Conférence : "Le vernis en glacis"

 

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Documentation > Conférence sur le vernis

La méthode du glacis appliquée au vernis

Sainte Cécile 18 novembre 1995.

 

            Étant donné le nombre d’intervenant dans cette conférence, je limiterai mon propos. Je tiens avant tout à remercier René QUENOIL pour tout ce qu’il m’a appris sur le sujet que nous traitons, et sur tous les domaines de notre artisanat.

            Le thème de Vernis contemporains ne me parait guère adapté au sujet que je vais personnellement traiter, qui est la méthode du glacis, une des plus anciennes pratique de peinture connue.

            Cette méthode qui ne doit pas vous être inconnue même si vous ne l’utilisez pas, est souvent cataloguée comme une méthode de raccords de vernis en restauration. Mais elle peut tout à fait, avec un peu d’entraînement être utilisée dans le neuf.

            Définition du Larousse. GLACIS: ‘Préparation pigmentée ou non, translucide ou transparente, passée en couche très mince et uniforme pour modifier la coloration des fonds.’ GLACER: ‘Etendre une couleur transparente sur une autre couleur.’

Historique.

            C’est une méthode de peinture ancienne. Dans son  manuscrit de 1620 à 1646, TURQUET DE MAYERNE, traitant de la peinture d’un point de vue expérimental, et donc novateur, ne parle de cette méthode qu’à propos des vernis, en mentionnant s’ils se prêtent à glacer ou non. Chercheur, il développe l’expérimentation de vernis à l’huile, mais le glacis en peinture on le sent dans tout cet ouvrage, est une méthode encore employée. Mentionnons un passage tout de même de cet ouvrage, qui nous servira plus tard: «  Toutes couleurs se peuvent garder broyées avec eau, et seichées, et se détremper seulement avec huile quand on en veut user sur la palette, hormis le blanc de plomb. »

            Dans ‘l’art du peintre doreur et vernisseur’, de 1772, WATIN donne une définition du glacis: C’est « l’effet que produit une couleur transparente qu’on applique sur une autre qui est déjà sèche, de manière que celle qui sert à glacer laisse apercevoir la première, à laquelle elle donne seulement un ton, ou plus brillant, ou plus léger, ou plus transparent; les glacis servent à l’union des teintes et l’harmonie des différents tons. Ainsi, glacer est mettre une couleur qui a peu de corps, ou une teinture qui laisse apercevoir le fond sur lequel elle est couchée. On ne glace ordinairement qu’avec des couleurs transparentes, telles les laques, les stils de grains, etc. Il ajoute pour terminer:   Les glacis sont une des plus grandes difficultés de la peinture; ce n’est que la vue fréquente des travaux des grands maîtres, et les tentatives répétées qui sont capables d’y faire réussir. Ici finit le mécanisme de la peinture d’impression, et commence le talent: il ne nous appartient pas de porter jusque-là nos vues.  »

            Dans l’édition de 1823 de cet ouvrage de WATIN, augmentée par BOURGEOIS, celui-ci explique aussi la fabrication de la laque de garance, rendant hommage à un autre auteur, MERIMEE à qui l’on serait redevable de l’usage de cette couleur dans la peinture. Lisons donc ce que nous dit cet auteur, dans un ouvrage de 1830, donc postérieur, et intitulé ‘ De la peinture à l’huile’.

            Plus modeste, MERIMEE, qui est tout de même secrétaire perpétuel de l’école royale des beaux arts se borne à faire état de l’évolution des techniques de peintures de Hubert et Jean VAN HEYCK à nos jours, sans prétendre en être l’inventeur. Il observe que les plus anciens des tableaux sont fait par la méthode du glacis, et que le premier auteur conseillant d’incorporer les couleurs aux vernis est ARMENINI, en 1587. Le glacis, d’après lui est trop fragile et le résultat peut noircir et s’altérer, sauf  chez certains auteurs dont TITIEN et VERONESE.

            Alors cette méthode, Fragile ? Difficile? En tout cas à priori abandonnée ! Mais pourquoi quand on voit le résultat sur les tableaux vénitiens ou flamands... ou sur des violons anciens. Rappelons que dans une lettre de JACOPO DE LI TIBALDI au duc de FERRARE, écrite en 1526, nous apprenons que les luthiers utilisaient deux vernis superposés de nature différentes.

            Le principe, vous l’avez tous compris, est d’alterner des couches de vernis, et des couches de couleur. Cette méthode fut abandonnée avec l’emploi de couleurs mélangées au vernis, ou broyées dans la peinture à l’huile.

            Ce n’est que l’expérimentation qui peut nous convaincre de l’intérêt de cette manière de faire.

            Cela permet de faire une couleur très dense avec l’épaisseur de vernis minimum, sans accidents de vernissage, surépaisseurs ou irrégularités, ce qui est déjà une raison suffisante.

            Cela permet d’utiliser tous les colorants en particulier végétaux, souvent plus denses en teinte, qui ne se dissolvent pas dans l’alcool, l’essence ou l’huile, sans être obligé, comme l’a fait une partie de l’école française du 19eme de broyer ces couleurs dans le vernis et dans faire des suspensions peut stables.

Préparation de la couleur.

            Choisissons en priorité les couleurs végétales qui ont (du moins pour la teinture textile), la réputation la plus ancienne de solidité ‘ le grand teint’. La garance et la gaude sont particulièrement indiquées, mais toutes les plantes peuvent donner de la couleur, soit par leurs racines, soit par leur sommité fleurie ou leur feuillage. Prenons comme exemple la garance

            Cette plante contient de nombreux principes colorants que je ne vous énumérerai pas, et dont la plus connue est l’alizarine, d’un rouge violent. Pour en extraire les principes colorants moins violent, nous allons la faire bouillir dans l’eau, tout simplement, mais de préférence de l’eau distillée, très pure (j’emploie de l’eau déminéralisée), l’eau courante contient trop d’impuretés qui gâcheront notre couleur, comme de l’eau de Javel bien souvent. Si l’on emploie des eaux minérales, les teintes pourront être différentes, et pourquoi pas, très belles.

            Le résultat sera différent en fonction de la chaleur choisie  teinte plus faible, presque jaune pour des températures faibles, très soutenues pour des températures élevées ou des temps de cuissons plus long.

            Le résultat sera aussi très différent en fonction de la casserole choisie: couleurs vives du jaune au rouge pour du Pyrex qui est neutre, ou sourdes et plus brunes pour une casserole en fer. On peut combiner deux méthodes, en jetant par exemple une poignée de clous dans la casserole en Pyrex avant la fin de l’opération, mais on peut aussi mélanger plusieurs préparations de couleurs différentes en fonction du résultat désiré.

            On peut maintenant aussi, ajouter d’autre produit dans la cuisson, soit pour modifier la couleur, en particulier l’assourdir, ou pour faciliter le séchage qui peut parfois être difficile, certaines décoctions restant un peu collantes, contrairement aux infusions. Certains produits tanniques végétaux étant excellents pour cela, et d’ailleurs cités comme mordant dans les ouvrages traitant de teinture végétale. ()

            Nous allons ensuite filtrer ce produit soigneusement, mais pas forcément dans des filtres sophistiqués, pour moi un morceau de coton au fond de l’entonnoir, que l’on change plusieurs fois est aussi efficace.

            Mettons le liquide filtré à réduire, (cf TURQUET DE MAYERNE) et recommençons éventuellement l’opération avec le marc restant, pour extraire vraiment toute la couleur de la plante.

            La réduction peut être arrêtée avant dessiccation complète si l’on veut vernir de suite, ou être poursuivie jusqu’à réduction complète pour une conservation longue, sans être obligé de mettre de conservateur dans le liquide pour éviter la moisissure.

            Si vous désirez une couleur plus soutenue du rouge au violacé, type école issue de LUPOT, vous pouvez préparer parallèlement de la laque de garance et l’incorporer à la décoction dans laquelle elle sera maintenue en suspension parfaitement homogène.

            On prépare la laque en lavant d’abord la garance copieusement, (eau vinaigrée et eau  plate) puis en la cuisant comme précédemment expliqué mais avec de l’alun de roche, et ensuite précipiter le principe colorant à l’aide d’alcali. Il faut relaver ensuite la couleur pour ôter toute trace d’ammoniac.

le vernis.

            Je vous conseillerai pour ce chapitre d’utiliser votre vernis habituel, que vous connaissez bien et dont vous aimez la pâte finale, sans mettre de colorant, et en évitant toutefois les vernis à l’huile qui ne se prêtent pas tous bien à cette méthode du glacis. Personnellement j’utilise un vernis mixte à l’essence de Térébenthine et à l’alcool, cocktail de résines habituelles dures, avec un peu de propolis et de térébenthine de Venise pour donner encore plus un aspect mouillé et de la souplesse. Pour le neuf, je colore légèrement ce vernis avec la faible part de la garance qui accepte de se laisser dissoudre, mais pour les raccords, j’utilise le plus souvent un vernis parfaitement incolore pour un résultat identique !

            Beaucoup de confrères adeptes de cette technique utilisent aujourd’hui un vernis au copal du commerce ou même le vernis à l’ambre commercialisé en Belgique, qui entre parenthèses est fabriqué d’après un procédé tiré de TURQUET DE MAYERNE.

l’application.

            Pour moi la teinte de fond a la plus grande importance, mais j’utilise une teinte à l’eau que je viens de vous décrire, passée à chaud,  d’abord très liquide pour pénétrer profond, puis plus dense.

            Sur la table même méthode après un encollage à la gélatine dans laquelle je mets un peu de garance (très peu) pour éviter un trop grand décalage entre érable et épicéa.

            Quand ma teinte de fond me plaît comme densité de couleur, et lorsqu’elle est très sèche (gare au période pluvieuse et aux casseroles de colle qui bouent éternellement sur le feu!) je passe une couche de vernis, très liquide, et pour ma part à chaud.

            La couche suivante de couleur à l’eau doit être passée assez rapidement sous peine de ne pas bien adhérer sur un vernis trop sec; par contre, si le vernis est long à sécher, il faut attendre le temps que vous auriez attendu avant de passer la couche suivante, la couleur à l’eau n’empêchant aucunement le vernis du dessous de sécher. Et ceci autant de fois que nécessaire, suivant l’épaisseur et la couleur désirée. Si la couleur est atteinte avant que l’épaisseur soit jugée suffisante, continuer avec le seul vernis incolore.

Conseils en vrac:

            Oser l'usage du sèche-cheveux juste avant une couche de vernis, éviter de postillonner sur la couche de garance.

            Faire beaucoup d’essais avant de se lancer sur un violon complet.

            Cette méthode permet d’utiliser si on le désire l’aérographe pour la couleur seulement.

            S’assurer que la composition de son vernis permet une pénétration des couches de garance, et aille s’ancrer dans la couche de vernis précédente, que d’autre part il permette une bonne adhérence de la garance.

             Si la méthode vous séduit, acheter tous les livres sur la teinture végétale que vous trouverez, la nature s’offre à vous pour réaliser toutes les teintes à l’eau imaginable.

 

Autres intervenants à la conférence : Franck RAVATIN, Christian URBITA.

Invité: Patrick ROBIN.

 

        Tel : 03 29 37 31 38.      

        Fax : 03 29 37 02 84.      

luthiers@luthiers-mirecourt.com

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