist Fleury, rue des Boucheries,

Faubourg Saint-Germain, Paris, 1774

 

 

En 1788 ses magasins étaient encore au même endroit.

 

 FREBRUNET (Jean). - A Paris. Relevé dans un violon de bonne facture dans le genre de Pierray. Vernis à l'huile jaune brun. – Imprimé :

 

Joannes

Frebrunet,

1760.

 

GAFFINO (Joseph). Luthier italien établi à Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Il fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1766. Le magasin de Gaffino existait encore rue des Prouvaires en 1789 ; il était tenu par la veuve.

 

 

GAILLARD-LAJOUE. - A Mirecourt, a obtenu une médaille à l'Exposition de Paris en 1855.

 

GALLAND (Jean). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1744.

 

GAND. - Nom patronymique d'une famille de luthiers justement classés parmi les plus remarquables de l'école française moderne, et dont voici la filiation :

 

GAND (Michel). - Né à Mirecourt. Il vint s'établir à Versailles, en 1780, rue du Commerce, 71, puis rue de la Paroisse, 32, à l'enseigne : Aux tendres accords.

 

Il eut deux fils :

 

GAND Charles-François. - Né à Versailles le 5 août 1787, mort à Paris le 10 mai 1845 ;

 

GAND Guillaume. -Né à Paris le 22 juillet 1792 Mort à Versailles le 31 mai 1858.

Les deux frères furent élèves de Lupot.

Guillaume Gand, après avoir quitté l'atelier de Lupot, prit la succession de son père à Versailles. Il a laissé des instruments estimés qui, par leur facture, rappellent la manière de son maître.

Charles-Francois Gand s'établit d'abord à Versailles, où il travailla de 1807 à 1810 .

 

 

Il vint alors se fixer à Paris rue des Petits-Champs, 5, jusqu'en 1820, et ensuite au 24 de la même rue, où il habita jusqu'à sa mort, arrivée en 1845.

 

 

 

 

 

 

Élève et gendre de Lupot, il lui avait succédé en 1824.

Charles-Francois Gand suivit les traditions de son maître et apporta dans ses travaux le même soin et les mêmes aptitudes. Il vivait à une époque où les œuvres de lutherie étaient encore personnelles. Lupot ne laissa jamais sortir de son atelier un instrument qui ne fût entièrement fait de sa main : ainsi opérait C.-F. Gand.

Les luthiers de cette époque étaient de rudes travailleurs ; tous les instants qui n'étaient pas consacrés aux soins de leur commerce les trouvaient assis devant l'établi traditionnel ; aussi les œuvres de ces maîtres habiles conservent-elles leur caractère absolument particulier. Lupot avait été chargé de faire des instruments pour la chapelle royale, mais la mort ne lui ayant pas permis d'y mettre la dernière main, Ch.-F. Gand les termina.

Ces beaux spécimens de lutherie, dont plusieurs avaient été détériorés en 1830, lors de l'envahissement des Tuileries, furent malheureusement anéantis en 1871, par l'incendie du palais.

La lutherie de C.-F. Gand mérite, à tous égards, la réputation qu'elle s'est acquise : main-d’œuvre soignée, patrons élégants, belles fournitures, vernis rouge brun, un peu épais peut-être, mais auquel la patine du temps imprime un cachet qui fait penser à certains vieux maîtres italiens.

C.-F. Gand n'était pas seulement un luthier de premier ordre pour la facture des instruments neufs ;

            Il joignait à ces qualités éminentes la connaissance approfondie de l'ancienne lutherie italienne, et, à cet égard, ses jugements étaient sans appel.

 

Il laissait en mourant deux fils :

 

1 GAND Charles Adolphe, né à Paris le 11 décembre 1812, décédé le 24 janvier 1866.

Élève de son père, il lui avait succédé en 1845. Comme ses prédécesseurs, il fut nommé luthier de la musique du Roi et du Conservatoire, et plus tard de la chapelle de l'Empereur. Il a fait peu d'instruments neufs, mais ceux qu'il a laissés sont de belle facture et portent sa marque personnelle.

En 1855, à l'occasion de l'Exposition universelle, il s'associa son frère Eugène, dont je vais parler, et la maison Gand frères remporta la médaille de première classe .

 

 

 

 

2 GAND Eugène. - Né à Paris le 5 juin 1825. Tout en se livrant à l'étude de la lutherie sous la direction de son père et de son frère, M. Eugène Gand suivait avec succès la classe de violon faite par Baillot au Conservatoire, et la quitta à la mort du professeur, en 1842.

Lorsque son frère mourut en 1866, il s'associa à MM. Bernardel frères, et la nouvelle maison Gand et Bernardel frères s'établit rue Croix-des-Petits-Champs, n° 21.

En 1883, les ateliers furent transférés passage Saulnier, 4, où ils existent aujourd'hui.

M.  Eugène Gand, en s'associant premier en nom avec MM. Bernardel frères en 1866, avait une lourde tâche à remplir pour maintenir à son rang la réputation de ses aînés, et on peut dire qu'il s'en est acquitté à son honneur.

Je ferai remarquer, avant d'aller plus loin, qu'une modification profonde s'était opérée dans le commerce de la lutherie depuis Lupot et Gand père ; le petit établi sur lequel s'étaient polis tant de charmants instruments devenait insuffisant, il était indispensable de marcher avec le temps et de faire grand.

Le développement incessant donné à l'exercice de la musique orchestrale nécessitait une telle quantité d'instruments neufs, que vingt existences comme celle du laborieux Lupot n'auraient pu suffire à faire face aux nouvelles exigences ; il devenait donc indispensable pour le luthier de se débarrasser de toutes les parties purement manuelles du travail, en se réservant les soins que lui seul pouvait donner. Des ouvriers d'une habileté éprouvée débitent le bois, le façonnent sur des modèles spéciaux ; chaque pièce est soumise au maître, vérifiée par lui ; les épaisseurs sondées mathématiquement. L'instrument terminé est verni par le luthier lui-même, d'après ses procédés personnels.

Cette manière de procéder n'est pas nouvelle ; les grands maîtres italiens en usaient largement. Tous les connaisseurs constatent dans certaines parties d'œuvres signées par A. Stradivari une main étrangère à la sienne. Souvent la collaboration était indiquée sur l'étiquette par cette simple mention :

 

Sub discipline... in ejus officina.

 

Ce fut la voie dans laquelle entra la maison Gand et Bernardel frères.

Les résultats ne se firent pas attendre. Une Exposition internationale s'ouvre à Paris en 1878, de grands festivals de musique orchestrale sont fondés dans le palais du Trocadéro. La maison Gand fournit à elle seule pour ces orchestres monstres : 51 violons, 18 altos 18 violoncelles et 18 contrebasses. Tous ces instruments portent sur l’étiquette datée de 1878 la mention :         Palais du Trocadéro. La plus grande partie a été rachetée par le Conservatoire pour les exercices d'orchestre des élèves. La section de la lutherie était représentée par de nombreux concurrents. Le jury international délivre la grande médaille d'or à la maison Gand et Bernardel frères.

Pour couronner ces succès, M. Eugène Gand est nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Récompenses méritées et dont l'éclat rejaillit sur la lutherie française tout entière.

M.  Eugène Gand reste aujourd'hui l'un des représentants les plus accrédités de notre école de lutherie moderne. Ainsi que son père, il joint à ses talents du luthier la connaissance approfondie des vieux instruments, et il peut être cité en ce genre comme l'un des experts les plus notables et les plus consultés de l'époque actuelle.

 

GAVINIES (François). - Père du célèbre violoniste. Il était luthier à Bordeaux et amena en 1741 son fils à Paris où il se fixa.

Il fut           maître-juré comptable de la corporation des maîtres    luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1762. Ses instruments sont communs et d'une facture plus que médiocre. Il marque son nom au feu sur le bouton du talon du manche.

Les mauvais plaisants du temps disaient que fr. Gaviniès n'avait jamais fait qu'un bon violon, et que ce violon était son fils !

 

GERMAIN.- (Joseph-Louis). – Né à Mirecourt le 23 juillet 1822. Il fit son apprentissage dans cette ville et vint à Paris en 1840, où il entra chez Gand père. A la mort de ce dernier, il s'engagea chez TJ.-B. Vuillaume, le quitta en 1850 et devint alors premier ouvrier chez MM. Gand fils. Il resta dans cette maison jusqu'en 1862, époque à laquelle il s'établit pour son compte, rue Saint-Denis, n° 364. Il retourna à Mirecourt en 1870 et mourut dans cette ville le 5 juillet de la même année.

Joseph-Louis Germain fut un luthier de grand talent et que son extrême modestie empêcha d'être en évidence comme il aurait mérité de l'être. Lors de l'Exposition internationale de Paris en 1867, il avait été admis à concourir ; mais, par une fatalité malheureuse, l'emplacement qu'on lui attribua fut si minime, qu'il ne put réussir à y mettre ses instruments, et il renonça à exposer. Très habile dans les réparations des anciens instruments, il avait acquis dans la lutherie neuve une supériorité remarquable.

 

GERMAIN (Émile), fils du précédent, né à Paris, le 24 juillet 1853. Il fut envoyé à Mirecourt, en 1865, pour y commencer son apprentissage ; revint à Paris en 1867 où il travailla chez son père jusqu'en 1876, époque de la mort de ce dernier.

Il s'établit alors, en s'associant M. Dehommais, amateur de lutherie qui s'était livré à des recherches sérieuses sur la composition des vernis. Le siège de la nouvelle maison fut d'abord 12, rue Croix-des-PetitsChamps, et ensuite 5, faubourg Montmartre.

Cent instruments neufs environ sont sortis de leurs ateliers avec la marque :

 

Dehommais et Germain, à Paris,

12, rue Croix-des-Petits-Champs. 1878.

 

Au commencement de l'année 1882, M. Dehommais se retira des affaires, et M. Émile Germain continua seul à diriger la maison.

Depuis cette époque, 203 instruments neufs ont été faits par M. E. Germain ; ils portent l'étiquette

Emile Germain, à Paris,

5, faubourg Montmartre. 1888.

Lutherie faite avec talent et avec soin, vernis bien réussi.

M.  Émile Germain est un luthier habile, travaillant beaucoup par lui-même, et apportant dans la réparation de l'ancienne lutherie italienne des connaissances spéciales absolument dignes de son père qui excellait en ce genre.

 

 

GILBERT.- (Nicolas-Louis). - Joli pardessus de viole daté de « Metz, 1701», appartenant à MM. Mahillon frères de Bruxelles, ayant figuré à l'Exposition internationale à Paris en 1878. Un autre Gilbert, probablement fils du précédent, marquait ses instruments d'une étiquette imprimée :

Simon-Gilbert, Luthier.

musicien

de la Cathédrale,

à Metz, 1737.

 

GOSSELIN. - Luthier amateur qui a produit des violons, altos et violoncelles signés de son nom, et qui ne sont pas sans mérite. Il a travaillé à Paris, de 1814 à 1830 environ ; grand ami de Koliker, il avait reçu de lui des conseils qu'il sut mettre à profit.

Gosselin employait souvent sur les fonds et les éclisses un bois moucheté qui leur donnait une apparence assez originale. Il mettait dans ses instruments l'étiquette suivante manuscrite :

 

Fait par Gosselin, amateur,

Paris, année 1826.

Gosselin était père des demoiselles Gosselin, qui ont eu sous la Restauration une certaine célébrité comme danseuses à l'Opéra.

 

GRAND-GERARD. - Luthier des Vosges, qui travaillait à la fin du XVIIIe siècle, commencement du XIXe.

On rencontre beaucoup de ses instruments dans le commerce.

Lutherie très ordinaire.

            Il marquait ses instruments de son nom seul au feu, sur le haut du fond, sous le talon du manche.

 

GRANDJON FILS. - A Mirecourt, a obtenu une médaille à l'Exposition de Paris en 1855.

 

GROSSET (Paul-François). - Élève de Claude Pierray. Lutherie médiocre, dimensions mauvaises, voûtes très prononcées, vernis jaune à l'alcool. Nous avons relevé dans un de ses violoncelles l'étiquette suivante :

P.-F. Grosset. Au dieu Apollon,

rue de la Verrerie, à Paris, 1757.

 

Cette étiquette est écrite à la main en caractères romains.

 

GUERSAN (Louis). - Élève de Claude Pierray et son successeur ; il commençait à signer ses produits dès l'année 1735. Nous connaissons deux violoncelles de sa main, datés de cette époque.

Pendant longtemps ses étiquettes, de format oblong, ordinaire, portaient :

 

Ludovicus Guersan, prope comaedam

gallicam. Lutetiae, 173..

 

 

 

Plus tard, elles furent rédigées en français ou en latin, dans un cartel penché.

 

 

Louis Guersan fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1748.

Il a beaucoup travaillé et on rencontre encore de nombreux spécimens de sa lutherie. Elle est d'un aspect assez satisfaisant ; le vernis est généralement jaune mat, malheureusement, la qualité ne répond pas à l'apparence. Les dimensions, la hauteur des éclisses, les épaisseurs varient à l'infini, surtout dans les violoncelles. Vernis à l'alcool, dit à l'esprit-de-vin.

Louis Guersan a fait beaucoup de pardessus de viole (quintons) ; le musée du Conservatoire de Paris en possède plusieurs, datés de 1747 à 1755 (n°s, 83, 84, 85, 87 du catalogue).

 

HEL (Pierre-Joseph). - Né à Mazirot, près Mirecourt, le 8 février 1842. Il a fait un apprentissage de sept années à Mirecourt ; il travailla pendant deux ans chez Sébastien Vuillaume à Paris. De 1864 à 1865, chez Nicolas Darche à Aix-la-Chapelle, et en 1865, il vint s'établir à Lille.

Les instruments de M. Hel sont tous faits de sa main et attestent un ouvrier de premier ordre ; beaux patrons, main-d’œuvre soignée, vernis à l'huile. Excellente sonorité obtenue à l'aide d'un procédé spécial pour vieillir les bois en leur enlevant les principes nuisibles à l'émission du son, sans feu ni acides.

M.  Hel est l'inventeur d'un système très ingénieux de chevilles, ayant pour résultat de permettre au joueur d'accorder l'instrument sans secousses et d'empêcher la corde de se dérouler. L'accord est, par suite, plus facile, plus juste et plus fixe. Ce système a l'avantage de ne rien changer à la forme de la tête.

M. Hel a obtenu les récompenses suivantes :

Exposition de Lille 1882. Médaille d'or.

de Saint-Omer 1884. Diplôme d'honneur.

de Liverpool 1886. Grande médaille d'or.

Distinctions justement accordées aux résultats remarquables d'un travail consciencieux et soutenu.

Joseph Hel,

Luthier à Lille, 1883.

 

Étiquette oblongue, avec deux médaillons à chaque extrémité et portant la mention : celui de gauche : Médaille d'or ; celui de droite : Diplôme d'honneur.

 

HEMSCH (Jean-Henri). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1747.

 

HEMSCH (Guillaume). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1761.

 

HENOC (Jean). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1773.

Il demeurait en 1788. rue de Seine-Saint-Germain.

 

HENRY. - Nom d'une famille de luthiers établie à Paris depuis plus de cent cinquante ans, et dont un descendant exerce encore aujourd'hui, rue Saint-Martin, n° 151.

Il y eut dans la première moitié du XVIIIe siècle, à Paris, un luthier du nom de Henry ; on connaît de lui des instruments signés :

 

Rue Saint-Andre-des-Arcs.

 

Bonne lutherie, vernis rouge brun. Sa parenté avec les Henry actuels n'est pas bien prouvée.

 

Jean-Baptiste Henry, né en 1757 à Mataincourt, dans les Vosges, près de Mirecourt, est le chef de la famille. Venu jeune à Paris, après avoir fait son apprentissage à Mirecourt, il s'était établi dans l'une des dépendances du monastère des moines Saint-Martin, afin de profiter des privilèges et immunités dont jouissaient alors certaines corporations religieuses et certains hôpitaux. Ces privilèges n'étaient pas illusoires : ils permettaient d'abord de se soustraire à la formalité dispendieuse de se faire recevoir dans la corporation ; ils exemptaient ensuite de tous les impôts et gabelles. Plusieurs luthiers du XVIIIe siècle, à Paris, travaillèrent dans les établissements privilégiés ; c'est ainsi que nous voyons en 1754 Le Pileur, qui avait soin de marquer sur son étiquette :

 

Privilégiez du Roy dans l'abbaye Saint-

Germain-des-Préz.

 

            Leclerc qui signait en 1771 :

Au Quinze-Vingts.

Jean-Baptiste Henry travailla chez  les moines de l'abbaye Saint-Martin jusqu'en 1788,     époque où les privilèges de ce genre furent abolis ; il s'établit alors rue Saint-Martin, n° 175, et, depuis, cette famille laborieuse et honorable n'a pas cessé d'exercer son industrie dans la même maison qui porte aujourd'hui le n° 151.

La lutherie de Jean-Baptiste Henry figure parmi les bons produits de ce genre de la fin du XVIIIe siècle. Il ne marquait pas ses instruments ; ceux qui portent son nom ont été marqués par ses fils.

Il est mort à Paris en 1831, à l'âge de soixante-quatorze ans ; il laissait deux fils :

1.         Jean-Baptiste-Félix, né à Paris en 1793, élève de son père. Il s'établit à Paris en 1817, rue Montmartre, ensuite à Bordeaux, vers 1823, resta deux ans dans cette ville ; puis, alla se fixer à Marseille, où il habita de 1825 à 1844. A cette époque, il revint à Paris, et il est mort en 1858, rue Fléchier, où étaient ses ateliers. Il a beaucoup produit, mais n'a jamais signé ses instruments.

Son fils Octave, né en 1826, a travaillé chez son oncle Carolus, dont nous allons parler, et chez Maucotel à Paris. Il s'est établi à Grenoble en 1854, où il s'occupe encore du commerce de la lutherie. Il a produit des violons.

2-        Charles (dit Carolus), né en 1803, fut élève de son père et lui a succédé à Paris en 1831.

Il a produit un assez grand nombre de violons, altos et violoncelles. Tous ses instruments, sans exception, sont marqués d'une petite étiquette manuscrite à écriture fine et régulière, entourée d'une ligne très nette à l'encre ; en voici le libellé :

 

Carolus Henry, luthier,

rue Saint-Martin, n° 151,

fecit anno Domini (1831 à 1859).

 

Belle lutherie, vernis rouge, fond jaune ; ses patrons ont varié de dimension, surtout chez les violons.

Il remporta deux récompenses aux Expositions de Paris :

1° 1849, une médaille de bronze ;

2° 1855, Exposition universelle ; une mention honorable. Il est mort en 1859.

M. Eugène Henry, son fils, né en 1843, lui a succédé et est un de nos bons luthiers parisiens ; il s'occupe surtout avec succès des réparations aux anciens instruments.

 

JACQUOT (Charles). - Né à Mirecourt en 1808 ; son père était maître tailleur dans un régiment de ligne. A l'âge de quinze ans, le jeune Jacquot entra comme apprenti chez Nicolas aîné, et ensuite chez Breton, luthiers de cette ville. En 1823, il partit pour Nancy, où il travailla comme ouvrier compagnon jusqu'en 1827. Il s'y établit alors pour son compte, resta dans cette ville jusqu'en 1853, époque à laquelle il vint se fixer à Paris, où il demeura rue des Vieux-Augustins jusqu'en 1857, et, depuis lors, rue de l'Échiquier, 42.

 

 

Ch. Jacquot se distinguait dans la facture des instruments neufs.

Il obtint à différentes Expositions des récompenses qui attestent sa capacité :

1. Il Exposition de Paris 1849 : 1er prix.

2. Exposition de Paris 1855 : médaille d'argent.

3. Exposition de Bayonne 1864 : médaille d'or.

Charles Jacquot est décédé à Saint-Maur-les-Fossés près Paris, le 29 mars 1880.

 

JACQUOT (Pierre-Charles). - Fils du précédent, né à Nancy le 10 mars 1828, élève de son père qui lui céda sa maison de Nancy en 1853 lorsqu'il vint s'établir à Paris. Luthier de mérite dont les instruments neufs ont une réputation confirmée par les nombreuses récompenses décernées à leur auteur :

1. Exposition de Metz 1861 : médaille de 1re classe.

2. Exposition de Londres 1862 : médaille d'honneur.

3.         Exposition de Paris 1867 : médaille de bronze.

4.         Exposition de Lyon 1872 : grande médaille d'or.

M.  P.-C. Jacquot a deux fils qui travaillent avec lui, et dont l'aîné, Etienne-Charles-Albert, né à Nancy le 18 septembre 1853, s'est distingué il y a peu d'années par la publication d'un livre intéressant les études de musicologie (La Musique en Lorraine, étude rétrospective d'après les archives locales. Par Albert Jacquot, membre de la Société d'archéologie de Lorraine, officier d'Académie. 1 Vol- in-4° Paris, A. Quantin, 1882).

 

JEANDEL (Pierre-Napoléon).- Né à Courcelles-sous-Vaudemont (Meurthe), en 1812 ; fit son apprentissage à Mirecourt chez Charotte. Il vint à Rouen en 1835 et entra comme ouvrier chez le frère de son maître, qui était établi dans cette ville.

Charotte de Rouen étant mort en 1836, Jeandel s'associa avec Delau (Lucien), et ils prirent la suite des affaires, rue Beauvoisine, 36. En 1848, les deux associés se séparèrent, et, depuis cette époque, Jeandel transféra son atelier quai de Paris, 51, où il exerça jusqu'en 1878 ; il était alors sur le déclin de sa carrière, et le travail se bornait pour lui à quelques réparations simples et faciles ; il vivotait en vendant des fournitures de lutherie, et, par occasion, un instrument ancien.

Sa fille, jeune personne intelligente, habitait avec lui ; elle avait fondé, dans un magasin voisin de celui de son père, un petit commerce de lingerie et de modes. Jeandel, devenu de bonne heure presque impotent, s'était réservé un coin modeste dans ce magasin où il avait transporté son établi, ses outils, et tous ses objets de lutherie. Les rubans et les violons faisaient excellent ménage, lorsque trop tôt, hélas ! La mort funeste fit son apparition ! La pauvre jeune fille, saisie d'une fièvre maligne, fut enlevée en peu de jours, et le pauvre Jeandel, infirme, dénué de ressources, fut admis à l'hospice général de Rouen le 27 décembre 1878, où il mourut le 10 mai 1879,

Jeandel fut un de nos bons luthiers. Plusieurs récompenses publiques lui furent décernées :

1. Exposition de Rouen 1854 : médaille de bronze.

 

2.         Exposition universelle de Paris 1855 : médaille de 1re classe.

3.         Exposition de Rouen 1856 : médaille d'argent.

Ses instruments sont remarquables par leur bonne facture et leur sonorité.

 

KLEIN (A.). - Chef de l'importante maison établie à Rouen, rue Ganterie, 65, sous la raison sociale A. Klein et Cie, pour la vente des instruments de musique et des œuvres musicales.

En 1884, M. Klein eut l'heureuse idée de rétablir à Rouen la facture des instruments à archet qui, depuis la mort de Jeandel (1879), avait complètement cessé.

Il engagea dans ce but M. Antoine Brubach, né à Mirecourt le 22 janvier 1847, et le plaça à la tête des ateliers nouvellement fondés. Depuis lors, l'art du luthier trouva un nouveau représentant dans la ville de Rouen.

Les résultats ont été jusqu'à présent importants près de deux cents violons, de nombreux altos et violoncelles, sont sortis de la maison Klein.

Bonne lutherie moderne, faite avec soin.

Les récompenses publiques vinrent bientôt affirmer les succès de l'œuvre dont M. Klein était le fondateur :

1. Exposition de Rouen 188 : médaille d'argent.

2. Exposition d'Évreux 1886 : diplôme d'honneur.

3. Exposition du Havre 1887 : médaille d'argent.

En  1887, le grade d'officier d'Académie (les palmes          académiques) est conféré à M. Klein.

M.  Antoine Brubach avait obtenu, comme collaborateur, la médaille d'argent à l'Exposition de Rouen, en 1884.

A. Klein

Luthier à Rouen,

18 ..                 AK.

 

KOLIKER. - Très habile réparateur. Il a travaillé à Paris de 1789, époque à laquelle il demeurait rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, jusqu'à l'année 1820.

Koliker excellait dans ce qu'on appelle le rhabillage d'un instrument ; il ne sortait pas un violon de ses mains sans qu'il eût fait lui-même et placé le chevalet, osé l'âme, ajusté les chevilles, choisi les cordes ; il mettait à tous ces détails si importants un soin infini qui lui donna la vogue en ce genre. Il n'a laissé, que je sache, aucun instrument construit par lui-même.

 

LAGETTO (Louis). - Luthier italien, qui travaillait à Paris dans le courant du XVIIIe siècle. Voici le libellé d'une de ses étiquettes :

 

Louis Lagetto, luthier, rue des Saints-

Pères faubourg Saint-Germain, à Paris. 1753.

A la ville de Crémone (signé) Lagetto.

 

 LAMBERT (Jean Nicolas). - Luthier de Paris, qui fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1745.

Nous trouvons parmi les luthiers de Paris, en 1788, une veuve Lambert, tenant magasin rue Michelle-Comte, 42 : c'était la veuve de l'ancien maître-juré comptable. Il y a au musée instrumental du Conservatoire de Paris (no 129 du catalogue) une très belle vielle de lui, avec la marque au feu sur l'un des bords :

N. Lambert, Paris.

 

Jean-Nicolas Lambert marquait ses instruments d'une étiquette portant :

 

J.-N. Lambert, rue Michel-le-Comte, Paris, 173..

 

entourée d'arabesques, à gauche un violon, à droite un luth.

Fétis, dans sa Biographie des musiciens indique à ce nom un luthier lorrain, vivant à Nancy vers 1750, et connu sous le nom de charpentier- de la lutherie, a cause de la mauvaise qualité de ses instruments. Nous avons cherché en vain des renseignements sur ce Lambert de Nancy.

 

LAPAIX. - Luthier de Lille (Nord), qui obtint une médaille de 2e classe à l'Exposition internationale de Paris en 1855.

 

LAPREVOTTE. - Travailla à Paris de 1825 à 1850. Il était natif de Mirecourt et avait été établi à Marseille avant de se fixer à Paris. Il a laissé un assez grand nombre d'instruments très médiocres. Laprevotte est mort à Paris en 1856.

 

LARUE (Pierre-Mathieu). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1767.

 

LECLERC. -A Paris, seconde moitié du XVIIIe siècle. Il était établi dans l'une des dépendances privilégiées des Quinze-Vingts.

 

 

( Voir à l'article Henry pour l'explication de ces domiciles privilégiés.)

 

LECOMTE. - A Paris, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, en 1788.

 

LEDUC (Pierre). - L'un des plus anciens luthiers de Paris dont nous ayons rencontré une trace certaine. Dans une petite pochette d'assez bonne facture, j'ai relevé l'étiquette suivante :

Pierre Leduc. à Paris rue Saint-Honoré,

au Chat-Doré, 1646.

 

LEFEBVRE. - A Paris, rue du Cimetière-Saint-Jean, en 1788.

 

LE JEUNE (François). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1764. Il signait ses instruments :

 

François Le Jeune, rue de la

Juiverie. à Paris, année 176

 

 

Il y a de lui, au musée du Conservatoire de Paris, un pardessus de viole daté de 1755 (n° 86 du catalogue). Le dernier représentant de cette famille, qui était luthier à Paris, est mort, si nous sommes bien informé, en 1870.

 

LE LIEVRE. - A Paris, milieu du XVIIIe siècle.

 

Le Lièvre, rue des Noniandières (sic)

à Paris 1754.

 

Étiquette imprimée relevée dans un violon assez bien fait. Vernis jaune, genre Grosset.

 

L'EMPEREUR (Jean-Baptiste). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1750.

 

LE PILEUR (Pierre). - Grande étiquette longue, écrite à la main, en caractères romains, ainsi conçue

 

Pierre Le Pileur, privilégiez du Roy dans l'abbaye Saint-Germain, à Paris.

 

 

Je ne connais absolument rien de plus, concernant ce Le Pileur (Voir à l'article HENRY l'explication de l'étiquette de Le Pileur.).

 

LESCLOP (François-Henri). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1746.

 

LOT. - Nom de deux fabricants d'instruments à vent qui ne trouvent place ici que parce que l'un d'eux :

Thomas LOT avait été juré en charge de la corporation des luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris en 1748, et plus tard, en 1770, maître-juré comptable de la même corporation.

Le cousin de Thomas, Gilles Lot, habile fabricant d'instruments à vent, avait épousé la fille de Le Clerc, et à la mort de ce dernier était resté avec sa veuve à la tête des affaires en qualité de compagnon. Le musée du Conservatoire de Paris possède, sous le no 2 36, un galoubet en palissandre de Gilles Lot (Gilles Lot avait voulu se faire recevoir maître luthier en 1752, mais il trouva une résistance opiniâtre de la part de ses confrères les fabricants d'instruments à vent qui faisaient partie de la corporation. Il s'ensuivit un procès, dont une partie du dossier existe aux Archives nationales. (Grande chancellerie et conseil ; carton V 434, cote 102.)).

 

LOUVET (Pierre). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1742.

Le musée du Conservatoire de Paris possède de P. Louvet une vielle avec la marque :

 

Faite par P. Louvet, rue Montmartre,

à Paris, à la Vielle royale, juin 1747

(n° 126 du catalogue).

 

LOUVET (Jean).- Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1759. Une vielle faite par lui est au musée du Conservatoire de Paris ; elle porte l'étiquette suivante :

 

Fait par Jean Louvet, rue de

la Croix-des-Petits-Champs, près

la porte Saint-Honoré, Paris,1750

(n° 128 du catalogue).

 

LUPOT. - La famille des luthiers français de ce nom est originaire de Mirecourt ; en voici la généalogie, du plus loin qu’on la connaisse :

Il y avait à Mirecourt, dans le courant du XVIIIe siècle, un luthier du nom de Jean Lupot et sa femme Laure Henry. De cette union naquit :

Laurent LUPOT. - Né à Mirecourt en 1696 ; luthier comme son père, il avait ajouté à son état d'autres fonctions, car on le retrouve, en 1747, maître d'école à Plombières. En 1751, il quitte Plombières pour aller s'établir comme luthier à Lunéville, où il reste jusqu'en 1756. On le retrouve en 1762 exerçant sa profession à Orléans. Il eut un fils.

 

François LUPOT. - à Plombières en 1736, il se maria en 1754, étant encore mineur. Ce dernier commença à travailler avec son père à Lunéville, puis en 1758 partit pour Stuttgart, où il fut pendant douze années luthier du duc de Wurtemberg. En 1770, il alla se fixer à Orléans, rue Sainte-Catherine ; il est mort à Paris en 1804.

 

 

 

Il avait eu deux fils :

1°        Nicolas, né en 1758 à Stuttgart ;

2°        François, né à Orléans en 1774.

 

Nicolas LUPOT est le plus grand artiste de la famille, et l'influence qu'il exerça sur la lutherie française est considérable.

Aujourd'hui que le temps a consacré ses premiers succès, il est permis d'affirmer qu'il fut à son époque le plus habile luthier de l'Europe.

Il était à peine âgé de douze ans, lorsque son père vint s'établir à Orléans en 1770 ; ce fut là qu'il commença son apprentissage et qu'il se mit avec ardeur à l'étude de la facture des instruments à archet. Ses progrès furent rapides, et en 1794 il s'éloigna d'Orléans pour venir se fixer à Paris, où il demeura d'abord rue de Grammont, puis rue Croix-des-Petits-Champs. Il est mort à Paris le 13 août 182 , âgé de soixante-six ans.

 

 

 

 

 

 

Ayant acquis une connaissance approfondie des anciens luthiers italiens, il s'attacha surtout à étudier la facture d'A. Stradivari qu'il prit pour modèle.

Nicolas Lupot a fait beaucoup de violons, altos et violoncelles, dans lesquels on reconnaît la main d'un artiste hors ligne. Ces instruments ont acquis une valeur relativement considérable.

Il a construit quelques quintettes, deux violons, deux altos et violoncelle, auxquels il s'attachait à donner une analogie parfaite d'apparence et de son ; certains amateurs ont possédé de ces quintettes devenus très rares aujourd'hui.

Nicolas Lupot excellait dans la restauration des vieux instruments italiens : il avait recueilli, sur la facture des anciens luthiers, des observations intéressantes qui ont servi en grande partie à l'abbé Sibire pour composer son livre intitulé la Chélonomie ou le Parfait Luthier.

Je parlerai dans le chapitre suivant du frère de Nicolas Lupot (François), qui acquit une réputation méritée dans la fabrication des archets.

 

MARQUIS DE LAIR. - Luthier à Mirecourt dans les premières années de ce siècle. Modèle d'A. Stradivari, facture négligée, vernis jaune noir tirant sur le verdâtre.

Marqué au feu sur le haut du fond, sous le talon du manche :

 

Marquis de Lair d’Oiseau.

 

Il a fait beaucoup de violons et de basses qui ont eu de la vogue dans le commerce de la lutherie du temps. Sans valeur aujourd'hui. Vilaine apparence, et mauvaise sonorité.

 

MAST (Jean-Laurent). A Paris, seconde moitié du XVIIIe siècle. Lutherie assez bien faite : vernis épais à l'alcool, devenu presque noir. Nous avons vu de lui un violon ; le nom est marqué au feu sur le bouton de la poignée :

 

J.-L. Mast, Paris.

 

et répété à l'intérieur à la place de l'étiquette par le même procédé.

J.-L. Mast eut un fils qui fit son apprentissage chez Nicolas aîné, A la ville de Crémone, à Mirecourt, et s'établit plus tard à Toulouse. Nous avons vu plusieurs violons de Mast fils : il marquait ses instruments au feu comme son père. L'un d'eux porte :

 

Mast fils, Toulouse, 1825.

 

C'est une bonne lutherie à voûtes élevées sous le chevalet ; les ff mal coupées, dans le genre de celles du père Nicolas, son maître. Il emploie deux vernis : l'un jaune, l'autre rougeâtres à l'instar des anciens Italiens.

 

MAUCOTEL (Charles-Adolphe).- à Mirecourt en 1820, où il fit son apprentissage : il vint à Paris en 1839 et entra comme ouvrier chez J.-B. Vuillaume. Il s'établit pour son compte en 1844, galerie Vivienne, puis alla demeurer rue Croix-des-Petits-Champs et ensuite rue Princesse, où il est mort, le 6 février 1858, d'une manière tragique. Pris d'un accès de fièvre cérébrale, il se coupa la gorge d'un coup de rasoir, et, transporté à l'hôpital dé- la Charité, il expira sans avoir pu proférer une parole.

Maucotel était un des bons luthiers de Paris. Il a fait beaucoup d'instruments neufs, violons, altos et violoncelles, qui sont estimés et prennent rang dans la belle lutherie de l'époque.

Il avait obtenu une médaille de seconde classe à l'Exposition internationale de Paris en 1855.

 

MEDARD. - Famille de luthiers lorrains

 

MEDARD (François). - Travailla à Paris pendant la seconde moitié du XVIIe siècle. Il fut, dit-on, chargé de confectionner des violons pour la chapelle de Louis XIV.

On connaît de lui des instruments bien faits : petit patron, beau vernis, modèle des premiers Amati.

 

MEDARD (Nicolas). Frère du précédent. Il travailla à Nancy et à Paris.

 

MEDARD (Toussaint). - Fils de Nicolas, né à Nancy le 5 avril 1622.

 

MEDARD (Antoine). -A Nancy.

Il a été vendu à Paris, à l'Hôtel des ventes, rue Drouot, le 15 mars 1887, une charmante petite pochette forme rebec allongé à pans, filetée à torsades argent, avec la touche de mêmes tête de femme sculptée au lieu de volute. Vernis fin, rouge brun, facture très soignée, portant intérieurement l'étiquette manuscrite suivante.

 

Antoine Médard,

à Nancy, 1666.

 

MENNEGAND (Charles). -Né à Nancy, le 19 juin 1822. Il fit son apprentissage à Mirecourt, vint à Paris en 1840, et entra comme ouvrier chez Rambaux, qui demeurait alors faubourg Poissonnière, n" 18. Ce fut sous la direction de ce maître habile, chez lequel il travailla Pendant cinq années consécutives, qu'il acquit cette sûreté de coup d'œil et de main dans la réparation des instruments anciens, qui i'ont placé au premier rang.

En 1851, il s'engagea chez Maucotel et resta chez celui-ci jusqu'en 1852, époque à laquelle il quitta la France pour aller s'établir à Amsterdam.

En 1857, il revint à Paris et se fixa rue de Trévise, n° 26.

Mennégand fut un ouvrier habile ; il a laissé des instruments bien faits, mais il avait surtout une réputation hors ligne comme réparateur de vieux instruments. Il est mort à Villers-Cotterets, le 9 janvier 1885.

 

 

 

MENNESSON (Émile). - Luthier breveté, à Reims (Marne), s'est adonné à la fabrication d'un genre de lutherie spéciale qu'il a baptisée du nom de Guarini.

Ces instruments, bon marché, d'un vernis rouge très apparent, ont un joli aspect.

 

MERIOTTE. - Travaillait à Lyon :

 

Mériotte, Luthier, sur le pont,

près le change, à Lyon, 1755.

 

Inscription manuscrite dans un violon d'assez bonne facture. Plus tard, ses étiquettes sont imprimées en latin, et la main-d’œuvre plus soignée.

 

MICHAUD. - Paris, rue Guérin-Boisseau, au coin de la rue Saint-Denis, en 1788.

 

MICHELOT. - Paris, rue Saint-Honoré, n° 255, en 1788.

Relevé l'étiquette suivante dans une charmante harpe éolienne finement sculptée et dorée :

 

J.-P. Michelot, rue Saint-Honoré,

à la Mélodie. 1790.

 

MIRAUCOURT (Joseph). -Travaillait à Verdun en 1749. Il acquit une certaine réputation dans la facture des violes.

 

MIREMONT (Claude-Augustin). - Né à Mirecourt en 1827- Il fit son apprentissage dans cette ville, chez son père d'abord, et ensuite chez Claude-Nicolas Collin-Mézin avec lequel il travailla pendant trois années consécutives.

Il vint à Paris en 1844, entra chez Lafleur, et ensuite chez Bernardel père, comme premier ouvrier, jusqu'en 1852. Il partit alors pour l'Amérique et s'établit à New-York qu'il habita jusqu'en 1861, époque à laquelle il revint se fixer à Paris, où ses ateliers étaient rue du Faubourg-Poissonnière.

Il quitta les affaires le 15 juillet 1884. se retira à Belleville dans une maison qu'il possédait rue des Bois, n° 20, et vécut ensuite à Pontorson (Manche), où il mourut à la fin de l'année 1887.

Miremont fut un de nos habiles luthiers. Il a laissé de nombreux instruments neufs qui se distinguent par leur bonne facture et leur excellente sonorité.

            Il a obtenu les récompenses suivantes :

1° Exposition de New-York, en 1853 : médaille.

2° Exposition de Paris, en 1855 où il figurait dans le département des États-Unis : Médaille de première classe.

3° Exposition de Londres, en 1862 : Prize medal.

 

 

MOERS (Jean-Henri). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1771.

 

MOITESSIER (Louis):

Ludovicus Moitessier fecit

anno Domini 1781.

 

Dans un violon d'assez bonne facture, offrant cette particularité que la table était en érable comme le fond et les éclisses bonne sonorité.

 

MONGENOT. ( MOUGENOT)- A Rouen, XVIIIe siècle

 

Mongenot,

à Sainte Cécile,

rue Ganterie, à Rouen,

1763.

Imprimé, entouré d'une vignette.

 

 

MONTRON. - A Paris, rue du Grand-Hurleur, en 1788.

 

NADERMANN (Jean-Henri). - Fabricant de harpes, qui fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1774.

 

NAMY. - Très habile luthier qui demeurait à Paris, en 1788, place du Louvre ; il était surtout renommé pour ses réparations de vieux instruments. Voici ce qu'en dit l'abbé Sibire (J. Gallay, les Luthiers italiens aux XVII et XVIII siècles, contenant la réédition du Parfait luthier de l'abbé Sibire, Paris, 1869.):

« Je m'étais fait une loi de m'abstenir de toute citation ; mais, en vérité, je ne puis résister au désir de nommer, entre autres, un homme d'un vrai mérite, qui, avec un talent très prononcé pour toutes les parties de l'art, s'est attaché spécialement à remettre sur pied, à rajeunir ces centenaires décrépits (les vieux instruments) et à les rétablir dans leur première fraîcheur ; c'est le sieur Namy... Ses preuves sont faites depuis un quart de siècle, et même elles se réitèrent journellement... Nul n'a étudié plus à fond leur tempérament et leurs besoins ; toutes les fois qu'il me tombe sous les yeux des instruments qui portent l'empreinte de ses savantes réparations, je reconnais la trace de l'habile main qui les a entreprises ; je dis tout d'un coup : Voilà du Namy, comme je dirais : Voilà du Crémone ! ».

Ces lignes étaient écrites par l'abbé Sibire, en 1806. Namy a dû mourir quelques années plus tard. Il avait travaillé chez la veuve de Salomon, car dans un violon fait par lui se trouvait l'étiquette' suivante

 

Fait par Namy, luthier, chez

Madame Salomon, à Paris, 1772.

 

NEZOT. - Contemporain de Louis Guersan, seconde moitié du XVIIIe siècle. Il existe de lui, au musée du Conservatoire de Paris, un pardessus de viole à six cordes (n° 88 du catalogue).

 

NICOLAS (François-Nicolas-Fourrier, connu sous le nom de). - Né à Mirecourt le 5 octobre 1758, travailla à Paris depuis 1784 environ jusqu'en 1816, époque de sa mort.

Il fut nommé en 180,4 « luthier de la chapelle de ]'Empereur et de toute sa musique particulière », et fit tous les instruments à cordes de la chapelle de Napoléon 1er.

Il a laissé des instruments qui sont assez estimés. J'ai trouvé dans un violon de Cuny la curieuse étiquette manuscrite que voici :

 

Réparé par Fourrier Nicolas,

luthier de la chapelle de S. M. l’empereur,

pour son ami Julien, chef d’orchestre

des bals de la cour, 1806.

 

NICOLAS. - Nom d'une famille de luthiers de Mirecourt, dont deux membres seulement nous sont connus d'une manière positive :

 

NICOLAS (Didier l’aîné, dit LE SOURD). Né à Mirecourt en 1757, mort en cette ville en 1833.

Il avait pris pour enseigne : A la ville de Crémone.

Didier Nicolas fut un luthier habile dont les instruments authentiques sont estimés. Il y eut à Paris, en 1806, une Exposition des produits de l'industrie, dans laquelle il obtint une médaille d'argent ; le violon qui lui valut cette distinction est joué aujourd'hui par son arrière-petit-fils.

Les instruments de Nicolas aîné, quoique d'une facture qui laisse à désirer sous certains rapports, sont cependant loin d'être sans mérite. Le vernis est, en général, rouge brun, tirant sur le jaune. La coupe des très ouvertes dans le milieu, est particulière Nicolas aîné marquait ses instruments au fer rouget dans l'intérieur du fond, à la place habituelle de l'étiquette. Voici le fac-similé exact de sa marque, dont l'empreinte provient d'un de ses poinçons originaux.

 

NICOLAS (Joseph). - Fils du précédent, né à Mirecourt en 1796, mort en 1864.

Il travailla avec son père jusqu'à la mort de celui-ci, et prit la suite de ses affaires.

Joseph Nicolas signait tous ses instruments à la plume et les marquait, comme étiquette, du poinçon

 

J. Nicolas Fils

 

A la mort de Joseph Nicolas, en 1864, sa veuve vendit le fonds de lutherie à M. Derazey, à Mirecourt.

La propriété des deux marques, dont nous donnons plus haut l'empreinte, fut comprise dans la vente, de sorte qu'on peut rencontrer aujourd'hui des instruments neufs portant la marque des Nicolas, et à la facture desquels ces derniers sont étrangers.

 

OUVRARD (Jean). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres Luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1743.

Il était élève de Claude Pierray.

 

PACHERELE (Michel). - Nous avons relevé dans un violon de facture ordinaire, style de Guersan, à vernis jaune, l'étiquette suivante manuscrite

 

Michel Pacherele, luthier,

rue d'Argenteuil, à Paris., 1779.

 

Le nom de Michel Pacherele est gravé au fer rouge sur le haut de la table de fond.

 

PACHERELE (Pierre). - Né à Mirecourt en 1803, mort à Nice le 31 décembre 1871, dans sa soixante-huitième année.

Luthier et réparateur habile.

Venu dans le Midi après 1830, il travailla d'abord à Nice, à Gênes et à Turin où il fut pendant quelque temps le collaborateur de Pressenda, luthier de bonne réputation.

En 1839, il s'établit définitivement à Nice.

Pendant sa jeunesse, il avait travaillé avec J.-B. Vuillaume à Mirecourt dans les mêmes ateliers, et cette camaraderie les lia d'une amitié qui ne s'est jamais démentie.

Pierre Pacherele a laissé un assez grand nombre de violons, altos et violoncelles de très bonne facture ; mais le vernis en est lourd et épais.

 

PACQUET.

 

Pacquet d’aix,

Luthier à Marseille, 1785.

Dans une arpi-guitare forme originale, tête et manche sculptés. Longueur totale, 0m,98 ; longueur du corps, 0m,70.

(Collection Ant. Gautier à Nice.)

 

PANORMO (Vincent). - Né, dit-on, à Palerme (Nous n'avons aucune preuve de l'origine palermitaine de ce luthier. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que le mot de Panorino n'est autre que le nom ancien de Palerme (l'antique Panormos). Cette particularité n'aurait-elle pas engagé l'artiste à prendre les armes de la ville, sans prouver qu'il en fût natif ?), dans les premières années du XVIIIe siècle. Il vint s'établir à Paris vers 1735 et y travailla jusqu'en 1780 environ. Lutherie bien faite et infiniment supérieure à tout ce qui se produisait alors à Paris ; son vernis est jaune clair. On rencontre aujourd'hui dans le commerce de nombreux spécimens de ces violons, altos et basses, qui ne sont pas dédaignés des connaisseurs.

Panormo marquait ses instruments d'une étiquette soit en français, soit en latin. La première était libellée :

Vincent Panormo, rue de

l'Arbre-Sec, Paris, 17..

 

La seconde :

 

Vincenzo Triusano Panormo.

fecit Parisiis, anno. 17..

 

Dans le coin droit de cette étiquette latine se trouve un petit cercle formé -de deux traits en pointillé entre lesquels se trouvent les mots : armi di Palermo ; et au centre du cercle, une harpie, le tout surmonté d'une croix pattée.

Les dates extrêmes que nous avons relevées dans les instruments de Vincent Panormo, faits à Paris, sont 1738 et 1778- Nous ne sommes pas autrement fixé sur la biographie de Vincent Panormo.

À partir de 1772, On rencontre à Londres un luthier de ce nom ; est-ce le nôtre ou un de ses fils ? Nous nous rangerions volontiers à la seconde hypothèse, puisque le Vincent Panormo de Paris a signé ses instruments datés de cette ville jusqu'en 1778. Toujours est-il que les biographes anglais indiquent cinq Panormo comme ayant travaillé à Londres : 1° Vincent Panormo, arrivé à Londres vers 1772, mort en 1813 ; 2° Joseph, fils de Vincent ; 3° Georges Louis, facteur d'archets ; 4° Édouard ; 5° Georges (Violins and violin makers, by Jos. Pearce jun. London, 1866, 1 vol. in-12, p. 63 et 64.).

 

PAQUOTTE FRERES.- A Paris, boulevard Saint-Germain, 99.

La maison fut fondée en 1830 par Sébastien Paquotte, né à Mirecourt en 1800, mort à Paris en 1863. Établi d'abord rue de la Harpe, 51, son domicile fut transféré rue de l'École-de-Médecine, 20, lors du percement du boulevard Saint-Michel.

A sa mort, son neveu, M. Jean-Baptiste Paquotte, prit la suite des affaires. Ouvrier pendant huit ans chez son oncle, et ensuite pendant quatorze ans chez Lafleur,

M.  J.-B. Paquotte avait acquis une expérience qui le         plaça aussitôt parmi les bons luthiers parisiens.

En 1877, la maison fut transférée faubourg Saint-Germain, 99.

M.  J.-B. Paquotte s'est retiré des affaires au mois de juillet 1888, laissant sa maison à ses deux fils : MM. Henri, né à Paris en 1857, et Placide, né en 1864 .

Ces messieurs suivent les bonnes traditions de leur grand-oncle et de leur père.

M.  Henri Paquotte, tout en travaillant la lutherie, s'était adonné à l'étude du violon ; il a quitté le Conservatoire après avoir suivi avec succès pendant plusieurs années le cours de M. Sauzay.

 

PARDI. - A Paris, rue Saint-Honoré, n° 412, en 1788.

 

PERON. - A Paris, rue de l'Arbre-Sec, en 1775. Il figurait encore en 1788 sur la liste des luthiers de Paris, et demeurait à cette époque rue de Richelieu.

 

Peron. luthier de S. A. R. Mad.

la duchesse d'Orléans, rue

Richelieu, près la Comé-

die Italienne, à Paris.

 

Avec les armes des d'Orléans séparant ce texte par le milieu.

 

 

PIERRAY (Claude). - Travaillait à Paris dans la première moitié du XVIIIe siècle. Voici la copie d'une de ses étiquettes :

 

Claude Pierray, rue des Fosses-

Saint-Germain-des-Prez, à Paris, 1714.

 

 

Lutherie qui a eu une certaine réputation en même temps que celle de Boquay, son contemporain. La facture en est bonne ; le vernis, généralement rouge, est assez flatteur à l'œil. Ces instruments, dont il existe encore de nombreux spécimens, sont peu recherchés aujourd'hui.

 

PILLEMENTI (F.). - Gravé au feu dans le fond de l'instrument. Lutherie de la seconde moitié du XVIIIe siècle ; vernis noir, genre Gaviniès.

 

PIQUE (F.-L.). - Élève de Saunier, demeurait à Paris en 1788, rue Plâtrière ; peu d'années après, il se fixa rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 36, où il travailla jusque vers 1815. Les instruments de Pique eurent de la réputation ; Spohr, dans sa méthode de violon, cite ses violons et ceux de Lupot, comme étant les meilleurs de l'époque. Pique est mort en 1822, à Charenton-Saint-Maurice, dans une propriété où il s'était retiré. Le musée du Conservatoire de Paris possède un violon de lui, n° 16 du catalogue.

 

 

PIROT (Claude). - Nous ne possédons sur ce luthier d'autres notes que celles relevées par nous dans plusieurs de ses violons et que nous avons eus à notre disposition.

Voici la copie exacte de l'une de ses étiquettes

 

Cde, Pirot fecit.

Parisiis, anno 1803.

 

 

Ces mots sont entourés d'une petite vignette. Sur le côté droit est imprimé un parafe de forme originale.

Dans un autre de ses violons, nous avons relevé sur la même étiquette l'année i 8 i 3.

Lutherie qui n'est pas sans mérite et qui atteste une étude sérieuse de la bonne école italienne. Le patron, ainsi que le dessin des coins et des ff, sont bien raisonnés. Les voûtes, un peu élevées sur le milieu de la table de dessus, vont droit jusqu'aux bords, sans gorge, ce qui nuit à l'élégance, et peut-être aussi à la sonorité. Les voûtes du fond sont peu prononcées. Le vernis est rouge brun, très épais.

 

PITET. - A Paris, vers la seconde moitié du XVIIe siècle. 0n a vu de lui des instruments, surtout des basses, sur les éclisses desquels était écrit le nom de Pitet, entouré d'une légende en latin.

Cette lutherie serait très curieuse aujourd'hui dans le cabinet d'un amateur.

 

PLUMEREL. - Le nom de ce luthier a été relevé dans une basse à vernis jaune. Paris, 1740.

Lutherie très ordinaire.

 

PONS (César). - A Grenoble, vers le milieu du XVIIIe siècle. Il a construit des vielles organisées dont notre habile professeur de violoncelle M. Auguste Tolbecque, possède un très beau spécimen daté de 1750.

 

PREVOT. - A Paris, rue de la Verrerie, n° 102, en 1788.

 

QUINOT (Jacques).

 

Jacques Quinot;

à Paris, 1670.

 

Étiquette relevée dans une petite pochette forme Rebec ; très allongée, tête sculptée, filets incrustés, vernis jaune. L'étiquette est manuscrite ; le nom de Quinot est en outre gravé au feu sur le bouton du manche.

 

RAMBAUX (Claude-Victor). - Né à Darney (Vosges) le 25 février 1806. Peu de temps après sa naissance, ses parents vinrent demeurer à Mirecourt, et c'est dans cette ville que s'écoula sa jeunesse.

A l'âge de quatorze ans, il entra chez L. Moitessier, luthier à Mirecourt, et y resta comme apprenti d'abord et ensuite comme ouvrier, dit compagnon, pendant quatre années, de 1820 au 12 juillet 1824.

De 1824 à 1827, il travailla chez Thibout, luthier à Caen. Il vint ensuite à Paris et entra le 22 août 1827 chez Gand père, dont il devint bientôt le premier ouvrier. Ce fut sous la direction de ce maître habile qu'il acheva de se perfectionner dans l'art de la lutherie.

Après onze années de séjour chez Gand, il le quitta le 7 juin 1838 et s'établit pour son compte à l'entresol de la maison du faubourg Poissonnière, n° 18, en face du Conservatoire. C'est là que toute une génération d'artistes et d'amateurs l'a connu.

Lorsque C.-V. Rambaux s'établit, l'art et le commerce de la lutherie étaient en pleine prospérité à Paris. Les Nicolas Lupot, les Pique, les Gand, les Vuillaume, les Bernardel, avaient donné à la facture des instruments neufs une impulsion habile et intelligente ; d'un autre côté, le commerce des anciens instruments italiens avait pris un accroissement qu'entretenait l'enthousiasme des musiciens pour la vieille lutherie. Pour réussir dans ce milieu, il fallait non seulement produire de bons instruments neufs, mais encore connaître à fond les anciens maîtres ; en un mot « faire revivre ces centenaires décrépits », ainsi que les qualifie l'abbé Sibire.

C.-V. Rambaux excella dans ces deux branches qui résument l'art du luthier.

Les récompenses qu'il obtint aux expositions de 1844, 1848 et 1855, à Paris, le placent au premier rang des luthiers de son temps et attestent son habileté comme facteur ; mais ce que les distinctions de ce genre ne sont pas appelées à récompenser, c'est la patience infinie et la recherche incessante des procédés de tout genre nécessaires à la réparation des anciens instruments ; et c'est surtout dans cette partie de l'art que Rambaux sut se faire apprécier.

Parmi les opérations les plus difficiles, on peut compter le recoupage des anciens instruments ; c'est notamment pour les violoncelles qu'il est parfois indispensable, à cause du peu de régularité apporté par les luthiers italiens dans leur patron. Il est nécessaire, pour donner la forme exigée par la virtuosité actuelle. de les ramener aux dimensions adoptées par Stradivari, dans son beau modèle. Il n'y a pas à errer d'une ligne ; la moindre hésitation dans un trait de scie ou dans un coup de rabot serait fatale et détruirait en quelques minutes la valeur de l'instrument, loin de l'améliorer ! On comprendra difficilement quelle sûreté de main et quelles connaissances spéciales sont requises pour une opération aussi délicate.

C'est dans cette partie du métier que Rambaux avait acquis une supériorité qui le laissait sans rival.

Du reste, travailleur infatigable, une fois l'heure sonnée, il revêtait le tablier traditionnel, qu'il ne quittait plus de la journée. Il était intéressant de le voir, tout en conservant l'outil en main et suivant d'un œil attentif le travail de l'ouvrier assis en face de lui, et dont aucun mouvement ne lui échappait, accueillir amateurs et artistes qui se succédaient dans son atelier, et accorder une attention soutenue aux théories interminables qui se déroulaient devant lui, sur les instruments, la place de l'âme, du chevalet, etc. : toujours calme et plaçant modestement son mot, avec ce sourire fin et doux qui le rendait sympathique à tous.

Après un exercice de dix-neuf années écoulées dans ce dernier domicile, Rambaux se retira à Mirecourt en juin 1857, pour y jouir tranquillement de la modeste aisance que sa carrière honorable lui avait procurée ; toutefois, sa passion favorite ne cessa de l'occuper, et il continua ses travaux de retouches et de réparations, en les bornant aux instruments de choix et sans se départir de cette recherche qui attestait que chez lui l'âge n'avait pas éteint l'amour de l'art auquel il avait consacré sa vie.

 

 

Claude-Victor Rambaux est mort à Mirecourt, le 25 juin 1871. (C.-V. Rambaux avait laissé deux fils. Je tiens les détails qui précèdent de l'un d'eux, M. Émile Rambaux, sous-inspecteur des forêts à Laon. La lettre qu'il m'adressait se terminait par ces quelques lignes simples et modestes au sujet de son père :

« Il était encore plein de vie quand éclata la dernière guerre. Son cœur fut péniblement affecté des désastres de notre patrie, et l'impression fut d'autant plus vive, que Mirecourt était au centre du pays envahi. Mon jeune frère, âgé de vingt et un ans, et moi étions partis comme soldats : hélas ! Un seul devait revenir. Mon frère fut tué à Belfort, et mon père ne put supporter cette nouvelle douleur : le chagrin le prit, et il mourut à Mirecourt le 25 juin 1871, à l'âge de soixante-cinq ans. »)

 

RAUT (Jean). - Luthier assez estimé, qui travail la à Rennes, en Bretagne, jusque vers 1790. On connaît de lui quelques violons.

 

REMY. - Nom d'une famille de luthiers travaillant à Paris depuis un siècle et demi.

Le chef, établi en 1760 rue Sainte-Marguerite-Saint-Antoine, et plus tard rue Tiquetonne, fit des instruments dans le genre des Guersan, Saint-Paul et Gaviniès. Il eut un fils, Jean-Mathurin, né rue Tiquetonne en 1770, mort en 1854, lequel vint plus tard s'établir rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 30, où ses ateliers existèrent pendant trente-sept années. Aujourd'hui, le fils de Jean-Mathurin, M. Jules Remy, né en 1813, continue le commerce de la lutherie, rue du Faubourg-Saint-Denis, n° 60.

 

RENAUDIN (Léopold). - Établi à Paris en 1788, rue Saint-Honoré, au coin de la rue Jean-Saint-Denis.

Lutherie de second ordre, dont on rencontre encore quelques spécimens ; la fracture n'en est pas mauvaise, mais les voûtes sont trop prononcées et le vernis, d'une couleur gris noirâtre, est d'un vilain aspect.

 

Léopold Renaudin (adresse illisible),

Année 1789.

 

Aux amateurs. - Renaudin. luthier, fait

toutes sortes d'instruments, rue Saint-Honoré,

près l'Opéra, 1783.

 

On trouvera, à la planche XXVIII, une étiquette manuscrite de sa main.

 

 

Léopold Renaudin était surtout réputé pour ses contrebasses, qui sont encore recherchées aujourd'hui.

Ce Léopold Renaudin prit une part active aux excès sanglants de la Révolution française et paya de sa tête, comme tant d'autres, sa triste célébrité. Voici ce que nous lisons à son sujet dans l'ouvrage de M. Campardon sur le Tribunal révolutionnaire (Le Tribunal révolutionnaire de Paris, ouvrage composé d'après les documents originaux conservés aux Archives, par M. E. Campardon, archiviste aux Arch. nat. Paris, Henri Plon, 1866, 2 vol. in-8°.):

« Il y avait au tribunal de Fouquier-Tinville un certain nombre de jurés qu'on appelait les solides : avec eux les accusés étaient toujours convaincus, et ils se plaisaient à faire ce qu'ils appelaient des feux de file, c'est-à-dire à envoyer à la mort tous les prévenus sans exception. Léopold Renaudin, luthier, fut un de ceux qui se montrèrent les plus terribles contre les accusés. Aux Jacobins, il soutenait à coups de bâton les maximes les plus terroristes et eut un jour une rixe avec Camille Desmoulins, qu'il voulut assommer.

«Il disait avant une audience, en parlant des accusés : « Ah! ce sont des b... qui vont être bien travaillés ! »

Un jour, un tout jeune homme, M. de Saint Pern fils, est condamné à mort et exécuté ; il avait comparu devant le tribunal par suite d'une erreur ; son père était accusé et non pas lui. Léopold Renaudin était un des jurés qui avaient concouru à la condamnation. Lors de son jugement, il niait avoir siégé dans cette affaire ; mais la sœur de M. de Saint-Pern, citée comme témoin devant le tribunal, déposa ainsi :

«Je me rappelle son nom, parce que mon mari, qui périt en même temps que mon frère, me remit en allant au supplice ses cheveux, enveloppés dans un papier qui contenait la liste de ses assassins. »

Cette liste est remise à l'accusateur public, il en donne lecture : le nom de Renaudin s'y trouve inscrit, toute dénégation est impossible !

Léopold Renaudin, condamné à mort avec quinze de ses complices, en tête desquels figurait le trop fameux Fouquier-Tinville, fut exécuté avec eux le lendemain, 18 floréal an III (jeudi 7 mai 1795).

 

RENAULT. - Plusieurs luthiers ont porté ce nom le plus ancien, Nicolas, aurait été élève d'un nommé Tywersus, de Nancy, qui vivait dans le courant du XVIe siècle. On prétend même qu'il aida André Amati à terminer les instruments que ce dernier vint, dit-on, livrer lui-même à la chapelle de Charles IX, à Paris vers 1566.

On cite ensuite Jacques Renault, qui travailla à Paris dans la première moitié du XVIIe siècle ; nous n'avons pu découvrir sur lui aucun renseignement positif.

Il existe au musée du Conservatoire de Paris un cistre curieux portant la marque de S.-B. Renault, sans date (n° 190 du catalogue).

 

RENAULT ET CHATELIN. - A Paris, dans le commencement du XVIIIe siècle.

A la renommée,

rue de Braque, au Marais,

Renault et Chatelain.,

Luthiers, font et vendent, louent,

achètent et raccommodent toutes

sortes d’instruments de musique, etc.

à Paris.

 

REYNAUD (Andréa). - A Tarascon.

 

Andreas Reynaud, olim canonicus

Tarascone in gallo provincial 1766.

 

Copie d'une étiquette manuscrite authentique, longueur, 0,06, largeur, 0,150.

 

RICHARD (Robert). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments, de la ville de Paris pour l'année 1756.

 

ROL. - Il existe de ce luthier, au musée du Conservatoire de Paris, une grande pochette avec l'étiquette :

 

1753.   Cour Saint-Denis de la Chartre.

(N° 64 du catalogue.)

 

ROPIQUET. - Luthier amateur à Paris, qui a construit quelques violons vers 1815 et les a signés de son nom. Une fille de Ropiquet était danseuse à l'Opéra. Lui-même était musicien à l'orchestre.

 

ROZE. - Travaillait à Orléans.

 

Roze, rue Sainte-Catherine, à Orléans,

près le Martroy, 1757.

 

Étiquette imprimée en lettres romaines, entourée d'une vignette à étoiles. Relevée dans un violon de bonne facture, vernis jaune. Les ff bien dessinées, très ouvertes dans le milieu, ayant beaucoup d'analogie avec celles du père Nicolas de Mirecourt.

 

ROZET. - « Le sieur Rozet est renommé pour les instruments de musique de la garde-robe du roi, il demeure rue Neuve-Saint-Eustache.» (Tiré du Livre commode de Du Pradel année1691.)

 

RUELLE (Pierre). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1754.

 

SACQUIN. - Luthier estimé, qui demeurait à Paris, rue Beauregard, de 1830 environ à 1860.

Il a fait de bons violons, mais surtout des contrebasses. Son étiquette porte :

 

Sacquin, luthier,

rue Beauregard, 14,

à Paris, 185..

 

SAINT-PAUL. - Fétis, dans sa Biographie des musiciens, indique à ce nom un luthier de Paris vivant vers 1640. Nous ne connaissons de lui rien autre que cette mention.

Deux autres luthiers de ce nom travaillèrent à Paris dans le courant du XVIIIe siècle :

Pierre Saint-Paul. Ses instruments portent l'étiquette suivante :

 

Pierre Saint-Paul, rue de la Comédie-

Françoise. Paris, 1741.

 

Nous avons relevé cette étiquette dans une de ses basses. Lutherie très ordinaire, vernis jaune grisâtre.

2° Antoine Saint-Paul, qui fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1768. Nous avons trouvé l'étiquette suivante de lui dans un pardessus de viole vernis jaune, tête sculptée :

 

Antonius Saint-Paul, propè Comoediam Gallicam,

Lutetiae, anno 1772.

 

Cela est imprimé dans le cartel de Louis Guersan, dont il fut le successeur.

 

SAJOT. - A Paris.

Petite étiquette manuscrite

 

Sajot, à

Paris, 1734.

 

SALLE. - Très habile ouvrier pour la réparation des anciens instruments, qui a travaillé à Paris de 1825 environ à 1850. Il n'a pas fait d'instruments neufs. Salle était connu pour ses connaissances sérieuses dans la lutherie ancienne. Lorsque des discussions s'élevaient entre amateurs et luthiers, et même entre luthiers, 0n prenait souvent pour arbitre le père Salle, et on s'en rapportait volontiers à ses décisions.

 

SALOMON (Jean-Baptiste Deshayes). - Contemporain de Louis Guersan. Il fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1760,

Salomon a fait quelques belles basses ; mais le vernis en est dur, la sonorité de l'instrument commune.

Il est mort avant 1772, car, à cette époque, Namy (voir ce nom) travaillait chez sa veuve qui avait continué le commerce de la lutherie, et dont le magasin était encore, en 1788, quai de la Mégisserie. Étiquette lithographiée en grosse écriture, demi-anglaise ; sur le coin droit est dessinée une sainte Cécile assise jouant avec une sorte de guitare.

 

Salomon, luthier, à Ste Cécile,

place de l'École, à Paris, 1751.

 

Il y a de lui, au musée du Conservatoire de Paris, une viole d'amour (n° 96 du catalogue.)

Il y avait à Reims un luthier du même nom, en 1747, dont nous avons eu l'occasion de voir une étiquette.

 

SAUNIER. - Luthier lorrain qui vint s'établir à Paris vers 1770- On connaît de lui des violons estimés, mais il a surtout fait des guitares.

On dit qu'il fut le maître de F.-L. Pique.

 

SAUNIER. - A Bordeaux.

Petite étiquette manuscrite :

 

Saunier,

à Bordeaux,

1754

 

SAVART (Félix). - Né à Mézières en 1791, mort à Paris en 1841. Savant physicien, qui se voua surtout aux travaux d'acoustique, etc.

 

SCHWARTZ. - Nom patronymique d'une famille de luthiers français établis à Strasbourg Bernard Schwartz, mort en 1822.

Il eut deux fils :

Georges-Frédéric Schwartz, né à Strasbourg, le 7 avril 1785, mort le 29 décembre 1849 ;

Théophile-Guillaume Schwartz, né à Strasbourg, le 13 octobre 1787, mort le 29 juillet 1861.

Les deux frères furent élèves de leur père, et à sa mort prirent ensemble la suite des affaires sous la raison sociale : « Frères Schwartz ».

L'aîné, Georges-Frédéric, se livra surtout à la fabrication des archets (voir ce nom au chapitre VI), et le plus jeune, Théophile-Guillaume, s'occupait plus spécialement de lutherie. Les instruments sortis de leur atelier portent l'étiquette :

 

Frères Schwarz,

à Strasbourg, 1833.

N° 15.

Inscription ovale, entourée d'une vignette à guirlande de feuilles ; dans le bas à gauche, un violon, à droite une lyre et au milieu le numéro. Le nom de Schwartz, les deux derniers chiffres du millésime et le numéro d'ordre sont manuscrits.

Leur premier violon est daté de 1824, et depuis cette époque jusqu'en 1852 il est sorti de leur atelier environ 80 violons et 30 violoncelles.

En 1852, M. Théophile-Guillaume Schwartz, né le 3 septembre 1821, fils du plus jeune des frères, prit seul la suite des affaires. Son atelier est aujourd'hui à Strasbourg, place Saint-Thomas, n° 2. Il a fait quelques instruments, mais il s'occupe surtout de réparations.

Les instruments faits par M. T. G. Schwartz sont marqués :

 

Schwartz,

à Strasbourg, 18..

 

Petite étiquette imprimée en caractères romains, entourée d'une vignette arcadée de 3 millimètres.

 

SILVESTRE. - Nom d'une famille de luthiers distingués établis à Lyon.

Deux frères furent les fondateurs de la maison :

Pierre, né en 1801 à Sommerwiller (Meurthe), mort à Lyon en 1859 ;

Hippolyte, né en 1808 à Saint-Nicolas-du-Port (Meurthe);

Vivant encore aujourd'hui à Sommerviller, où il s'est retiré.

L'apprentissage des deux frères se fit chez Blaise, à Mirecourt ; ils vinrent ensuite à Paris pour se perfectionner dans leur art.

Pierre entra chez Lupot, et puis travailla chez Gand ;

                        Hippolyte, chez J.-B. Vuillaume, qui commençait sa réputation.

En 1829, les deux frères s'associèrent et vinrent s'établir à Lyon.

L'association dura jusqu'en 1848. A cette époque, Hippolyte se retira, et Pierre resta seul.

A la mort de ce dernier, en 1859, l'atelier fut géré par un intéressé nommé Pichon, et ensuite par Hippolyte Silvestre jeune.

En 1865, M. Hippolyte Chrétien. fils d'une sœur des Silvestre, né en 1845 à Sommerwiller, luthier distingué lui-même, prit la suite des affaires, sous la raison sociale :

 

Hippolyte Chrétien, Silvestre neveu.

 

 

La maison Silvestre a obtenu une médaille en bronze à l'Exposition de Paris en 1844 et une en bronze en 1855.

Pierre et Hippolyte Silvestre, les fondateurs, ont fait de nombreux instruments neufs. Lorsqu'ils ont travaillé ensemble, leur étiquette porte

 

Petrus et Hippolytus Silvestre,

fratres, fecerunt Lugdan... 183..

 

Lorsque Pierre resta seul, en 1848, il signa

 

Pierre Silvestre.

à Lyon, 185..

 

Les instruments de Pierre sont les plus estimés.

 

Leur facture soignée, le beau choix des bois, leur sonorité souvent remarquable, les mettent au premier rang de la Lutherie moderne.

 

Pierre Silvestre a beaucoup travaillé.

On estime à 350 environ le nombre des instruments sortis de ses mains et portant son étiquette.

M.  H.-Chrétien Silvestre est le digne successeur de ses     oncles et continue leur belle réputation. Il a obtenu :

1° Une médaille d'argent à l'Exposition de Lyon en 1872 ;

2° Une grande médaille de progrès à l'Exposition de Vienne en Autriche, en 1873 .

M.  C. Silvestre est venu s'établir à Paris, rue du Faubourg-Poissonnière, n° 24, à la fin de l'année 1884, et sa maison de Lyon a cessé d'exister.

 

SIMON. - A Paris, rue de Grenelle-Saint-Honoré, en 1788.

 

SIMONIN (Charles). - Luthier distingué, à Toulouse. Né à Mirecourt, il fit son apprentissage chez J.-B. Vuillaume, à Paris, et devint l'un de ses plus habiles ouvriers. Après s'être marié, M. Simonin retourna pendant quelque temps dans sa ville natale, et, en 1841, alla s'établir à Genève, en Suisse.

Ayant séjourné pendant huit ans dans cette ville, il la quitta pour venir se fixer à Toulouse, au mois de septembre 1849.

M.  Ch. Simonin a obtenu une mention honorable à l'Exposition internationale de Paris en 1855, et, depuis lors, de nombreuses récompenses dans les différentes Expositions de la province et de l'étranger.

 

SOCQUET. - Luthier de second ordre, qui travaillait à Paris au commencement de ce siècle. Il a laissé beaucoup d'instruments communs. Les feseurs d'instruments de Mirecourt, qui n'étaient pas fâchés de dauber sur un Parisien, disaient d'un mauvais violon : « C'est un Socquet». Cette expression était passée en proverbe à Mirecourt.

 

SOMER (Nicolas). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1749.

 

STEININGER (François). - Ouvrier de talent qui travailla à Paris.

Bonne lutherie faite avec soin. Deux violoncelles de lui furent vendus, le 5 février 1887, à l'hôtel de la rue Drouot (vente Bonjour)

N° 7 (1827), 410 francs.

N° 8 (1828), 650 francs.

Étiquette manuscrite anglaise

 

F.        Steinninger, Paris, 1827.

 

SULOT (Nicolas).- - A Dijon, luthier inventeur dont j'ai copié les deux brevets suivants dans le Recueil officiel des brevets d'invention :

1°, Brevet du 17 décembre 1829 (quinze ans) au sieur Nicolas Sulot, à Dijon, pour des violons et basses à tables ondulées (t. LV, p. 349).

2°, Brevet du 5 mai i 839 pour un violon à double écho :

« Trois tables-fonds, table de dessus et une table d'harmonie dans le centre. Par ce moyen, ma table d'harmonie, qui est mise en vibration par le chevalet que j'y fais communiquer, frappe contre deux fonds à la fois et représente alors deux instruments ; de là mon système à double écho. » (Loc. cit., année 1839, p. 352.)

 

TASKIN (Pascal-Joseph). - Facteur renommé de clavecins, dont le nom ne trouve place ici que parce qu'il fut maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1775-

Le musée du Conservatoire de Paris possède, sous le no 214 du catalogue, un psaltérion de P. Taskin.

 

THIB0UT (Jacques-Pierre). - à Caen, le 16 septembre 1777, mort à Saint-Mandé, près Paris, le 4 décembre 1856.

Établi à Paris en 1807, rue Montmartre, no 24, et depuis 18io, rue Rameau, no 8. J.-P. Thibout fut un des luthiers parisiens les plus remarquables.

Il obtint en 1855, à l'Exposition internationale de Paris, une médaille de première classe pour ses instruments neufs.

 

THIBOUT (Gabriel-Adolphe). - Fils du précédent,

né à Paris en 1804, mort dans cette ville en 1858.

 

THIERRIOT (Prudent). - Maître-juré comptable de la corporation des maîtres luthiers feseurs d'instruments de la ville de Paris pour l'année 1772-

 

THIPHANON. - À Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre, en 1788.

 

Tiphanon, rue St-Thomas-

du-Louvre, à Paris, 1780.

 

Étiquette manuscrite.

 

THOMASSIN. - Ouvrier habile, qui travailla chez Clément, à Paris, rue des Bons-Enfants. Il a fait des violons estimés, signés de son nom, de 1825 à 1845 environ.

 

TOLBECQUE (Auguste). - Fils d'Isidore Tolbecque, Famille de musiciens belges. Né à Paris, en 1830. Violoncelliste très distingué, premier prix de cet instrument au Conservatoire de Paris en 1849, classe Vaslin, s'est occupé avec succès de lutherie et travailla sous la direction de Rambaux à Paris. Il a construit quelques instruments neufs et a acquis une habileté hors ligne pour la reproduction des vieux instruments. Voici son étiquette manuscrite en caractères mi-romains :

 

Ate Tolbecque fils fecit.

Parigi, anno 1851.

 

A droite, un globe noir avec les initiales T. B. en blanc réservé.

 

Auguste, Tolbecque, en dehors de ses travaux de lutherie proprement dits, s'est livré avec succès à la fabrication des orgues ; mais le travail qui lui fait, incontestablement le plus d'honneur est la restauration complète du clomponium de Winkel. (Voir Fétis, Biographie des musiciens.) Les épaves de ce merveilleux instrument avaient été achetées par un amateur, M. Mathieu. Pendant vingt-cinq ans, ce dernier s'obstina à le réparer ; mais il mourut à la peine, laissant le malheureux componium dans un état pitoyable : aucune pièce n'était restée intacte, tout avait été limé, coupé, plus de dix mille trous de vis avaient été percés inutilement, les jeux perdus, les sommiers détruits et refaits sans que leur fonctionnement eût été compris, enfin il ne restait qu'une ruine ! - M. Mathieu mort, le componium passa dans les mains d'un brocanteur qui vendit : les poids à un ferrailleur, le meuble à M. Firmin Didot, et le mécanisme ainsi que les débris à notre illustre facteur d'orgues, M. Cavaillé-Coll, lequel les céda plus tard à Auguste Tolbecque. Après dix-huit mois de travail, celui-ci reconstruisit l'instrument de toutes pièces et lui rendit son fonctionnement réguliers Aujourd'hui le componium fait partie de la belle collection instrumentale du Conservatoire royal de musique de Bruxelles, dont il est certainement une des pièces les plus curieuses.

 

TOULY (Jean). - A Nancy.

Petite étiquette imprimée, entourée d'une vignette :

 

Fait par moy Jean

Touly, à Nancy.

1747.

 

TREVILLOT (Claude). - A Mirecourt.

« En 1698, somme payée aux trompettes qui sont allés à Mirecourt par ordre de S. A. acheter des violons chez Claude Trévillot. » (La Musique en Lorraine, par Albert Jacquot. 1 vol. in-4° Paris, A. Quantin, 1882.)

 

TYWERSUS. - Luthier des princes de Lorraine au commencement du XVIe Siècle. (J.-A. Gallay)

 

VAILLANT (François). - Très bon luthier, qui travaillait à Paris dans la première moitié du XVIIIe siècle. Il a quelquefois mieux fait que Boquay et Pierray, dont il était le contemporain. Nous possédons de lui une étiquette originale ainsi libellée :

 

François Vaillant,

rue de la Juiverie,

à Paris, 1738.

 

VANDERLIST. -

Luthier, rue des Vieux-Augustins, près de

l'égout de la rue Montmartre, Paris.

 

J'ai relevé cette étiquette dans un violon assez bien fait, imitant à s'y méprendre les Guadagnini de la fin du XVIIIe siècle comme facture et comme vernis.

Le nom de Vanderlist est marqué au feu sous le talon du manche.

Le chiffre de l'année est effacé sur l'étiquette, mais l'aspect de l'instrument indique la seconde moitié du siècle dernier.

 

 

VERMERSCH (Le père) :

 

Fait par le P. Vermesch,

rel. Minine.,

à Beaumont-sur-Oise, 1781.

Étiquette manuscrite relevée dans un violon à voûtes très bombées, vernis jaune mat, mauvaises proportions. Instrument fait par un amateur peu habile.

 

VERON (Pierre-André). -Contemporain de Pierray et de Boquay, à Paris, dans la première moitié du XVIIIe siècle. Ses violons ont eu de la vogue.

 

VIARD (Nicolas). - Étiquette

Fait par Nicolas Viard,

à Versaille

1760.

 

VILLAUME- ET GIRON. - A Troyes.

 

Relevé dans un violon assez bien fait l'étiquette suivante imprimée, entourée d'une vignette

 

Villaume et Giron,

Troyes.170..

 

VOBOAM. - Habile luthier, dont il existe une très belle guitare en écaille, au musée du Conservatoire de Paris, datée 1693 (n° 16g du catalogue).

Nous trouvons dans le Livre commode de Du Pradel, pour l'année 1682, l'adresse suivante : le sieur Alexandre Vauboam, rue des Assis (sic), fait des castagnettes en perfection. C'est probablement le Voboam ci-dessus ou au moins un de ses parents.

 

VUII.LAUME. Avant de commencer ce que j'ai à dire sur le luthier français qui sera le principal, sujet de cette note biographique, je vais donner quelques détails sur son nom et sa famille.

Les Vuillaume sont originaires de Mirecourt, (Vosges) : le luthier le plus ancien de ce nom que nous ayons pu découvrir est Jean Vuillaume, qui travaillait dans cette ville vers le milieu du XVIIIe siècle. On a prétendu qu'il était élève d'A. Stradivari, c'est une erreur évidente ; les instruments qu'il a laissés prouvent que non seulement il n'avait pas travaillé sous la direction du grand maître, mais encore que, très probablement, il n'avait jamais vu un de ses instruments. La facture en est très ordinaire. Filets peints ; souvent un petit dessin noir court autour des tables ; bords très minces, vernis jaune. Il y a dans, l'intérieur une étiquette écrite de la main de l'auteur lui-même, et ainsi libellée :

 

Fait Far moy, Jean Vuillaume,

à Mirecourt, 173..

 

Il est impossible à un connaisseur de trouver dans ce travail la moindre trace de la magnifique facture d'A. Stradivari.

Jean Vuillaume était-il l'un des ancêtres de la famille actuelle ?

Sur mes instances, notre grand luthier fit faire, en 1874, dans sa ville natale, des recherches qui n'aboutirent à aucun résultat ; et, bien qu'un lien de parenté puisse exister entre eux, on n'a pu en découvrir la preuve.

 

VUILLAUME (Claude). - Né à Mirecourt en 1772, époux d'Anne Leclerc, née en 1767 dans la même ville, est le chef connu de la famille.

Il était luthier et s'occupait surtout de la facture des violons à bon marché. Il marquait ses instruments de son nom seul, au fer rouge.

Il eut de son mariage cinq enfants Jean-Baptiste, né le 7 octobre 1798 ;

Nicolas, né le jour de l'Ascension, 1800 ; Nicolas-Francois, le 13 mai 1802 ; Élisabeth, née en mars 1805 ; Claude-Francois, né en mars 1807.

Les quatre fils embrassèrent la profession de leur père et commencèrent à travailler sous sa direction. Celui-ci avait adopté pour les produits sortis des mains de ses jeunes élèves une marque spéciale et de fantaisie

 

Au roi David,

Paris.

imprimée en gros caractères, au fer rouge, dans le fond.

Tous les violons portant cette marque du roi David sont donc l'œuvre de l'un des membres de la famille Vuillaume, encore apprenti luthier.

Nous voyons par ce qui précède que l'aîné de la famille était :

 

VUILLAUME (Jean-Baptiste). -Né le 7 octobre 1798 à Mirecourt : ce fut lui qui illustra le nom et qui restera la gloire de la lutherie française au XIXe siècle.

Il avait à peine atteint sa dix-neuvième année, lorsque Francis Chanot, qui venait d'obtenir un brevet pour l'exploitation commerciale du nouveau violon inventé par lui, l'engagea comme ouvrier pour travailler à cette fabrication. J.-B. Vuillaume arriva donc à Paris en 1818, resta deux années avec Francis Chanot, le quitta en 1821 pour entrer chez un fabricant d'orgues nommé Lété, qui tenait magasin de lutherie rue Pavée-Saint-Sauveur, sous la raison sociale : Lété-Simon aîné et Payonne ; il devint l'associé de cette maison, et, en 1825, s'établit rue Croix-des-Petits-Champs, sous la raison Lété et Vuillaume. En 1828, il se sépara définitivement de Lété et resta seul rue Croix-des-Petits-Champs, n° 46.

Dans l'intervalle, il avait épousé Mlle Adèle Guesnet, appartenant à une très honorable famille de Clermont (Oise) : femme d'une intelligence hors ligne, et qui, par son dévouement et ses bons conseils, contribua dans une large part aux succès de son mari. Après un séjour de près de trente-cinq ans rue Croixdes-Petits-Champs, il vint habiter en 1860 une propriété qu'il possédait aux Ternes, rue Demours, n° 3, et y transporta ses ateliers ; c'est là qu'il termina sa longue et laborieuse carrière.

Voilà, esquissées à grands traits, les principales phases de l'existence de J.-B. Vuillaume ; nous avons à entrer maintenant dans le détail de ses travaux.

Lorsqu'il entra chez Francis Chanot, il était déjà d'une habileté remarquable ; aussi ne trouva-t-il pas là un aliment suffisant à son besoin d'apprendre ; son association avec Lété, qui était un habile négociant luthier (Lété avait épousé la fille de Pique. Sa maison s'occupait de diverses branches d'affaires ; c'est ainsi qu'en 1824, outre son commerce de lutherie, il avait dans le même local une dépôt de broderies de Lorraine, etc.), ne lui servit qu’à poser les jalons de sa belle fortune, et le moment ne tarda pas à arriver où, quoique très jeune, il s'établit pour son compte. Ce fut dans l'atelier de la rue Croix-des-Petits-Champs, n° 46, qu'il commença à agir entièrement par lui même et à donner un essor vigoureux à ses affaires. Pour bien apprécier J.-B. Vuillaume comme luthier, nous devons donner quelques détails sur son caractère.

Élevé dans une famille d'ouvriers honnêtes et laborieux, il y avait puisé au plus haut degré l'amour de l'ordre et du travail. Vuillaume était un artiste véritable et en même temps un négociant habile ; mais ce qui l'a surtout aidé à réussir, ce fut son extrême simplicité de mœurs : Jeune ouvrier d'une conduite régulière, il devait se contenter de peu ; sur la fin de sa carrière, toujours sobre et laborieux, mais riche et pouvant se donner toutes les jouissances de la vie, il n'y songeait même pas ; et jusqu'au moment où la mort est venue arrêter cette pensée active et intelligente, elle n'a eu qu'un seul désir, qu'un seul but : le violon. Nous devons ajouter, pour terminer ce portrait rapide, que Jean-Baptiste Vuillaume était un honnête homme dans toute l'acception du mot.

Établi pour son compte à l'âge de vingt-neuf ans, poussé par la ferme volonté de parvenir, il devait en trouver les moyens. Il chercha d'abord à construire par lui-même des instruments neufs, auxquels il donnait tous les soins dont il était capable ; mais cela se vendait lentement et mal, le désir des amateurs n'était pas là !

L'enthousiasme pour la vieille lutherie italienne commençait à se produire ; amateurs et artistes n'avaient qu'un rêve : posséder un Stradivarius, un Amati ou un. Guarnerius. Vuillaume comprend, se met à l'œuvre ; et, après de nombreux essais et un travail obstiné, offre un beau jour pour la somme de trois cents francs un magnifique violon de Stradivari, signé d'u grand maître, et ayant une sonorité remarquable.

A peine vu et essayé, l'instrument est enlevé d'enthousiasme.

La voie était trouvée, et, depuis ce moment, il ne peut suffire aux demandes d'imitation qui lui arrivent de toutes les parties du monde. Ce fut l'origine de la grande fortune de J.-B. Vuillaume. Les violons se vendaient 300 francs et lés violoncelles 500 francs.

Nous avouons que, pour notre part, nous n'aimons pas ces imitations, dont on a tant abusé ; nous préférons de beaucoup une œuvre franchement neuve et originale. Mais il y avait nécessité absolue à agir de la sorte ; c'était le to be or not to be, il fallait vivre en faisant des 'imitations, ou mourir en construisant des instruments neufs ! Ainsi l'exigeait la fantaisie du moment.

L'habileté que déploya alors Vuillaume pour imiter les vieux instruments serait suffisante à elle seule pour faire passer son nom à la postérité.

Ce fut vers 1828 qu'il eut l'idée, après avoir vu une basse de viole de Duiffoprugcar, d'inventer ces fameux violons et violoncelles de formes naïves, à têtes sculptées, à incrustations sur les tables et les éclisses, avec devises : viva fui in sylvis, etc. Imitations qui elles-mêmes ont été imitées à Mirecourt, en Allemagne, etc. Ces instruments courent aujourd'hui le monde par centaines et font la joie bien innocente, mais un peu dispendieuse, de certains amateurs.

Le succès que rencontrèrent ces copies n'empêcha pas Vuillaume de continuer ses recherches en vue d'améliorer toutes les conditions de la facture. Son esprit actif et intelligent n'avait pas de repos ; les plus beaux instruments italiens qui lui passaient journellement par les mains (et leur nombre en était grand) lui avaient tous laissé leur secret ; mais parmi les grands auteurs de la belle époque, un seul était devenu son idole : A. Stradivari était pour lui le nec plus ultra de la perfection. Aussi l'a-t-il étudié et analysé jusque dans ses plus minces détails : qualité des bois, épaisseurs des tables, hauteur des voûtes, dimensions de tout genre, volutes, vernis, conditions acoustiques, rien ne lui a échappé ; tout a été tellement fouillé par lui, qu'il en est arrivé à connaître Stradivari, on oserait presque dire, mieux que le grand artiste ne se connaissait lui-même.

Ses recherches sur la qualité des bois à employer ont été incessantes. Il avait parcouru la Suisse, le Tyrol, l'Illyrie, achetant des érables et des sapins vieillis en grume, de vieux meubles, de vieux parquets : tout cela, transformé par lui en violons et violoncelles , lui avait fourni des résultats qui étaient la source de remarques utiles et intelligentes, et il avait fini par acquérir la preuve que le bois neuf, séché en plaque mince de 3 à 4 centimètres pendant une dizaine d'années, était préférable à tout autre.

Le vernis fut l'objet d'une étude constante de sa part. Depuis la disparition de la belle école italienne, il n'y a pas un seul luthier en Europe qui ait retrouvé le vernis de Stradivari, Guarnieri, etc. ; J.-B. Vuillaume seul est parvenu à en approcher de si près, qu'il en a saisi la finesse, la nuance et la légèreté solide. Tous les instruments sortis de ses mains, surtout depuis l'année 1859, ne laissent rien à désirer sous ce rapport.

Des travaux aussi suivis et aussi remarquables méritaient d'être récompensés. A peine établi, il remporte une médaille d'argent à l'Exposition de Paris en 1827. En 1834, même distinction.

En 1839, 1844, deux médailles d'or.

L'Angleterre inaugure en 1851 l'ère des Expositions internationales. J.- B. Vuillaume y remporte l'unique grande Council Medal, et le gouvernement français lui décerne la décoration de la Légion d'honneur.

En 1855, à l'Exposition universelle de Paris, la seule grande médaille d'honneur lui est décernée.

A partir de ce moment, il est mis hors concours.

Tous ces succès, dus uniquement à son mérite, lui suscitèrent bien des jalousies ; et, nous le disons avec tristesse, surtout en France, on fut souvent injuste à son égard.

Quant à nous, qui avons connu Vuillaume pendant de longues années, n'ayant avec lui d'autres rapports que ceux d'amateur à marchand, nous qui connaissons son œuvre aussi bien que pas un, nous avons conservé de lui, à tous les points de vue, l'estime la plus sincère.

En dehors de la construction des violons, altos et violoncelles, on doit à Vuillaume diverses inventions, qui attestent l'activité de ses recherches :

D'abord, ses travaux sur l'archet, dont nous parlerons longuement dans le chapitre suivant ;

L'octobasse, dont il existe un spécimen au musée du Conservatoire de Paris (no i 18 du catalogue). Il la fit paraître en 1851.

L'instrument s'accorde ainsi : ut, sol, ut, et donne quatre notes, au grave, de plus que la contre-basse ;

Le contralto, qui a paru en 1855 (musée du Conservatoire, n° 102 du catalogue) ;

Sa pédale-sourdine, qu'il produisit à l'Exposition universelle de Paris en 1867 ;

Et enfin ses études, qui l'avaient conduit à l'invention d'une machine au moyen de laquelle la corde à boyau se calibre d'une manière si parfaite, qu'elle offre une justesse supérieure à celle de la corde ordinaire (Deux années à peine avant sa mort, à l'âge de soixante-seize ans, il était allé à Naples organiser l'outillage nécessaire à cette fabrication, dont s'était chargée la maison Rufini, si renommée dans cette industrie.)

 

 

 

 

 

J.-B. Vuillaume était arrivé plein de vigueur et d'intelligence à un âge où bien des hommes ont songé depuis longtemps au repos. Vivant seul dans sa maison des Ternes, aidé de quelques ouvriers dont il dirigeait les travaux, il n'avait jamais 'été aussi actif : levé avec le jour, il montait dans un petit atelier dont lui seul avait la clef, et se mettait au travail, qui consistait surtout à retoucher, à vernir et à parfaire les instruments qu'il avait à livrer.

Il recevait les lundi et jeudi de chaque semaine ; et comme il avait généralement à la disposition des amateurs les pièces les plus remarquables, les visites ne manquaient pas. Doué d'une nature vive et aimable, son accueil était gracieux ; ses nombreux rapports avec le monde musical lui avaient laissé des souvenirs dont il tirait des anecdotes intéressantes.

Sa correspondance avec l'étranger était active ; il pourvoyait seul à ce travail difficile et pas une lettre ne restait sans réponse.

Le moment arrivait, cependant, où cette existence si sagement conduite allait subir la loi commune.

Le dimanche 14 mars 1875, nous assistions à une matinée musicale chez son gendre, M. Alard. Vuillaume était présent : nous causâmes longuement avec lui, jamais nous n'avions trouvé son esprit plus lucide. En nous quittant il nous dit : « A bientôt ! » Mais, hélas! nous l'avions vu pour la dernière fois. Le mercredi suivant, 17 mars, il fut frappé d'une violente attaque d'apoplexie : la famille, convoquée à la hâte, manda les médecins, qui furent impuissants à conjurer le mal ; et, après quelques alternatives pendant lesquelles il y eut un peu d'espoir, le pauvre malade déclina peu à peu, et le vendredi 19 mars 1875, à huit heures du soir, il expirait doucement entouré des siens.

J.-B. Vuillaume a laissé deux filles : Mme Alard, veuve de notre grand violoniste, et Mme veuve Mestayer.

Ainsi que nous l'avons dit en commencent cette note biographique, J.-B. Vuillaume était l'aîné de quatre frères :

Nicolas Vuillaume, né en 1800, qui eut un fils Antoine, mort à l'âge de vingt et un ans.

Nicolas Vuillaume habitait Mirecourt ; devenu veuf en i 83 21 il se décida à venir travailler chez son frère aîné à Paris, où il resta dix années.

En 1842, il retourna à Mirecourt et s'y établit pour son compte : il se livra à la fabrication de la lutherie commune. Il avait produit à l'Exposition universelle de Paris, en 1855, divers instruments, entre autres des violons à bon marché, qu'il marquait violons stentor et qui lui valurent une médaille de bronze. Il est mort il y a peu d'années.

2° Nicolas-Francois Vuillaume, né à Mirecourt, le 13 mai 1802. Il travailla chez son frère Jean-Baptiste à Paris jusqu'en 1828. A cette époque, il alla s'établir à Bruxelles. N.-F. Vuillaume fut un digne émule de son frère aîné ; il obtint une médaille d'argent aux Expositions de Bruxelles de 1835 et 1841. Aux Expositions internationales de Londres, Paris et Dublin, il remporta une médaille de première classe ; et enfin en 1873, ayant eu une médaille de première classe à l'Exposition internationale de Vienne (Autriche), le gouvernement belge couronna ces succès répétés en le nommant chevalier de l'ordre de Léopold.

3° Claude-François Vuillaume, né à Mirecourt en mars 1807.

Il apprit comme ses frères la lutherie chez son père ; mais il se livra ensuite à la fabrication des orgues d'église.

Il eut plusieurs fils, dont un seul a survécu

Sébastien Vuillaume, neveu de Jean-Baptiste.

Mort à Paris, le 17 novembre 1875-

Il avait fondé une maison de lutherie, boulevard Bonne-Nouvelle, n° 17, dont M. Audinot prit la suite.

Sébastien Vuillaume ne manquait pas de talent ; il avait obtenu une médaille de bronze à l'Exposition de Paris, en 1867, et une médaille d'argent à l'Exposition du Havre, en 1868.

Avec lui s'est éteint le nom de cette famille remarquable entre toutes dans l'art du luthier.

 

WOLTERS (J.-N.) - Travaillait à Paris vers le milieu du XVIIIe siècle.

J.-N. Wolters fecit Lutetiae

Parisiorum, au faubourg Saint-Antoine,

Paris, 1749.

 

 

Petite étiquette oblongue très soignée, manuscrite en écriture très nette, cursive demi-anglaise, entourée d'une vignette étroite calligraphiée avec beaucoup de soin.

Relevée dans une petite viole d'amour à six cordes et six cordes sympathiques.

Instrument à vernis jaune, très joliment fait, double filet. Éclisse et table incrustées d'une double bande en bois de rose. La tête en volute ornée d'une petite sculpture. Douze chevilles.

 

ESPAGNE

 

CONTRERAS (Joseph). De Grenade, 1745 à 1775.

Connu sous le nom de Granadino.

Un beau violon de ce luthier, appartenant au prince de Caraman-Chimay, a figuré à l'Exposition internationale de Paris en 1878.

Joli patron, belle lutherie ; voûtes un peu bombées. Les ff, se rapprochant de Joseph Guarnerius, sont bien dessinées ; un peu grêles dans le haut, elles s'ouvrent largement jusqu'au bas. Le vernis de couleur rose foncé ambré est en partie enlevé ; celui qui reste est léger, peu épais, très brillant et cristallin, ce qui l'a rendu cassant et friable.

La volute bien découpée est un peu lourde :

 

Matxiti per Granadensem

Josephum Contreras,

anno 1760.

 

Etiquette imprimée, oblongue, entourée d'une vignette.

 

CONTRERAS. - Fils du précédent. Libellé d'une de ses étiquettes :

 

Matriti per filium Grana -

densis Joseph, de Contreras,

anno 1793.

N° 16.

 

Imprimé en anglaise, avec une vignette au bâton enrubanné.

 

BENEDICT (José). - A Cadix.

Compuesto en Cadix p.

Jose., Benedict

ano del 1738.

Imprimé, entouré d'un filet.

ORTEGA (Silverio). - A. Madrid.

 

Compuesto per silverio Ortega

F. N. Madrid,

ano 1792.

 

Oblong, imprimé, entouré d'une vignette filetée.

 

PORTUGAL

 

GALRAM (Joachim Joseph).- Travaillait à Lisbonne pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle:

 

Joachim Josef Galram

fecit Olesiponae 1769.

 

Étiquette imprimée, gravée sur acier, écriture large, cursive, relevée dans quatre instruments, violons et altos, faisant partie de la collection particulière de S. M. dom Louis, roi de Portugal.

Lutherie bien faite, vernis jaune.

S.   M. le roi de Portugal, amateur éclairé, violoncelliste distingué, possède dans sa collection là magnifique basse d'Ant. Stradivari ayant appartenu à notre regretté professeur de violoncelle au Conservatoire de Paris, P.-A.-F. Chevillard.

 

 

L'ARCHET

 

CHAPITRE VI

 

L'archet. - La fabrication de l'archet en France vers la fin du XVIIIe siècle par les Tourte. - François Tourte. - Lupot. - Eury. - Lafleur. - Persoit. - Peccate. - J.-B. Vuillaume. - Ses études sur l'archet de François Tourte. - Ses archets en métal. - A hausse fixe. - John Dodd en Angleterre.

Dernières considérations sur l'état de la lutherie en France de nos jours.

 

L'instrument et l'archet forment un tout qui ne peut être séparé. Après avoir parlé du premier, il me faut maintenant parler du second et essayer d'indiquer en quelques mots par quelles phases a passé cette petite baguette merveilleuse, avant d'en arriver à la perfection où elle est aujourd'hui.

Dans l'histoire de l'art instrumental, la facture de l'archet progresse parallèlement à celle de l'instrument lui-même.

Il nous est facile, en effet, de deviner ce qu'était l'habileté des joueurs de crouth, de rubèbes et de violes du moyen âge, en voyant cet arc court, fortement tendu par un lien fixe à ses deux extrémités. Il ne pouvait en résulter qu'un raclement, et pas autre chose. Cependant nos braves confrères de l'ancien temps avaient aussi leur talent et faisaient la distinction de celui qui savait bien ou mal trère larçon :

. . . . . . . . . . . . .

Quar certes, je ne troveroie

Qui tel present me vousist fere

Tant s'eusse bien d'arçon trere,

 

dit, en l'an 1200, le menestrel (Le dit de la maaille. Pièce de vers dans un manuscrit du XIIIe siècle. Bibl. nat., fonds français n° 837, f° 175 verso, à la fin de la seconde colonne.

La maaille était une petite monnaie de cuivre valant la moitié d'un denier.)

Depuis ces temps légendaires jusqu'au XVIe siècle, nous voyons peu de changements dans la forme de l'archet ; cependant, tout en conservant sa ressemblance avec un arc fortement tendu, il s'est allongé, a pris une forme plus maniable, et l'on comprend aisément que l'habileté de l'instrumentiste en ait profité.

Ce n'est que lorsque Corelli formula les principes qui devaient fonder la première école de violon, que les modifications dans l'ensemble de l'archet devinrent sensibles et qu'il acquit une apparence toute nouvelle.

Déjà, pendant le XVIIe siècle, la nécessité s'était fait sentir de donner à la baguette une variété de tension que l'exécutant pût modifier suivant ses besoins; on avait inventé, pour atteindre ce but, une crémaillère adaptée à la hausse, et qui, moyennant une bride en fil de fer, servait à tendre ou à détendre les crins.

Vers le commencement du XVIIIe siècle, le bouton et la vis se substituent à ce moyen grossier. la hausse prend une forme moins lourde, la baguette devient droite, mais on n'a pas encore songé à en régler la flexibilité. La tête est encore démesurément lourde et se relevant à son extrémité.

Un peu plus tard, vers 1725, Tartini commence à comprendre les ressources de l'archet, lui assigne un rôle vraiment sérieux et fait opérer de nouveaux changements. Des bois plus légers sont employés ; il allonge sensiblement la baguette et exige une rectitude parfaite. La tête se raccourcit.

Vers la fin du XVIIIe siècle, l'étude du violon devenant générale en Europe, les améliorations s'accentuèrent. C'est à une famille d'ouvriers français que revient la gloire d'avoir atteint la perfection.

Le nom de Tourte est pour l'archet ce que celui de Stradivari est pour l'instrument.

Le père des Tourte, établi à Paris vers 1740, était un habile fabricant d'archets ; ce fut lui qui commença la réforme définitive ; le fils aîné, connu sous le nom de Tourte l'aîné, travailla avec son père. C'est à partir de cette époque que la baguette devint régulièrement flexible et reçut cette cambrure qui lui donne l'élasticité indispensable ; la tête prit une forme légère et élégante- le crin, fixé avec soin, présenta une lame plate, attaquant la corde également, et avec plus de force.

Mais ces améliorations successives, dues à Tourte le père et à son fils aîné, devaient être dépassées par Francois Tourte, le second des fils, né à Paris, en 1747.

D'abord destiné à l'état d'horloger, il avait fait un assez long apprentissage et suivi cette carrière pendant plusieurs années; mais, n'y trouvant pas les ressources qu'il en avait espérées, il résolut de se livrer comme son père et son frère à la fabrication des archets et se mit résolument au travail. Doué d'un esprit patient et observateur, il apporta dans ses nouvelles études cette persévérance lente et minutieuse dont il avait acquis l'habitude dans les travaux d'horlogerie. Ses premiers essais furent laborieux : il s'agissait d'abord d'être fixé sur la qualité du bois à employer ; après de nombreuses tentatives, il reconnut que le bois de Fernambouc était le meilleur, et, depuis lui, on n'en a plus employé d'autre.

Il fallait ensuite résoudre le problème de la courbe nécessaire pour fournir l'élasticité exigée par l'école moderne. Ces nouveaux essais se firent avec des segments de douves de tonnes à sucre, bois sans valeur, avec lequel il pouvait se livrer sans dépenses à des épreuves qui n'étaient pas toujours heureuses (Tout le sucre venait alors d'outre-mer ; il était expédié dans de grandes tonnes faites de bois dur qui présentait de bonnes qualités pour la fabrication des archets. Le père Tourte et son fils aîné l'employaient souvent.). Ce fut vers 1785 à 1790 que les résultats de ces constants efforts se formulèrent définitivement ; et à partir de cette époque ses archets ne cessèrent pas d'avoir la vogue qui n'a été qu'en croissant jusqu'à ce jour. (Le musée instrumental du Conservatoire de Paris possède plusieurs archets des Tourte. (N° 39 et 40 du catalogue : archets de violon de Tourte aîné. N° 42 : archet de violon de François Tourte)

Tourte fut puissamment aidé dans ses recherches par les grands violonistes du temps ; Viotti, entre autres, lui a donné d'excellents avis qui ont larGement contribué aux progrès réalisés. Jusqu'alors les crins, à leur point d'attache dans la tête et sur la hausse, n'étant pas suffisamment maintenus dans une position plane, s'enroulaient souvent ensemble. Tourte y remédia en inventant la virole en métal adaptée à la hausse, et qui fixe les crins de façon qu'ils présentent toujours une lame plate posant également sur la corde ; et il couvrit d'une feuille de nacre la partie du crin qui repose sur la hausse.

Ainsi modifié, l'archet fut appelé à recouvrement. Tourte faisait payer ses archets ordinaires, sans ornement, 36 francs, et ceux dont la hausse était en écaille, la tête plaquée en nacre, les garnitures de la hausse et du bouton en or, 12 louis de 24 livres.

Il ne marquait jamais ses archets ; il en existe cependant un petit nombre (deux, je crois,) qui portent, collée dans la coulisse, une étiquette minuscule, imprimée sur papier, en caractères anglais, gravés sur acier, avec ces mots : Cet archet a été fait par Tourte en 1824, âgé de soixante-dix-sept ans.

Le marquis de Saint-Hilaire en possède un de ce genre dans sa collection.

François Tourte n'a pas eu son égal en Europe (« So ist auch die Form der Bogen, deren diesse Meister (rode u. Spohr) sich bedienen (der sogennante pariser Bogen), die beste. » (Allgemeine musikalische Zeitong B., 260, Leipzig, 1816.) « Les meilleurs archets et les plus recherchés sont ceux de Tourte, à Paris. » (Spohr, Méthode de violon, P. 7.) et aujourd'hui ses archets, devenus de plus en plus rares, se payent des prix très élevés. Mais pour les archets comme pour les instruments, il faut être prudent et bien s'y connaître ; car on a autant abusé de son nom que de celui des grands luthiers italiens, et nous voyons quelquefois payer très cher des archets dits de Tourte, qui ne sont jamais sortis de ses mains.

Nous devons ajouter que rien n'est plus difficile que de reconnaître le vrai du faux. Les faiseurs d'archets de l'époque, Eury, Lafleur, Lupot, et plus tard Peccate, étaient habiles ; ils avaient pris Tourte pour modèle, et ils ont quelquefois réussi à reproduire si bien tous les détails de sa main-d’œuvre, qu'aujourd’hui, le temps ayant donné au bois cette teinte de vieillesse inimitable, l'erreur est souvent possible. Les seuls indices certains se rencontrent dans la perfection des contours, ce qu'on appelle en terme de métier le filage de la baguette, dans la cambrure et dans l'extrême habileté de main qui a donné à la tête ce cachet si difficile à imiter, même par les meilleurs ouvriers. Il faut être absolument du métier pour ne pas s'y méprendre.

Un bel archet de violon de Tourte, sans ornement, se paye facilement de 200 à 500 francs ; ceux pour le violoncelle atteignent des prix beaucoup plus élevés : à la vente après décès d'un collectionneur bien connu, M. Bonjour, qui eut lieu à Paris, le 5 février 1887 à l'Hôtel des ventes, rue Drouot, un archet de violoncelle de François Tourte (le n, 11) fut adjugé à un luthier de Londres, M. Hill, pour la somme relativement énorme de 1 100 francs.

 

Par contre, le plus bel archet ancien, imitant Tourte, quelque excellent qu'il soit, ne vaut pas plus de 40 à 150 francs ; il n'est donc pas sans intérêt pour l'amateur de se tenir en garde contre les déceptions.

François Tourte est mort à Paris en avril 1835, âgé de quatre-vingt-huit ans. Il n'avait cessé de travailler qu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans ; sa vie calme et laborieuse s'était écoulée entre deux passions : l'archet et la pêche. A peine sa journée de travail finie, il descendait de son quatrième étage, situé quai de l'École, n° 10, et se livrait à son innocent plaisir.

Voici, d'après leur ordre alphabétique, le nom des faiseurs d'archets qui se sont le plus distingués après François Tourte

 

ADAM (Jean-Dominique). - Né à Mirecourt le 9 nivôse an IV (30 décembre 1795), fils de Jean Adam, fabricant d'archets.

Il fit son apprentissage chez son père ; à la mort de ce dernier, il continua la fabrication des archets dans sa ville natale.

Il est mort à Mirecourt vers 1864.

Jean-Dominique Adam a fait pour le commerce beaucoup d'archets qui ne portent pas son nom, mais ceux qu'il se réservait pour les vendre lui-même sont marqués près de la hausse :

 

Adam.

 

Les archets d'Adam sont en général assez communs ; on en rencontre cependant, surtout parmi ceux à pans coupés, qui méritent une attention spéciale.

 

BAROUX. - Bon ouvrier, qui demeurait en 1830 rue du Petit-Carreau, n° 57.

 

EURY. - Ses ateliers étaient situés, en 1820, à Paris, rue des Lyonnais-Saint-Jacques, n° 20. Habile ouvrier qui a fait des archets remarquables, dont certains peuvent rivaliser avec ceux de François Tourte. Il marquait souvent ses archets de son nom au-dessous de la garniture, près de la hausse.

 

FONCLAUSE (Joseph), dit le Mayeux. - Né à la Conté en 1800, fit son apprentissage à Mirecourt, chez Pajeot. Il vint à Paris vers 1825 et entra chez J.-B. Vuillaume, dont il devint l'un des plus habiles ouvriers dans la spécialité des archets. Plus tard il s'établit pour son compte et eut son atelier successivement rue Pagevin et à Montmartre, où il est mort en 1865.

Fonclause est un de nos bons fabricants d'archets, il marquait généralement ses produits de son nom.

 

HENRY. -Né à Mirecourt vers 1812, vint à Paris en 1837, travailla d'abord chez Chanot, puis chez Peccate ; il fut associé avec Simon, de 1848 à 1851, puis s'établit seul rue des Vieux-Augustins, n° 8, et ensuite rue Pagevin, où il est mort en 1870.

Les archets de Henry sont estimés ; il marquait Henry, Paris, près de la hausse, sur la baguette.

Il n'avait aucun lien de parenté avec les Henri, luthiers, rue Saint-Martin, dont nous avons donné la généalogie dans le chapitre précédent.

 

LAFLEUR (Jacques). - Né à Nancy en 1760, mort à Paris du choléra en 1832, avait ses ateliers rue de la Juiverie, n° 30.

Ses archets ont une réputation méritée ; on en rencontre qui valent des François Tourte.

Le musée du Conservatoire de Paris en possédé un (n° 49 du catalogue).

 

LAFLEUR (Joseph-René). - Fils du précédent, né à Paris le 8 juillet 1812, mort à Maisons-Laffitte, le 19 février 1874. Élève de son père, a fait de bons archets. Il en existe un très beau au musée du Conservatoire de Paris (n° 44 du catalogue).

 

LAMY (Alfred-Joseph). -Né à Mirecourt le 8 septembre 1850.

Dès l'âge de treize ans, il commença son apprentissage de faiseur d'archets dans sa ville natale.

De 1866 à 1877 il travailla chez MM. Gautrot à Château-Thierry, et en 1877 il fut engagé à Paris chez F.-N. Voirin, où il resta jusqu'en 1885, époque de la mort de ce dernier. Il s'établit alors pour son propre compte, rue Poissonnière, 34, où il habite aujourd'hui.

M.  Lamy est le digne émule de son ancien maître et patron : même soin dans le travail, même habileté.

L'archet parisien a trouvé encore un maître dans ce travailleur infatigable et consciencieux, et, grâce à lui, de nouveaux succès sont réservés à la petite baguette merveilleuse.

M.  Lamy marque ses archets au fer chaud au-dessous et à droite de la hausse :

A. Lamy, à Paris.

 

LUPOT (François). - Né à Orléans en 1774, mort à Paris le 4 février 1837 - frère de Nicolas Lupot, le grand luthier. Il se livra exclusivement à la facture des archets. Ses ateliers, situés rue d'Angivilliers, n° 18, y restèrent de 1815 à 1837, époque de sa mort. Dominique Peccate prit alors la suite de ses affaires.

François Lupot a fait de beaux archets, qui ont conservé une certaine vogue.

Ce fut lui, qui, le premier, a ajouté à la hausse ce qu'on appelle la coulisse, doublure en métal qui garnit la hausse dans la rainure fixée sur la baguette. Cette heureuse innovation a prévalu depuis.

 

MAIRE (Nicolas). - Natif de Mirecourt, fabricant d'archets qui fit son apprentissage chez le vieux Lafleur. Il travaillait encore en 1876 et habitait Montmartre.

 

PECCATE (Dominique). - Né à Mirecourt le 15 juillet 1810 ; son père était barbier et le destinait à lui succéder. Le jeune Dominique commença donc à tenir le rasoir ; mais il ne fut pas longtemps à sentir naître en lui une autre vocation, et il se décida bientôt à se livrer à la lutherie. Ses essais furent heureux : en 1826, J.-B. Vuillaume de Paris ayant demandé à son frère François, alors établi à Mirecourt, de lui envoyer un apprenti intelligent et habile, ce dernier choisit Dominique Peccate et l'envoya à son frère, qui mit sans tarder le jeune homme au travail.

Dominique Peccate profita bientôt de l'habile direction de son maître et devint en peu de temps le plus habile faiseur d'archets de l'époque.

Il marquait quelquefois ses produits de son nom, mais le plus souvent il les livrait au commerce sans sa marque.

En 1837, Francois Lupot étant mort, D. Peccate quitta J.-B. Vuillaume, pour qui il avait constamment travaillé depuis 1826, et prit la suite de la maison Lupot, rue d'Angivilliers, n° 18.

En 1847, il quitta Paris, pour revenir à Mirecourt, où il continua à travailler pour les amateurs et les artistes.

Dominique Peccate est mort à Mirecourt, le 13 janvier 1874, dans sa soixante-quatrième année.

Il avait un frère qui travailla aussi chez J.-B.-Vuillaume, et fut connu sous le nom de Peccate jeune. Les produits de ce dernier sont inférieurs à ceux de son frère aîné. Il est mort à Paris vers 1856.

 

PERSOIT. - Ouvrier habile, établi à son compte, et qui a surtout travaillé pour J.-B. Vuillaume, de 1823 à 1841. Lorsqu'il vendait ses archets lui-même, il les marquait des initiales P. R. S.

Persoit n'avait pas réussi à faire fortune, car il est mort concierge d'une maison de la rue Saint-Honoré.

 

SCHWARTZ (Georges-Frédéric). - Né à Strasbourg le 7 avril 1785, mort dans cette ville le 29 décembre 1849.

Après avoir fait son apprentissage chez son père Bernard Schwartz, luthier à Strasbourg, il se livra exclusivement à la fabrication des archets, dans laquelle il acquit une réputation méritée.

Il marquait ses archets près de la hausse

 

Schwartz, Strasbourg.

 

Voir le nom Schwartz dans la nomenclature des luthiers français.

 

SIMON. - à Mirecourt en 1808, vint à Paris en 1838 ; travailla pendant quelques mois chez D. Peccate, et ensuite chez J.-B. Vuillaume jusqu'en 1845, époque à laquelle il s'établit pour son compte. Dominique Peccate s'étant retiré en 1847, Simon lui succéda rue d'Angivilliers, s'associa avec Henry de 1848 à 1851, et depuis lors travailla seul.

 

SIRJEAN. - Avait ses ateliers, en 1818, rue de l'École, n°31.

 

TOURTE. - Voir à la troisième page du présent chapitre.

 

VOIRIN (François-Nicolas). - Né à Mirecourt, le 1er octobre 1833.

Après avoir fait son apprentissage à Mirecourt, il entra chez J.-B. Vuillaume à Paris, en 1855, où il resta pendant quinze années consécutives, et obtint une mention honorable à l'Exposition universelle de Paris en 1867, comme collaborateur.

Il se sépara de J.-B. Vuillaume en 1870 pour s'établir rue du Bouloi, n° 3, où il a travaillé jusqu'à sa mort arrivée le 4 juin 1885 d'une façon tragique.

Il avait quitté son atelier à cinq heures trois quarts de l'après-midi, se rendant chez un amateur pour lui porter un archet ; en passant faubourg Montmartre, il fut frappé d'une attaque d'apoplexie, devant le n° 17 de cette rue.

Relevé mourant, on ne trouvait sur lui aucun papier constatant son identité ; il allait être transporté dans un hôpital, lorsque l'archet qu'il avait à la main, recouvert d'un étui en papier portant son nom et son adresse, le fit reconnaître. Il fut transporté chez lui où il mourut le soir même à neuf heures et demie, sans avoir repris connaissance.

F.-N. Voirin mérite une mention toute spéciale dans la fabrication de l'archet en France. Je ne crois pas trop m'avancer en affirmant que, depuis François Tourte, personne, pas même Peccate, n'a réussi comme lui dans ce genre. Il y a, dans son travail, une pureté, une élégance et un fini qu'il est impossible de surpasser. Il avait remporté une médaille d'argent à l'Exposition universelle de Paris en 1878, seule récompense accordée à la fabrication de l'archet.

Lorsqu'il est mort en 1885, il laissait une superbe vitrine pleine d'archets, et destinée à l'Exposition d'Anvers. Cette vitrine remporta une médaille d'or.

Hommage un peu tardif rendu à une vie de travail, d'honnêteté et de dévouement à son art.

Voirin marquait tout ses archets au fer rouge au-dessous de la hausse :

 

F. N. Voirin, à Paris.

 

     Sur ceux ayant figuré à l'Exposition de 1878, il a ajouté comme pendant :

 

Exposition 1878.

 

Mme Voirin, depuis la mort de son mari, vend des archets portant la marque qu'il employait de son vivant.

            J.-B. Vuillaume : l'un des luthiers parisiens qui ont eu le plus d'influence sur la bonne fabrication des archets en France depuis 1820, et qui a apporté dans cette branche importante l'esprit d'observation et de suite dont il a donné tant de preuves dans la construction des instruments. On peut dire que lui, surtout, a encouragé par ses soins incessants et ses excellents conseils l'habileté naissante des ouvriers qui se sont fait une réputation dans ce genre. Après avoir constaté que la perfection se rencontrait dans les archets de François Tourte, Vuillaume a voulu pénétrer le secret de ces résultats toujours les mêmes, et qui sont une preuve bien évidente d'une règle identique rigoureusement suivie ; car si le hasard peut aider quelquefois dans la réussite d'une œuvre unique, il est impossible d'admettre son influence constante dans la production de chefs-d’œuvre sortant tous de la même main, et tous, sans exception, présentant les caractères d'une supériorité incontestable.

Il est prouvé que Tourte n'employait aucun moyen mécanique pour calibrer les diamètres proportionnels de ses archets ; mais il avait acquis une telle sûreté de coup d'œil et une habileté d'exécution si parfaite, qu'en mesurant exactement les contours de ses archets depuis le bas de la baguette jusqu'à la tête, on retrouve la même progression mathématique.

Après avoir scié les bûches de bois de Fernambouc à droit fil, Tourte obtenait la cambrure voulue à l'aide du feu, et il procédait au calibrage de la baguette, opération qui résume en elle toutes les difficultés, car les trois conditions essentielles, légèreté, élasticité, vigueur, en dépendent exclusivement.

Vuillaume, après de nombreuses observations, arriva à constater que les proportions cylindriques existant dans les baguettes de Tourte sont toujours les mêmes ; et, à l'aide d'un procédé graphique ingénieux, il est parvenu à en formuler mathématiquement les règles. Fétis, dans sa brochure sur A. Stradivari, publiée à Paris en 1856, d'après les documents qui lui furent fournis par J.-B. Vuillaume, a décrit très clairement ce système. (Cette brochure, publiée aux frais de J.-B. Vuillaume, était sa propriété. Il m'avait autorisé à y puiser les renseignements que je donne.).

« La longueur moyenne de l'archet de violon, de la base à la tête exclusivement, est de 0m,700.

« L'archet comporte une partie cylindrique ou prismatique de dimensions constantes, dont la longueur est de 0m,110. Quand cette portion est cylindrique, son diamètre est de 0,008 6/10.

« A partir de cette portion cylindrique ou prismatique, le diamètre de l'archet décroît jusqu'à la tête, où il est réduit à 0m,005 3/10 ou 33/10, de millimètre ; d'où se tire cette conséquence, que la baguette comporte dix points où son diamètre est nécessairement réduit de 3/10 de millimètre à partir de la portion cylindrique.

« Après avoir constaté sur un grand nombre d'archets de Tourte que ces dix points se trouvent toujours à des distances décroissantes, non seulement sur la même baguette, mais que ces distances sont sensiblement les mêmes, et pour les mêmes points, sur divers archets comparés, M. Vuillaume a recherché si les positions de ces dix points ne pourraient pas être obtenue par un procédé graphique qui permît de les retrouver avec certitude ; et, conséquemment, de construire des archets dont les bonnes conditions seraient toujours fixées à priori. Il y est parvenu de la manière suivante : à l'extrémité d'une ligne droite A B ayant 0m,700, c'est à-dire la longueur de l'archet, on élève une perpendiculaire A C ayant la longueur de la portion cylindrique, à savoir 0m,110.

« A l'extrémité B de la même ligne, on élève une autre perpendiculaire BD dont la longueur est de 0m,022 ; et l'on réunit par une ligne droite C D les extrémités supérieures de ces deux perpendiculaires ou ordonnées, en sorte que les deux lignes A B et C D forment entre elles un certain angle.

« Prenant avec un compas la longueur, de 0m,110, de l'ordonnée A C, on porte sur A B cette longueur, à l'extrémité de laquelle on élève, jusqu'à la rencontre de la ligne C D, une nouvelle ordonnée E F, moins grande conséquemment que A C. C'est entre ces deux ordonnées A C et C F que se trouve la portion cylindrique de l'archet, dont le diamètre est, comme on l'a vu précédemment, de 0m,008 6/10.

« Prenant alors la longueur de l'ordonnée E F, on la porte sur la ligne A B, à partir du point F, et l'on a un point G, sur lequel on élève une troisième ordonnée G H, dont on prend aussi la longueur pour la reporter du point G sur la ligne AB, et y déterminer un nouveau point I, sur lequel on élève la quatrième ordonnée I J, dont la longueur, également reportée sur la ligne AB, détermine le point où s'élève la cinquième K L. Celle-ci déterminera, dans les mêmes conditions, la sixième MN, et ainsi des autres, jusqu'à l'avant-dernière.

« Les points G, I, K, M, O, Q, S, V, W, Y, ainsi obtenus à partir du point E, sont ceux où le diamètre de l'archet est successivement réduit de 3/10 de millimètre.

« Or ces points ont été déterminés par les longueurs successivement décroissantes des ordonnées élevées sur les mêmes points ; et leurs distances respectives sont progressivement décroissantes depuis le point E jusqu'au point B.

« Si l'on soumet ces données au calculs on trouvera que le profil de l'archet est représenté par une courbe logarithmique, dont les cordonnées croissent en progression arithmétique, tandis que les abscisses croissent en progression géométrique, et qu'enfin la courbure du profil sera exprimée par l’équation : y = 3,11 + 2 ,57 log. x,

et faisant varier x depuis 175 jusqu'à 765 dixièmes de millimètre, le valeurs correspondantes à y seront celles des rayons.

« Ainsi se trouve formulée la théorie rigoureuse de l'archet de violon. Par un procédé graphique analogue, on déterminera sans peine les proportions décroissantes de l'archet de l'alto et de celui du violoncelle. » J.-B. Vuillaume, dans ses travaux sur l'archet, ne s'est pas borné à l'étude de Tourte ; chercheur infatigable, il lui est dû, dans ce genre, de véritables inventions, qui, toutes, ont fait sensation quand elles se s ont produites : l'une des plus importantes fut celle des archets en métal qu'il commença à fabriquer en 1834. Pendant plus de dix années, cinq cents de ces archets environ sortirent annuellement de ses ateliers et eurent parmi les artistes et les amateurs un succès qui ne cessa que le jour où l'ouvrier qu'il avait formé et qui travaillait sous sa direction vint à lui manquer. La difficulté de se procurer de bons bois de Fernambouc avait suggéré à Vuillaume cette idée nouvelle. Les essais furent nombreux avant d'obtenir la perfection voulue : il fallait arriver à donner à un tube creux en acier la cambrure, l'élasticité et en même temps la vigueur nécessaires. A force de patience et d'études, ces résultats furent obtenus, et on vit des artistes tels que de Bériot, Artot et autres se servir des archets en métal, qui se vendaient vingt-cinq francs comme ceux en bois. (Le musée instrumental du Conservatoire de Paris possède un archet en métal de J.-B. Vuillaume. N° 46 du catalogue.)

A côté de cette invention, on peut placer celle des archets à hausse fixe. Voici l'exposé de ce système nouveau fait par Vuillaume lui-même :

« Les archets des instruments à cordes, tels qu'on les a construits jusqu'aujourd'hui, présentent deux graves inconvénients reconnus tels par tous les artistes : le premier provient de la difficulté qu'on éprouve à disposer les crins de manière qu'ils forment une espèce de ruban parfaitement plan dans toute sa longueur ; on sait qu'en effet il est assez rare de rencontrer des archets dont les crins soient convenablement disposés ; le second inconvénient consiste en ce que la hausse à laquelle se trouve fixée l'une des extrémités de la mèche de crins changeant continuellement de position, la longueur des crins est nécessairement variable ; par conséquent, l'artiste, qui doit toujours tenir le pouce près de la hausse (« Placez le pouce contre la hausse de manière qu'il la touche un peu à son extrémité inférieure, saris toutefois le faire entrer dans l'échancrure. » (Baillot, L’Art du violon, p. 12.)), le place à des distances différentes de la tête même de l'archet, ce qui fait varier la longueur et par suite le poids de cette partie de la baguette, et suffit pour altérer l'extrême sensibilité de tact qui se transmet en quelque sorte de la main de l'artiste à l'extrémité de l'archet.

« Pour remédier à ces deux inconvénients, il fallait, d'une part, trouver un moyen moins vicieux de fixer les crins ; de l'autre, il fallait faire en sorte que la hausse pût être rendue immobile. Je pense avoir atteint ce double résultat.

« La hausse, qui, est en ébène comme à l'ordinaire, est évidée à l'intérieur et invariablement fixée à la baguette ; la mèche s'attache à une espèce de hausse intérieure qui est en cuivre et qui est mise en mouvement, comme dans l'archet ordinaire, au moyen d'une vis de rappel fixée au bouton.

« Comme on le voit, la hausse intérieure peut s'avancer et se reculer de toute la quantité convenable, sans que la portion de crins comprise entre la tête et la hausse extérieure éprouve la moindre variation. Les mèches sont formées de crins disposés avec soin parallèlement les uns à côté des autres, uniformément tendus et fixés solidement à chacune de leurs extrémités dans une sorte de pince cylindrique.

« La hausse intérieure et la tête de l'archet sont, percées de part en part pour recevoir ces petites pinces de manière que l'artiste lui-même peut placer la mèche de son archet avec la plus grande facilité, et par conséquent la renouveler quand il le désire. »

Ces archets à hausse fixe pour violon, alto ou violoncelle se vendaient vingt-cinq francs, comme ceux en bois de Fernambouc, ou en acier.

Le seul contemporain de François Tourte, étranger à la France, qui ait acquis en Europe une réputation méritée comme faiseur d'archets est le fameux John Dodd, qui est appelé en Angleterre le Tourte anglais. Ses archets sont, en effet, très remarquables par le magnifique choix du bois et leur belle facturé, mais ils ont souvent un défaut : ils sont trop courts (« The best bows of this maker are highly esteemed, and partake of all the excellencies of those of Tourte. Some of them, however, are rather short which is perhaps their only defect. » (Pearce, Violins and violin makers, London, 1866.))

Je dois à l'obligeance de M. le docteur Sellé, de Richmond, qui a connu J. Dodd pendant quarante ans, quelques notes biographiques sur le maître, qu'on me saura gré de traduire ici fidèlement . « J'ai d'abord connu John Dodd à Kew, lorsque j'avais douze ans. A cette époque, il me fit un archet de violon remarquable par sa longueur et son élégance. Il était patronné par un éminent professeur de cette ville, M. Richard Platt : ce gentleman et moi avons beaucoup contribué à le soutenir, non seulement en lui achetant ses archets, mais encore en lui venant en aide, lorsqu'il manquait des communes nécessités de la vie.

« Nous le visitâmes à la workhouse de Richmond, où il mourut le 4 octobre 1839 d'une bronchite, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.

Il fut inhumé à Kew (non à Richmond, comme il est dit dans l'ouvrage de Forster).

« De sa personne, il était très petit, et se dandinait plutôt qu'il ne marchait. Il était négligé dans sa mise, portait un vieil habit râpé des plus misérables, des culottes courtes et un chapeau à larges bords. Ses habitudes étaient très régulières, dans le genre le plus irrégulier, jusqu'à visiter quatre fois par jour les voitures et chevaux publics. Un mélange de gin et de bière, appelé pearl, était son breuvage favori.

« Il ne consentit jamais à recevoir d'apprenti, déclarant qu'il ne voulait initier personne à sa manière de tailler les archets, et on tient de bonne source qu'il refusa 1 000 £ (25 000 francs), qui lui furent offertes pour donner son secret.

« A son lit de mort, on lui demanda de quelle religion il était : catholique ou protestant ? Il répondit Un peu des deux (a little bit of both) ».

 

La tâche que je m'étais imposée est à sa fin.

 

Je terminerai, pour conclure, par quelques considérations générales sur l'état actuel de la lutherie en France.

Les succès constants remportés par nos luthiers dans les expositions internationales inaugurées en 1851 par l'Angleterre, sont une preuve irrécusable que la France est le pays où la lutherie a fait le plus de progrès depuis le commencement de ce siècle.

Aucune contrée n'offre, en effet, un ensemble aussi remarquable ! Lupot, Gand et J.-B. Vuillaume suffiraient à eux seuls pour le prouver.

Ces succès sont certainement flatteurs, mais il nous faut redoubler d'énergie si nous voulons conserver le premier rang, car nous avons chez les nations, voisines des concurrents redoutables.

L'Allemagne surtout nous suit de près ; l'habileté de ses ouvriers est incontestablement très grande.

Il y a dans la main-d’œuvre allemande une preuve d'aptitudes remarquables ; un peu plus de finesse et d'élégance, et nous serions bientôt égalés.

Travaillons avec ardeur !

L'usage de la lutherie ancienne se restreindra de plus en plus dans un cercle limité.

Les bourses capables d'affronter les prix énormes atteints aujourd'hui par les vieux instruments italiens sont rares, l'avenir est forcément réservé à la lutherie moderne, que les amateurs et les gouvernants doivent encourager par tous les moyens possibles :

            Des concours annuels ;

Des récompenses décernées avec intelligence et impartialité.

Je causais dernièrement sur ce sujet avec un de nos excellents luthiers français, ouvrier de premier ordre et qui taille le bois depuis vingt ans.

« Nos concours nationaux et internationaux sont insuffisants pour la lutherie, me disait-il. Que les jurys exigent preuve de capacité personnelle ; qu'on nous mette en loge comme les musiciens, les peintres, etc., avec les fournitures et les outils nécessaires, et qu'on nous juge ensuite sur nos œuvres ! »

Pourquoi pas ?

Une ville, surtout mériterait une attention spéciale à ce point de vue, je veux parler de Mirecourt, berceau de la lutherie française, restée la source inépuisable d'où sont sortis tous nos luthiers célèbres et qui, aujourd'hui encore, forme des ouvriers d'une habileté hors ligne.

Le nom de Mirecourt ne jouit pas auprès des amateurs de belle lutherie, d'une réputation parfaite, et il est généralement admis qu'il ne s'y produit que des instruments de très second ordre.

Il y a là un malentendu qu'il serait bon de dissiper.

Mirecourt, considérée comme école de lutherie, n'a pas son égale en Europe. Tous nos grands luthiers sans exception sont originaires de cette ville, et y ont acquis, pour la plupart, les premiers et solides éléments de leur talent. La perfection et la réputation sont, en effet, venues plus tard, lorsque, se produisant sur une scène plus vaste, ils eurent l'occasion d'acquérir l'expérience qui leur faisait défaut dans la modeste ville des Vosges.

D'un autre côté, Mirecourt se place au premier rang pour sa production rapide et bon marché ; et c'est là une question très sérieuse pour l'art instrumental.

On est vraiment stupéfait quand on apprend qu'on peut se procurer pour 10 francs un violon de Mirecourt bien diapasoné, solide, construit sur les proportions exactes des bons modèles, avec des épaisseurs régularisées, et qu'à partir de 20 francs on a un instrument tout à fait satisfaisant.

La maison Jérôme Thibouville-Lamy tient la tête de cette industrie à Mirecourt et atteint des résultats absolument surprenants !

Le fameux violon à 5 francs, solide, jouable et suffisant pour l'étude, qui a valu à M. Thibouville, le chef éminent de cette maison, de hautes récompenses, est une merveille dans son genre.

Il m'est impossible d'entrer ici dans des détails dont la longueur me mènerait trop loin ; qu'il me suffise de dire que, dans ce genre d'industrie comme dans tant d'autres, la main de l'homme à dû céder le pas : M. Jérôme Thibouville a inventé une machine qui, en quelques instants, met au point de régularité mathématique les épaisseurs des fonds et des tables.

Voulez-vous un stradivarius, un guarnerius, dix paires de tables sortent à la fois de ce creuset d'un nouveau, genre, et toutes sont mathématiquement exactes !

Aussi, quelle production !

Pendant l'année 1887, 35 000 violons, altos, violoncelles, etc., sont sortis de la seule maison Thibouville-Lamy !

Mirecourt est classée en première ligne pour la qualité des instruments bon marché, mais l'Allemagne lui fait une concurrence redoutable quant aux prix.

A Neukirchen, Klingenthal, Schoenbach, on établit des violons jouables et solides pour 2 fr. 50 !!!

Nous voilà bien loin du temps où le vénérable André Amati et ses successeurs polissaient avec une patience d'artistes ces splendides chefs-d’œuvre qui font notre admiration. Tout se modifie et change à travers les siècles.

Nos exigences sont tout autres que celles de nos pères.

Quant à nous, admirateurs passionnés du violon, de cet instrument sublime possédant seul une âme qui pense et qui pleure et qui s'attendrit, accordons une large part de reconnaissance à tous ceux dont les efforts tendent à le perfectionner et à le mettre à la portée du plus grand nombre.

FIN

 

 

 

 

 

 

 

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